GODART
Quand j'évoque mes souvenirs d'enfant, pour y retrouver ce qui décida mon ima-
gination à rechercher l'athlétisme sous toutes
ses formes, et à le voir partout et toujours, un nom vient sur mes lèvres : Godart, et j'ai beau fouiller plus profondément dans le casier de l'athlétisme, qui doit tenir une si grande place dans mon cerveau, je n'y trouve pas un nom ni une figure qui puissent me mettre sur la trace d'un souvenir plus ancien. J'en conclus donc, avec juste raison, que le premier athlète que mes yeux purent contempler fut Godart, l'hercule du cirque Piège.
C'était en 1879, à, Lille où j'étais alors collégien; la foire annuelle battait son plein et le cirque Piège venait de s'installer sur la place de la République. J'y fus conduit par mes parents, et tous les numéros du spectacle défilèrent devant moi, sans laisser d'autres traces que le souvenir confus de choses aperçues dans un kaléidoscope. Un seul me tint en suspens et me laissa un souvenir vivace, ce fut le numéro de l'athlète Godart dont je me rappelle les moindres exercices.
Le programme, que j'ai encore d'ailleurs, portait : Manœuvres russes par M. Godart. Je vis arriver les garçons de piste portant d'énormes essieux, des barres de fer, et
Godart
quelques poids de 20 kilos ; dès lors, je fus conquis au spectacle qui allait se dérouler devant mes yeux et décider à jamais de mon avenir.
L'athlète Godart entra en piste et je pus le contempler à loisir; grand et large, mais le muscle enveloppé, il en imposait par son aspect massif. L'air doux et bon, le front dégarni par une calvitie précoce, il avait de l'allure en piste et je me l'imaginais d'une force à soulever le cirque et les spectateurs. Il commença son travail en faisant voltiger ses essieux dans tous les sens, comme un tambour-major le ferait avec sa canne, les tournant ensuite autour de son corps avec beaucoup d'adresse et de force. Il exécuta les mêmes exercices avec des essieux garnis de pointes acérées où il restait juste la place pour poser les mains. Il lui fallait user de grandes précautions pour ne
pas se blesser avec les pointes. Son tra
une grande barre de fer qui pou
vait avec les deux mains pour
ment. Pendant ce temps on préparait
se suspendait par les jarrets, la tête en
mettre à bout de bras, en se re
des muscles de Pabdomen.
marche de Milon de Cro
grosse barre de fer sur les
hommes se suspendaient
barre, un autre montait
épaules de l'athlète,
étaient attachés à deux
rant les mollets et
jarretières, et l'her
naché, le tour de
marche triom
tr'acte arrivé, je
que pour le ma
se trouvait exposé
cirque, et je con
la barre que l'athlète
hommes. Dès ce jour
l'athlétisme. Godart
qui met le feu aux
tour chez moi, je me
Un Tour de Force de Godart
vail se continuait par un dévissé avec vait peser 60 kilos, et qu'il enlel'amener à la position d'épaule- V Ancre aérienne où l'athlète Godart bas, pour ramasser un 'essieu et le levant à la force des cuisses et Le travail se terminait par la tone. On chargeait la plus épaules de Godart, deux aux deux extrémités de la à califourchon] sur les puis deux poids de 20 kilos fortes courroies entouremplissant l'office de cule faisait, ainsi harla piste au son d'une phale. Aussitôt l'enn'avais plus d'yeux tériel de Godart qui dans les couloirs du templais avec effroi portait avec trois j'étais conquis à avait été l'étincelle poudres. De remettais en^ quête
d'une barre de fer de 1 5 kilos environ, que je me mis à manœuvrer chaque jour en employant un exercice qui tenait un peu du développé et beaucoup dû dévissé. Enfin, lorsque je mis ce poids formidable au bout d'un seul bras, je me crus un Apollon ou tout au moins un athlète remarquable, et de ce jour date ma passion pour l'athlétisme. Je revis Godart quelques années plus tard et je pus à loisir toucher son matériel, qui ne me fit plus l'impression de la première fois ; mais cependant je ne pensais pas un jour être en état d'enlever sans difficulté les poids que j'avais devant les yeux. Ce que c'est que l'entraînement et la persévérance, et comme il est vrai que ce que Von veut, on le peut !
LES ATHLETES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES
Godait mesurait im79 de hauteur, 41 centimètres de biceps, 33 centimètres d'avant-bras, 40 centimètres de mollet, 60 centimètres de cuisse, 44 centimètres de cou, 118 centimètres de poitrine et 105 centimètres de ceinture.
Godart, de son vrai nom Plattier, est né à Jongieux (Savoie), en 1849. Il commença les exercices de force avec Dubois à Belleville ; Dubois mourut dans ses bras à la fête des Loges à Saint-Germain. On le retrouve avec Bibi de Montmartre, puis avec Barrois, Adrien de Lille, Stiernon, et enfin il entre chez Piège chez lequel il fut régisseur pendant vingt ans. Nous devons à l'obligeance de sa sœur, Mme Grosbois, de Saint-Ouen, ces renseignements précis.
Godart, qui vit encore, a trois enfants.
Ses deux fils, les frères Plattier, clowns musicaux, et sa fille, M1,e Lucienne, gymnaste, sont tous trois d'excellents artistes.