CHAPITRE XIII
Plomb natif. — Système cubique ; rencontré en enduits filiformes, en paillettes, en agrégats compacts. Densité : 11,37; dureté : t,5.
Couleurs : gris de plomb, parfois noirâtre ; peu abondant et
rare.
Clansthalie (PbSe) (72,4 0/0 de plomb). — A tous les caractères géométriques, physiques, extérieurs de la galène. Densité : 7,6 à 8,8. Dureté : 2,5 à 3.
Donne un enduit de sélénium rouge au chalumeau, dans le tube ouvert et dans le tube fermé, quand on la mêle avec du bisulfate de potasse.
Altaïte (PbTe) (61,7 0/0 de plomb). — Masses clivables dans trois directions rectangulaires, ordinairement grenues ou compactes. Densité : 8,16. Dureté : 3 à 3,5. Blanc d'étain, légèrement jaunâtre.
Au chalumeau, donne du plomb sur le charbon et, dans le tube ouvert, un sublimé fusible en globules limpides de TeO* ; avec le carbonate de soude, on a du teliurure de sodium qui colore en rouge l'eau distillée, privée d'air. Attaquable par l'acide azotique.
Galène (PbS)(86,6 0/0 de plomb). — Contient quelquefois un peu de fer, de zinc, souvent de i à 3 dix-millièmes, quelquefois 5 dix-millièmes, rarement plus d'un centième d'argent; elle est mélangée quelquefois aussi de sulfure d'antimoine, de séléniure de plomb, plus rarement de sulfure de bismuth, et, dans une variété de Dufton, on rencontre du soufre en excès. Formez cubiques p, a1, é1, combinées à des octotrièdres.
Clivages p nets et faciles, autant les uns que les autres dans les variétés régulièrement cristallisées. Dans beaucoup de variétés de galène, au contraire, les plans de clivage sont ondulés, striés, par suite du défaut d'un parallélisme rigoureusement exact des lamelles superposées. On y observe des groupements de lois mal définies.
Pseudomorphoses. — La galène reçoit quelquefois des formes qui ne lui appartiennent pas, celle du calcaire et surtout celle de la pyromorpbile par moulage.
Variétés déstructure cristalline. — Lamellaire, fibreuse, grenue, saccharoïde, compacte, terreuse (plomb bleu). Les variétés à grandes lames sont souvent striées. Densité : 7,3 à 7)6. Dureté : 2,5. Opaque, d'un gris d'acier ou de plcmb, à reflets bleuâtres; sa poussière est d'un gris noirâtre ; elle a l'éclat métallique. Elle est fusible et réductible sur le charbon au chalumeau. Elle se dissout dans l'acide azotique avec dépôt de soufre et de sulfate de plomb; elle forme du chlorure de plomb dans l'acide azotique concentré ; broyée avec du bisulfate de potasse cristallisé, elle donne lieu à un dégagement abondant d'acide sulfhydrique.
Sulfoantimoaiurds de plomb. — On rencontre un assez grand nombre de combinaisons de sulfure de plomb et de sesquisulfures d'arsenic, d'antimoine ou même de bismuth, qui, à partir de î molécule de sesquisulfure pour 5 de sulfure de plomb, deviennent ortho ou clinorhombiques. Leurs masses cristallines sont bacillaires ou fibreuses, allongées suivant les arêtes du prisme qui domine dans leurs formes, quand elles en présentent d'un peu nettes.
Parmi ces combinaisons se distingue :
Jamesonite (Pb*SbfS8 ou 2PbS -J-Sb^S'). — En prismes orthorhombiques. mm =z ioi°2o', clivables suivant leur base p, moins nettement suivant met g1. Densité : 5,6; dureté :2à2,5.Facilement fusibles au chalumeau, décomposables par l'acide chlorhydrique bouillant, d'un gris de plomb ou d'acier, à éclat métallique. On y rattache des matières aciculaires, capillaires, en fibres flexibles,
entremêlées, comme feutrées, des enduits semblables à de l'amadou, d'un gris d'acier, parfois irisé, à éclat peu vif en général, qu'on a nommées plumosite, hétéromorphite, federerz, et qui ont la composition de la jamesonite. Le zundererz, amadou minéral, d'Andréasberg, tirant sur le rouge vif, n'est qu'un mélange de sulfures d'antimoine et de plomb avec de l'argent rouge.
Zinckénite (PbS+Sb'S' ou PbSb*S*). — En prismes orthorhombiques d'environ 1200 groupés par 6 autour d'un axe parallèle à celui de leur allongement, à clivages prismatiques, à densité 5,32.
Skléroclase f'PbAs'S4). — Isomorphe de l'espèce précédente, à clivage basique, à densité 5, ^9. Ces matières donnent, dans le tube bouché, des sublimés de sulfure d'arsenic ou d'antimoine.
Les oxydes de plomb : massicot (PbO), d'un jaune passant à l'orangé, à éclat gras ; minium (Pb'O* ou 2PbO,PbOs), d'un rouge aurore, à poussière orangée ; la plattnérite (PbO1;, hexagonale, d'un noir de fer, à poussière brune, à éclat adamantin, sont très rares.
Parmi les chlorures naturels, nous ne ferons que mentionner :
Cotunnite (PhCl*) (7 {,47 0/0 de plomb). — En cristaux petits, aciculaires, orthorhombiques. mm = n8°38'; alax =n ia6°44'.
Matlockite(PbOrPbCl,) (55,48 0/7 de chlorurede plomb). — En prismes quadratiques, à clivages peu nets/?. pal zzi ii9°3{'; basep trouvent striée. Axe optique négatif. L'ellipsoïde isotherme de révolution a ses axes basiques plus grands que le vertical. Matière d'un blanc jaunâtre, parfois verdàtre, à éclat adamantin. Densité : 7,2i. Dureté : 2,5.
Mendipite (2PbO-f-PbClf). — Orthorhombique, en masses fibreuses et d'un blanc jaunâtre ou rougeàtre, à éclat adamantin sur les faces de clivage, parallèles aux faces du prisme de iao'36', facilement fusibies.
Géruse (PbCO3 ou PhOCO1) (environ 80 0/0 de plomb). — Orthorhombique, isomorphe de l'aragonile. mm nz ii7°i4'; eigi = i25-,22.
Fig. 198.
Faces fréquentes : p, e\ c1/*, g\ A1, g\ m, puis e*/*, e1, à1/*, etc.
L'allongement est en général parallèle à l'axe antéro-postérieur ou petite diagonale de la base.
Groupements fréquents : i°sans renversement, avec accolement des faces g1 des deux individus ou d'une face g1 de l'un et d'une face 77i de l'autre;
2* Groupement de trois individus avec pénétration autour de Taxe vertical (fig. 198). Clivages parallèles à m; traces suivant*?1. Plan des axes gx. Bissectrice aiguë négative normale à p; l'angle des axes optiques apparent est de i6°54' pour la raie D. Indice de réfraction : ng =. 2,078, nm =z 2,0763, np rz 1,8037 pour la raie D.
Densité : 6,5. Dureté : 3 à 3,5. Très fragile. Éclat adamantin, gras. Incolore, blanc, grisâtre, ou coloré en noir, en rouge, en vert» par du sulfure de plomb, des matières charbonneuses et autres.
Cristaux quelquefois isolés ou groupés en faisceaux, en dru ses. Variétés stalactiliques, réniformes, compactes, terreuses, remplaçant des cristaux de galène, d'anglésite.
Au chalumeau, décrépite et se réduit, facilement; soluble dans les acides.
Pho8génite(PbO,CO*+ PbCl*). —En prismes quadratiques/) m, modifiés par A1, bx , £''3, a1/- et autres faces. 6'/* A1/2 à la base = ii3°56\ Clivages m.
Axe optique positif. Indice moyen : 2,n4 pour l'orangé. Densité : 6 à 6,3. Dureté : 2.5. Blanc grisatre, verdatre. Eclat adamantin. t \^\ / *;
Anglési'e (PbSO* ou PbOjSO1). - Isomorphe de barytine. imn z= io3°43' ; pel = 1270Î8'; aV = 78047' aux arèles basi- ques {fig. 199). Clivages p, m, assez difficiles.
Fig. 199.
MINKRAIS DE PLOMB 297
Plan des axes optiques g1. Bissectrice aiguë positive, normale à A1. Angle des axes très ouvert, p < v.
Indice de réfraction moyen : i,883.
Ellipsoïde thermique a : b : c= t,o6: 1,16 : 1 ; a axe normal à A1, b normal à </*, c normal à p.
Densité : 6,25 à 6,3. Dureté : 3.
Incolore, grise, jaunâtre, brune. Éclat adamantin.
Fusible au chalumeau, réductible sur le charbon. Difficilement solubledans l'acide chlorhydrique;solub!e dans le citraque d'ammoniaque et la potasse; noircit au contact de l'acide sulfhyd ri que.
Parait résulter de l'oxydation de la galène dans les cavités de laquelle sont engagés ses cristaux.
Leadhillite (3PbO,CO' + PbOSO3). — Monoclinique, d'après Laspeyres; phl = 8$°-i/'\ mm = i2o°2o'.
Souvent trois individus accolés par une face du prisme; aplatissement basique fréquent; clivage basique.
Dureté : 2,5. Densité : 6,26 à 6,55.
Blanc grisâtre, verdâtre, jaunâtre, brunâtre. Éclat adamantin.
Plan des axes optiques normal à g1 ; bissectrice aiguë négative, normale à la base, p < v. L'angle des axes, qui est de 20° à la empérature de 6o°, devient nul à 1220. Angle des axes = 72* dans la leadhillite deMatlock, d'après M. Emile Bertrand.
Susunnite . — Très rare ; composition de la leadhillite, mais pseudo-hexagonale.
Lanarkite (îiPbOSO*). — Clinorhombique. Densité : 6,8 à 7. Blanc verdâtre, jaunâtre, grisâtre; cristaux allongés suivant la diagonale horizontale; clivage p très rare.
Pypomorphite [PWO^Cl ou ipPbOP'O1) + PbCr. — Prismes hexagonaux, isomorphes avec l'apatite.
*'/* ô«/s = 8o*4o'; pA'/î = i"V4o'. Formes pm, pmbli\ Clivages imparfaits i1/-; traces m.
Éclat adamantin. Incolore quelquefois, ordinairement vert d'herbe, vert pistache, brun, plus rarement jaune.
Axe optique négatif. L'ellipsoïde isotherme est faiblement déprimé verticalement. Dureté : 3,5 à 4- Densité : 6,9 à 7.
Fond au chalumeau en donnaut un globule qui, après refroidissement, devient polyédrique; réductible par le carbonate de soude ; donne un sublimé de chlorure de plomb dans le tube fermé ; soluble dans l'acide azotique.
Mimetèse. — Chloroarséniate de plomb, isomorphe de la pyromorphite géométriquement. Densité : 7,2. Durefé : 3,5 à 4. Vert jaunâtre, grise, orangée. Éclat gras adamantin. Optiquement biaxe. Bissectrice aiguë négative, normale à la base. Souvent, sur un même cristal, on observe des régions contenant de l'arséniate à deux axes et d'autres qui ne contiennent que du phosphate uniaxe, optiquement. On a donné le nom de kampylite àdes prismes hexagonaux, tabulaires, (ibreux, empilés les uns sur les autres et prenant dans leur ensemble l'aspect de tonneaux, souvent rouges, ou d'un rouge orangé, et qui sont des variétés de mimetèse contenant de l'acide chromique.
Gisements du plomb. — Malgré sa teneur ordinairement faible en argent, la galène est surtout exploitée comme minerai de ce métal. La galène et les minerais de plomb qui l'accompagnent souvent, sulfoantimoniures,sulioarséniures, céruse, anglésite, etc., sont très souvent liés aux minerais de cuivre et d'argent, par exemple, à Przibram, dans les terrains primaires où les liions contiennent en outre du nickel et du cobalt.
C'est dans les mêmes terrains que se déploient les filons de galène, céruse et blende de Mies et de Blei&tadt. La galène est associée aux minerais de cuivre et d'étain, dans l'Erzgebirge, au cuivre et à l'argent dans le Hartz, dont les filons n'ont dû être remplis définitivement qu'après le permien, bien qu'ils n'y percent, en général, que les terrains anciens. Entre le Wisconsin et le Mississipi, s'étend la vaste rryion du plomb, où la galène remplit d'innombrables fentes du calcaire de Trenton.
La galène se mêle aussi aux minerais de cuivre du Turkestan, à ceux de cuivre et d'argent de Kongsberg, en Norvège. On ren-
contre des filons de galène, blende, fluorine, dans le calcaire carbonifère du Derbyshire.
Aux environs de Pontgibaud, en France, elle forme les filons à gangue riche en barytine dans les schistes cristallisés. Ses filons réunis en faisceaux, au contact des granités et des gneiss à Yialas et à Villefort (Lozère), n'ont peut-être fermé définitivement qu'à 1 époque tertiaire.
La galène et la céruse imprègnent les grès bigarrés de Comme-
ros, près Aachen (Aix-la Chapelle), dans l'Eifel ; elles forment des
amas avec des minerais de zinc dans le muschelkalk de Wiesloch
pays de Bade); elles imprègnent les grès du Keuper, à Freyberg.
Dans le Morvan, les sédiments du trias et du lias sont pénétrés de carbonate de cuivre, de quartz, de barytine et de céruse. Sur les bords de la Romanche, aux environs de la Grave» des filons de galène se dressent au milieu du lias inférieur et des roches anciennes, sans pénétrer dans le lias supérieur. On retrouve*des épanche ments plombifères de celte époque dans la Prusse rhénane. La galène et la blende, associées à des minerais de cuivre, se sont répandues en dykes au milieu des marbres secondaires, jurassiques ou crétacés, au Compiglièze, en Toscane. A Monte* Poni, la galène et la céruse comblent de grandes fentes en forme de colonnes obliques au travers de calcaires verticaux. La galène accompagne la smithsonite dans les calcaires et argiles crétacés de Santander, en Espagne.
Les dernières dislocations tertiaires des Alpes et des Pyrénées ont contribué aux derniers remplissages de beaucoup de filons.