PREMIÈRE PARTIE
LA FORCE PHYSIQUE DANS L'ANTIQUITÉ
}es récits de la mythologie et de l'histoire ancienne contiennent une foule de légendes dans lesquelles la force musculaire joue un rôle prépondérant.
Les deux premiers athlètes dont ces récits nous rappellent les hauts faits sont Samson, dont parle la Bible,, et Hercule, que nous retrouvons dans la mythologiepaïenne.
Il est inutile que nous nous étendions longuement
sur les douze travaux d'Hercule que chacun connaît, ni
sur les légendes dont Samson fut le héros et les milliers.
de Philistins qu'il occit, armé de sa mâchoire d'âne.
Nous retrouvons bientôt chez les Grecs l'amour très
intense de la force musculaire, favorisé d'ailleurs par
les Etats qui établirent des jeux publics consacrés à
tous les exercices du corps.
Les athlètes grecs s'entraînaient avec un soin et un art consommés avant de paraître en public, et leur désir de vaincre, le jour du concours, leur donnait un courage et une énergie que récompensait mal, à nos yeux du. moins, la couronne de feuillage ou la palme.
D'autres honneurs cependant attendaient encore les vainqueurs des jeux olym-
piques; leur ville natale leur érigeait des statues qui reproduisaient l'attitude de
l'athlète dans l'exercice où il excellait, et peu à peu, ces statues, en se multipliant, formèrent un musée unique à Olympie, ville de l'Élide où se disputaient les jeux.
Les plus célèbres sculpteurs de la Grèce étaient requis pour exécuter ces statues, au premier rang desquelles celle de Milon de Crotone, œuvre du sculpteur Damoas, devait transmettre à la postérité le souvenir de prouesses extraordinaires.
Milon avait obtenu six fois le prix aux jeux Olympiques et aux jeux Pythiques. Parmi ses hauts faits que rapporte <\ • '■ *;.**' * ! -
la légende, les plus saillants sont les suivants :
Ayant parcouru toute la longueur du stade (210 mètres) en portant sur ses épaules un bœuf adulte, il l'assomma ensuite d'un coup de poing.
La force de sa main était extraordinaire , et nulle force humaine ne pouvait lui écarter les doigts.
Un jour qu'il se trouvait avec des disciples de Pythagore dans une maison dont le plafond menaçait de s'écrou- = 1er, il soutint à lui seul la colonne qui le supportait et
sauva ainsi la vie à ses amis. L'histoire ajoute que dans les jeux et concours, il finissait par ne plus trouver de concurrents désireux de se mesurer avec lui, et même il fut une fois couronné sans combattre.
Sa mort fut la conséquence de sa trop grande confiance
Milon de Crotone
LA FORCE PHYSIQUE DANS L'ANTIQUITÉ
L'Entrainement des Athlètes grecs
en sa force; on en connaît le récit. Ayant aperçu un jour un chêne dans Técorce duquel des coins avaient été enfoncés, il voulut agrandir la fente avec ses mains. Mais
Maximin
Empereur romain dont la taille était de 2m44 et dont la force était en proportion
le bois s'étant resserré, il y resta prisonnier, et les bêtes féroces dévorèrent l'athlète désarmé.
Un autre Grec, dont les exploits sont notoires aussi, est Poiydamas de Thessalie, dont la statue peut être admirée à Olympie.
On citait de lui des actes prodigieux.
Il avait, seul et sans armes, tué sur le mont Olympe un lion furieux.
Les chevaux les plus vigoureux ne pouvaient faire avancer un char lorsqu'il le retenait d'une seule main par derrière.
Il lutta un jour contre trois des gardes les plus vigoureux de l'armée de Darius II, roi de Perse, et les tua tous trois.
Il trouva la mort dans une caverne dont la voûte l'écrasa en s'eftondrant. Au lieu
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de fuir comme ses compagnons, il avait voulu soutenir de ses mains la montagne qui s'écroulait.
Maximin, empereur romain, était renommé pour sa force prodigieuse. Né en 173, d'un paysan de la Thrace, il fut admis par Septime Sévère dans la Garde.
Puis, passant dans l'armée sous Alexandre Sévère, il fut bientôt nommé empereur à cause de sa force et de sa taille de plus de 8 pieds, tandis que l'empereur Alexandre était égorgé.
Caius Julius Verus Maximinus, toujours d'après la légende, réduisait en poudre, sous ses doigts, les pierres les plus dures; il brisait la mâchoire d'un cheval d'un coup de poing, et un bracelet lui- servait de bague.
Il ne mangeait jamais de légumes, mais, en revanche, il absorbait en une journée 40 livres
Le Pugilateur Kreugas
Le Pugilateur Damoxène
de viande et une amphore de vin.
Après une longue carrière politique, qui se termina par des défaites, il fut assassiné par la légion Secunda Porthica, en juillet 238.
Parmi les gladiateurs on cite des hommes doués d'une force extraordinaire, tels que Damoxène et Kreugas, qui se livrèrent un combat terrible.
Kreugas était un athlète originaire d'Epidamne, autrement Dyrrachium (aujourd'hui Durazzo, dans l'Albanie).
Damoxène, son antagoniste, était de Syracuse.
Comme la lutte terrible qu'ils avaient engagée menaçait de se prolonger fort avant dans la nuit, tous deux, à un certain moment, convinrent de ne plus parer les coups qui seraient portés. Pendant que
l'un frappait, l'autre devait rester immobile et inerte. Kreugas donna ie premier ; son poing tomba comme un lourd marteau sur la tête de son adversaire. La tête résista. C'était le tour de Damoxène. Il fit signe à Kreugas de tenir son bras élevé au-dessus de sa tête, ce qui fut exécuté; avançant alors sa main dont les ongles étaient longs et pointus — sa main qui n'était enveloppée que de rneiliques, simple lacis de courroies molles et déliées qui venaient s'attacher dans la paume de la main, laissant l'extrémité des doigts libre et à découvert, très différentes par conséquent du ceste, qui n'était pas encore inventé, — Damoxène la dirigea vers le bas-ventre de Kreugas et l'enfonça jusque dans ses entrailles, qu'il saisit, tira dehors et répandit sur l'arène. Le malheureux athlète rendit l'âme sur-le-champ. Les magistrats qui présidaient les jeux chassèrent Damoxène, parce qu'il était interdit de frapper l'adversaire avec l'intention de lui donner la mort; et ils accordèrent la couronne au défunt qui obtint, en outre, les honneurs d'une statue.
On le conçoit, ces légendes nous ont été transmises à travers les siècles, et nous les reproduisons pour donner la mesure de Peithousiasme des anciens plutôt que de l'exactitude de leur vision ou de la sincérité de leurs relations techniques, car enfin, qui donc sera assez simple pour croire, par exemple, à la possibilité de l'écrasement d'une pierre entre les doigts ?
Plus on s'approche des temps modernes, plus les récits s'assagissent, donnant ainsi raison au proverbe : A beau mentir qui vient de loin. Mais les faits et gestes des hommes forts de notre époque ne furent enregistrés officiellement qu'à la création du premier club athlétique (que je fondais en 1886 à Lille), puis de i'Haltérophile- Club de France, le pouvoir dirigeant du sport des poids et haltères, que je fondais en 1900 à Paris, pour codifier les exercices classiques, enregistrer les records des professionnels et des amateurs. Depuis ce jour, les hommes forts sont connus, mensurés, pesés, dynamométrés, et toutes leurs performances sont exécutées devant des officiels au courant de l'athlétisme.
Il n'est plus possible d'exagérer, car tous les poids sont pesés au préalable, et les décisions des arbitres de l'Haltérophile-Club de France sont sans appel.
La Culture physique publie d'ailleurs chaque trimestre la liste des records de force avec le nom des détenteurs.
Les légendes sur les hommes forts ont donc définitivement vécu.