‹ Les rois de la force [electronic resource]Chapitre 45 sur 119 · ATHLÈTE ET BOXEUR · texte numérisé non relu

ATHLÈTE ET BOXEUR

Anecdotes

Nous devons aux souvenirs de M. Jules Charlemont, le célèbre professeur de boxe française, les anecdotes très curieuses qui font l'objet de ce chapitre.

Un jour, dans un assaut qu'il donnait à la salle Montesquieu, Louis Vigneron faisait des exercices de force, parmi lesquels il en exécutait un qu'il nommait : « le désespoir

des bras tendus ». Cela consistait à tenir à bras tendus, latéralement et horizontalement, un poids de 25 kilos dans chaque main et assis sur une chaise. Comme il restait très longtemps dans cette position, un monsieur, qui se trouvait tout près de Leboucher, le professeur de boxe, lui demanda pourquoi Vigneron restait si longtemps dans cette position ? C'est parce que, répondit celui-ci, il attend que quelqu'un soit assez fort pour venir le remplacer.

LE DYNAMOMETRE A VIGNERON

C'était en 1865, on construisait une très grande maison, boulevard Magenta, à l'entrée de la cité du Vauxhall, près de la salle Vigneron. De nombreux ouvriers et compagnons maçons y étaient occupés. Ils vinrent un jour demander au professeur de vouloir bien leur permettre de visiter la salle, ce qui leur fut accordé, à condition toutefois que ce fût dans un moment où il n'y aurait pas d'élèves. Quand les maçons entrèrent dans la salle, Vigneron était assis sur la banquette, à côté du coussin sur lequel Charlemont était en train de s'exercer. Les maçons témoignèrent le désir d'essayer leur force. Vigneron y consentit et dit à Charlemont : « Montrez donc à ces messieurs comment on donne un coup de poing. Commencez, je vais marquer les points. » Il était monté debout sur la banquette, regardant en haut du pilier en pierre sur lequel était adossé en bas ledit coussin. « Très bien, dit-il à Charlemont... 120 î à vous, monsieur!... 90; ah! vous n'êtes pas fort! Un autre, ah! mieux, 99! Voyons, messieurs, vous êtes bien plus forts que Charlemont, vous vous y prenez mal, voyez son truc ! en donnant son coup de poing, il appuie en portant le poids du corps en avant ; essayez ; très bien ! 115, etc. » Les maçons s'escrimaient de toutes leurs forces à qui donnerait les plus fameux coups. Ils y passèrent tous. Naturellement ils frappaient à faux, le plus souvent, car, après avoir

Auguste Massin, le Roi des Bras tendus

LES ATHLETES CONTEMPORAINS DU XIXe SIECLE 103

frappé, ils se tenaient le poing, ce qui indiquait qu'ils se faisaient mal. Enfin ils cessèrent? épuisés, ruisselants de sueur. Pendant cette séance, les paris marchaient bon train et les bouteilles de bordeaux aussi. Assis tout autour de la grande table ronde, ils discutaient à qui mieux mieux sur leur supériorité, s'échauffaient très fort et se promettaient une revanche. Vigneron, assis à côté d'eux, les écoutait sans rien dire ; il se leva, monta de nouveau sur la banquette et leur dit : « Messieurs, ne vous disputez pas inutilement ; vous êtes tous aussi forts les uns que les autres ; approchez-vous, je vais vous mettre tous d'accord ; regardez !... » En même temps il leur montrait un petit objet : « Voyez, messieurs, ce que vous avez pris pour un dynamomètre est tout simplement un gazomètre qui n'a rien de commun avec le coussin ; il sert à constater les fuites de gaz. » Dire la f gure étonnée, penaude, stupide que faisaient les maçons, est inexplicable ; ils étaient stupéfaits et paraissaient hébétés en se regardant les uns les autres. Ce moment passé, ils prirent la chose en riant, se promettant bien de se venger sur d'autres qui ne connaissaient pas encore le dynamomètre.

Cette farce dura longtemps ; les élèves s'en servirent pour faire payer force bouteilles de bordeaux à leurs amis qui venaient visiter la salle pour la première fois.

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