UN BEL EXEMPLE DE FORCE
M. Charlemont raconte dans son excellent livre, La Boxe française, une anecdote qui mérite d'être citée.
Il y avait à Douai, vers 1863, un homme très fort, nommé Terry, du 8e régiment d'artillerie. Il allait souhaiter la fête à son colonel, une pièce de canon de 4 sur son épaule, et portait sur son dos son cheval à l'infirmerie. Il était forgeron à Esquerchin, village voisin. On racontait qu'à quinze ans, lorsque son père lui refusait l'argent nécessaire pour boire une pinte de bière le lundi, il portait l'enclume sur la route au milieu du village ; le père était obligé de céder s'il voulait rentrer en possession de son enclume. Louis de Lyon l'a connu, car il est venu, à cette époque, donner plusieurs assauts à la fête de Douai, sur la place du Barlet et à la salle du Pavillon.
Alexandre COLMANT .
Alexandre Colmant fut, d'après J. Charlemont, un homme de première force, faisant proprement 61 livres à bras tendu, fort et intelligent, très compétent et fin appréciateur d'hommes et d'exercices. Avec cela bon boxeur et un des meilleurs élèves de Leboucher.
MINA, l'Hercule du Midi
ina, Y Hercule du Midi, né en 1838, un homme de taille au-dessus de la moyenne, d'une très forte corpulence, était vers 1868 un des champions pour les poids. Le père Bernard, qui était alors directeur de luttes à Bordeaux, fit venir Mina dans sa baraque, où se trouvaient réunis plusieurs lutteurs et faiseurs de poids ainsi que des maîtres de boxe, de canne et de bâton. On y voyait notamment comme lutteurs : Je fameux pâtre Etienne; Bonnet, le Bœuf des Alpes; Paul, le Porte-pièce; Garaô, le- Marchand d'eau; Dumortier, V Agile Lyonnais ; Bernard père, surnommé le Roi des lutteurs, et bien d'autres encore. Les leveurs de poids étaient représentés par le célèbre Vincent, Y Homme de fer ; Bergez d'Agen, Y Indomptable. Mina, dès son arrivée, eut un grand succès, car il était élégant, gracieux, bien bâti et d'un physique assez agréable. Cela lui fît quelques jaloux parmi les camarades, car il n'y en avait qu'un qui pouvait rivaliser avec lui et même le surpasser : Vincent, Y Homme de fer.
Cela me met en mémoire une petite rosserie qu'on lui fît un soir de grande séance à Bordeaux;
Les affiches avaient annoncé pour un jeudi soir une grande représentation où les luttes devaient être choisies et où l'on devait faire un grand assaut de canne, de chausson, de boxe française et anglaise, et une série de poids par tous les hercules avec primes et médailles au plus adroit et au plus fort ; les amateurs de la ville étaient conviés. A cette mémorable représentation, les habitants de Bordeaux affluèrent tellement que l'on refusa du monde. La séance commença par des assauts très réussis de canne et de chausson qui furent couverts d'applaudissements mérités, puis on fît faire une lutte entre deux amateurs et l'on annonça les poids par tous les hercules, en soulignant les noms de Vincent et de Mina. Us se présentèrent tous, excepté Vincent qui ne voulut pas concourir, on ne sait pourquoi, car cela fît crier le public qui l'aimait beaucoup. Enfin Rossignol-Rollin vint dire que Vincent, ayant une déchirure musculaire au bras et se jugeant dans un état d'infériorité, laissait à ses amis les avantages qui pouvaient lui revenir.
On commença par des bras tendus avec des poids de 20 kilos ; ces bras tendus furent faits par Dumortier, Garaô le Marchand d'eau, Bonnet le Bœuf des Alpes, et
LES ATHLETES CONTEMPORAINS DU XIXe SIECLE 109
Bergez V indomptable Agenais. On passa aux bras tendus avec poids de 25 kilos, et les deux qui restèrent furent Bergez et Mina, mais Mina remporta faisant des bras tendus plus longs et plus corrects.
On passa aux exercices d'essieux et des 'gros haltères. Mina l'emporta encore, ainsi qu'en haltère en deux temps ; puis on se mit à jongler, et Bergez fut déclaré le meilleur, Mina second. Il ne resta alors en présence que Mina, Bonnet et Bergez ; mais, lorsqu'on arriva au boulet de 26 kilos reçu de 3 mètres de distance, il se produisit un incident : Bonnet se retira disant ne savoir le recevoir, Bergez prétendit être fatigué et déclara forfait, et Mina dut exécuter tout seul les exercices du boulet, qui consistaient à le recevoir sur la main, sur la saignée du bras, sur le cou, à le faire passer d'un bras à l'autre, etc.
On remarqua que Mina faisait des efforts inouïs et qu'il penchait le corps en arrière, quand il le faisait à bras tendu ; il en était tout pâle et suait abondamment. Enfin le moment de recevoir le boulet depuis la première galerie arriva !!
Bergez, qui avait l'habitude de lancer les poids et les boulets, monta et, au commande aient de Mina, hop ! hop ! le lui lança. Mina le reçut, mais ne put le retenir. On recommença deux fois encore sans plus de succès. UHercule du Midi fît signe qu'il voulait parler au public et annonça qu'à son insu on avait chargé le boulet audessus de 26 kilos, cela par jalousie et pour lui faire tort. Le public fît un bruit épouvantable et cria à la blague. Mais Rossignol-Rollin, qui n'était jamais pris au dépourvu, fît venir une bascule et peser le boulet, qui se trouva être de 32 kilos. Alors ce ne fut qu'une immense clameur de la foule, qui applaudit à tout rompre Mina, en sifflant les fraudeurs. Mais le calme se rétablit et Mina fît des exercices merveilleux avec les essieux et termina par les exercices du canon qu'il tint sur ses épaules et auquel on mit le feu.
Il fut donc déclaré le roi du concours et reçut une médaille d'or, une écharpe d'honneur et le titre de champion des poids. Vincent, qui assistait au triomphe, haussa les épaules dédaigneusement. Le résultat de cette attitude' fut une lutte le jour suivant entre Mina et Vincent, partie très dure d'où ce dernier sortit vainqueur. Lorsque Mina quitta Rossignol-Rollin, on n'entendit plus parler de lui et nous ne savons ce qu'il est devenu.