DARCIER
Paz rapporte une anecdote très intéressante sur Darder, qui fut un homme très fort, élève de Triât.
C'était en 1852. Darder, le chanteur populaire, alors fort à la mode, professait des opinions démocratiques très avancées. On trouverait peutêtre ces opinions un peu tiédes aujourd'hui... M. de Nieuwerkerke, le surintendant des Beaux-Arts, alla le trouver dans, son modeste appartement du Boulevard extérieur, pour le prier de vouloir bien chanter à une soirée qu'il devait
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Darcier, le Chanteur Athlète
Gravure extraite du Figaro illustré
donner, ajoutant qu'il laissait â l'artiste le soin de fixer lui-même le cachet qu'il désirait.
Darcier, en républicain convaincu et fidèle, répondit qu'il chanterait, sans hésiter, pour un ouvrier malheureux, pour un artiste dans le besoin, mais qu'il ne chanterait pas pour un Monsieur de la Cour.
Or, dans le cabinet de Darcier, très grand admirateur de la force physique, très robuste lui-même, il y avait une quantité d'haltères de toutes grosseurs. Le comte les regarde, les soupèse, et avisant un haltère de 100 livres, il le lève à bout de bras, sans truc ni contrainte.
«Monsieur, lui dit Darcier émerveillé, vous n'êtes pas aussi aristocrate que je croyais... laissez-moi votre adresse, j'irai chanter à votre soirée. »
LES ATHLÈTES CONTEMPORAINS DU XIXe SIECLE
Auguste MASSIN, le Roi des Bras tendus
n 1868, Auguste Massin, ingénieur mécanicien, bon boxeur amateur, élève de Lecomte, professeur de boxe, était invité à prêter son concours dans une soirée lyrique, donnée à la salle Gelin, Chaussée Ménilmontant , au bénéfice de Renard de l'Opéra. Des artistes de l'Opéra, de la Comédie - Française et de l'Odéon, invités également, virent d'un mauvais œil figurer dans le programme des exercices de force. Que venaient donc faire là des saltimbanques ? Mais, lorsque Massin parut sur la scène, en habit noir, gilet blanc, cravate blanche et masqué, qu'ils le virent exécuter des exercices de haute difficulté, sans même retirer ses gants blancs, la glace fut rompue, ils vinrent lui serrer la main, en le félicitant du succès général qu'il venait de remporter.
Dans le courant de la même année, il eut l'occasion de prêter son concours au concert donné au bénéfice de Thérésa. Le programme annonçait : « Couplets chantés par le plus fort chanteur du monde. » Quelqu'un qui fut fort intrigué ce fut M. X..., une des célébrités de l'Opéra, qui vint prendre place dans la salle pour voir et pour entendre celui qui semblait vouloir lui damer le pion. Il fut très surpris en voyant arriver sur la scène Massin, en habit de soirée, ganté de blanc, chanter un couplet de Mignon, en tenant les bras tendus horizontalement avec un poids de 20 kilos dans chaque main ; il ne lui vint même pas à l'idée de concourir avec ce chanteur d'un nouveau genre.
Une autre fois, le programme portait : « Le piano de la maison Erard sera tenu par M. Auguste Massin. » On connaissait bien Massin pour être un peu chanteur, mais pas musicien ; aussi la curiosité avait-elle été éveillée. Au moment où une jeune artiste se disposait à chanter, Massin enleva le piano de ses deux bras et le maintint pendant le temps que la jeune artiste, accompagnée du pianiste, chantait un morceau du programme. La surprise fut tellement grande, devant cet incroyable tour de force, annoncé d'une manière si spirituelle, qu'elle fut un triomphe pour son auteur.
Auguste Massin
ROUSSET et les Athlètes du Creusot
. Rousset, dit le Père Rousset, né en 1828, chef contremaître des tôleries au Creusot, était un véritable hercule, comme à l'époque tous les contremaîtres de l'établissement, car, pour imposer le respect aux ouvriers, à cette époque où ils ne présentaient pas leurs revendications par la voie syndicale, on choisissait des gaillards massifs pour les commander.
La salle Adam, boulevard du Guide, au Creusot, voyait exécuter de beaux tours de force. Pinjon, dit Tord-Chêne, dansait cinq tours de valse avec un sac de 106 kilos sur le bras; Foucques, élève d'Arpin, pliait sur son genou une barre de fer de 35 millimètres de diamètre et travaillait facilement avec des poids de 50 livres. On voyait encore là Champallier, dit Jean de l'ours, Tranche Montagne, Arpin. Tous travaillaient en baraque avec Albus.
Quant à Rousset, contremaître aux tôleries, mesurant im70 et pesant 115 kilos, il soulevait un manchon de tôle de 800 livres. Il eut comme élève Dumortier. Rousset mourut en 1892, il était âgé de soixante-quatre ans. Il fit partie de la troupe de Rossignol-Rollin.
VINCENT, dit l'Homme de fer
■incent, dit Y Homme de fer, né en 1820, était de Lyon. C'était un des hommes les plus forts de son époque, de haute taille (im8o), les épaules larges, les bras et les jambes modelés à l'Hercule Farnèse. Ce fut un des plus beaux gaillards qui aient paru dans une arène. Très élégant, très adroit et très coquet dans son travail de poids et de jonglerie, il faisait fureur partout où il passait. Il luttait quelquefois aussi, mais cela n'était pas sa spécialité ; il travaillait aussi avec un canon dont il s'amusait comme d'un jouet et que l'on faisait toucher au public ainsi que ses poids. Il alla dans le Midi plusieurs fois sous différentes directions et principalement à Bordeaux ; ses directeurs furent Rossignol-Rollin, Coudol, Jeantien, Milhomme, Bernard, LagrifFe. Aux foires de Bordeaux, entre autres exercices il portait une barrique bordelaise pleine d'eau et donnait 200 francs à celui qui la portait comme lui. Beaucoup d'amateurs essayèrent, mais sans le moindre succès. Vincent la prenait sur deux tréteaux, la chargeait sur les épaules, faisait deux fois le tour de la piste, se tenait tantôt sur une jambe, tantôt sur l'autre, puis faisait monter deux hommes sur la pièce et finalement venait, sans le secours de personne, la remettre à sa place. Il fit, l'un des premiers, trois poids de 20 kilos à la volée, performance extraordinaire pour cette époque où l'on ne travaillait guère en souplesse, tout l'effort étant donné par le bras
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et les reins. Il présenta aussi l'un des premiers le travail du boulet, travail où il excellait, le recevant sut les avant-bras, sur les poignets, sur le dos de la main, pardessous les jambes et enfin, après l'avoir lancé très haut, sur le cou entre les omoplates.
Un de ses plus forts exploits serait d'avoir porté, sur une distance de 20 mètres, dix poids de 50 kilos attachés à un madrier.
* Les anciens athlètes affirment que Vincent fut l'homme le plus fort du siècle passé. Il fit aussi un peu de lutte; il se rencontra notamment avec Mina, Deligne et Belarbre de Vauvert (géant de im98 qui était fort comme deux hommes), trois lutteurs de grande qualité qu'il défit successivement en des matches où les émotions ne manquèrent pas aux assistants, grâce à Panimosité véritable qui existait entre les concurrents. Après avoir travaillé dans les principales villes du Midi, Vincent partit en Amérique où il retrouva ses amis Dumortier Y Agile Lyonnais, les frères Rigal, Bauer, etc. Il y eut un succès énorme dans ses exercices de force et d'adresse ; mais encore jeune et en plein triomphe, il mourut en Amérique vers Page de quarante-huit ans. Sa tombe porte, dit-on, cette inscription :
Vincent, Y Homme de Fer Né à Lyon en 1820