DEUXIEME PARTIE
es hommes forts et courageux abondent à cette époque.
L'exploit de Pépin le Bref nous paraîtrait aujourd'hui fabuleux. Vous représentez-vous ce Franc, de taille moyenne, mais rempli de courage, vêtu de l'habit étroit des chevaliers, siégeant à l'abbaye des Ferrières au milieu de ses compagnons ? Un spectacle très friand attirait les regards de ces nobles hommes et de ces nobles dames. Un lion puissant luttait dans l'arène contre un taureau furieux. Au moment où la lutte était le plus animée, Pépin se lève et s'écrie : « Qui de vous osera séparer ou tuer ces deux animaux ? » L'idée seule de descendre dans l'arène épouvantait les plus braves. On garda le silence. Pépin, sans plus, bondit au milieu de la lice, et, de son épée, fait tomber la tête du taureau et abat celle du lion. Après cet acte, s'adressant à la foule : « David était petit, leur dit-il, mais il terrassa le géant qui l'avait méprisé. » Bonne leçon donnée à ceux qui avaient raillé sa petitesse.
D'autres chevaliers s'illustrèrent aussi par leur force prodigieuse. Pendant la première croisade surtout, plusieurs seigneurs se distinguèrent par la solidité de leur poignet. Il nous suffira de citer les noms de Tancrède, de Godefroy de Bouillon, qui « pourfendaient » un homme d'un seul coup, et du duc de Normandie qui fendait la tête de son ennemi jusqu'à l'épaule. Les historiens nous ont conservé plusieurs traits de force remarquables, tant du côté des croisés que du côté des musulmans.
Ce qui a trait aux premiers se trouve dans tous les livres, tandis que les hauts faits des mahométans sont peu connus. Nous citerons, d'après les historiens, quelques tours de force de nos ennemis, et l'on verra que, comme le fait remarquer un chroniqueur, il ne leur manquait pour être chevaliers que d'avoir reçu le baptême.
Les croisés assiégeaient Nicée. Un vaillant musulman qui, par la masse énorme de son corps, par sa torce extraordinaire et la férocité de sa mine barbare et menaçante, ressemblait à un véritable géant, défendait une tour extrême-
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ment forte contre laquelle le chevalier Raymond, qui en avait déjà été repoussé plusieurs fois, donnait un furieux assaut. Le musulman combattait sur la plate-forme et
faisait une d'une grosseur résister. Il insultait
terrible exécution des soldats latins en leur tirant des flèches démesurée, auxquelles ni bouclier, ni cuirasse ne pouvaient ceux qu'il voyait 'tomber sous la violence de ses coups, et ajoutait des injures atroces à ses sanglantes railleries. Il reprochait aux soldats et aux chefs leur faiblesse, les appelant femmes et lâches, plus propres à manier le fuseau que le fer.
Il fit plus : voyant que son arc et ses flèches ne pouvaient plus lui servir contre ceux qui étaient arrivés au pied de la tour, il jeta loin de lui son bouclier et ses armes et s'exposa ainsi aux coups d'une infinité de flèches qu'on décochait de toutes parts ; puis, prenant à deux mains des pierres d'une prodigieuse grosseur, il les jeta sur ceux qui travaillaient à percer les murs. Godefroy de Bouillon seul, d'un coup de flèche adroitement lancé, parvint à le renverser. Autre fait :
Un cavalier turc, après la défaite de son parti, retournait avec son cheval rejoindre un corps de ses compagnons. En chemin il fut assailli par une troupe de cinquante Allemands, qui commencèrent par le harceler de flèches. Mais notre Turc les regarda d'un air fier et méprisant et reçut tous les coups sur le bouclier qu'il tenait de la main gauche, dans laquelle il avait encore passé la bride de son "cheval; de l'autre main il tenait son épée. Il allait toujours son chemin, sans se détourner ni à droite ni à gauche, jusqu'à ce que l'un de ses ennemis, plus résolu que les autres, vint fondre sur lui, le"1 sabre à la main, et lui en décocha de toute sa force un grand coup qui ne fit non plus que sur un rocher. Alors le musulman, s'élançant vers le cheval de son adversaire, lui ramène un tel coup de son épée qu'il lui fauche par le milieu les deux jambes de devant, et comme, en même temps, le pauvre cheval était tombé sur ce qui lui restait de jambes, il décocha un si furieux coup sur la tête de son ennemi que, l'ayant fendu jusqu'au-dessous de la ceinture, l'épée donna môme au travers de sa selle jusqu'au cheval qu'elle entama. Après ce bel exploit, le Turc continua tranquillement^ son chemin, sans être inquiété davantage.
L'histoire a consacré la réputation des aciers de Tolède et des lames allemandes du dix-septième siècle, je crois que la trempe des aciers musulmans n'a rien à leur envier. Peste, ami lecteur, on ne sait ce qu'on doit admirer le plus, du bras ou de l'épée du musulman.
L'histoire n'a pas conservé les noms de ces héros ; elle a quelquefois de ces caprices ; elle nous rapporte souvent des détails insignifiants et se tait sur des faits intéressants. Le chevalier Duguesclin était terriblement fort et il le prouva à Rennes en désarçonnant les plus brillants chevaliers de Bretagne.
Dans ses moments de loisir, il allait à travers les bois de son pays, la hache au cou, l'épée au côté, hachant les Anglais et les partisans de Montfort. Il excellait, dit-on, dans la manière de frapper, car il étendait roide mort son homme d'un seul coup. Dans les jeux populaires, il terrassait tous ses adversaires.
Un autre chevalier, aussi illustre que Duguesclin, celui qu'on n'appelle que le brave Bayard, le Chevalier sans peur et sans reproche, mérite également d'être cité pour sa force remarquable. Il défendit un jour seul un pont du Carigliano ; comme un tigre échappé, il s'accula à la barrière du pont, et, à coups d'tpée, résista si vaillamment à ses ennemis qu'ils finirent, de guerre lasse, par se retirer.
Bayard fut tué d'un coup d'arquebuse en 1524. C'est donc un coup de feu qui a tué ce célèbre chevalier. Désormais, la force physique ne sera plus que l'apanage de quelques hommes privilégiés par la nature. Nous essaierons de rappeler quelques traits des principaux personnages qui, depuis l'invention de la poudre en 1333 jusqu'à nos jours, se sont illustrés par leur force.
Dans le treizième siècle nous trouvons un sieur de Courcv, comte d'Ulster, qui d'un seul coup d'épée fendait un casque d'acier; l'arme entamait même le bois sur lequel le casque était posé.
A la même époque vivait à la cour du comte de Foix, Ernaulton d'Espagne, doué d'une force peu commune.
On rapporte de lui un trait vraiment extraordinaire. Le comte de Foix, ayant, un jour d'hiver, manifesté en sa présence le désir d'avoir du feu, Ernaulton sort et avise dans la campagne une troupe d'ânes chargés de bois. Il saisit un de ces ânes, le charge sur ses épaules, l'apporte au château, grimpe jusqu'à la chambre du prince et pose l'âne, les sabots en l'air, avec le bois mort sur les chenets ! Hum ! lecteur ne souriez pas.
La cour de Constantinople possédait aussi, en ce temps, des hommes d'une force remarquable. A la fête d'un sultan, on eut un spectacle fort curieux. Il se présenta un gouressis, c'est-àdire un lutteur, qui maniait comme un jonc une pièce de bois que douze hommes ordinaires pouvaient à peine soulever. Il brisa avec les dents et les mains un fer à cheval, avec une telle force que la moitié lui demeura entre les dents. Le même, avec les dents seulement, sella, brida et harnacha un cheval.
v: 1 ^x--:'Ji.4# '. Il fit encore, ajoute son historien Lebelski, plusieurs
/?\* ^^^HÉ^dMBwJ^ autres merveilles, qui lui valurent une grande somme de deniers et des éloges enthousiastes sur sa force prodigieuse. Briser un fer à cheval avec les dents était, paraît-il, un exercice à la mode en Turquie. Encore une fois, nous ne faisons que relater des faits, propagés par les historiens de la force, nous nous gardons bien d'en affirmer l'authenticité. Mais ces exagérations sont nécessaires pour établir et donner la preuve de l'exactitude de ce que nous affirmerons par la suite.
Le baron de Fronsberg et J. de Schwarzemberg sont célèbres aussi pour la facilité
avec laquelle ils cassaient les fers! Fronsberg surtout est bien connu. « Il ne put trouver un homme si fort qu'il rie. pût le pousser hors de place avec le seul moyen de la main droite. » Il arrêtait tel cheval qu'on voulait. Pousser le plus gros canon était pour lui un jeu.
Fronsberg était chevalier et soldat vigoureux, cela va de soi.
Mais un prêtre Thuringeois, nommé de Mansfeld, cassait la porte la plus solide avec la tête d'un homme qu'il n'aimait pas. Ce prélat évangélique portait un grand tonneau de bière à bout de bras, avec la plus grande facilité ; il parait, du reste, qu'il le buvait de même.
Si de l'Allemagne nous passons en Italie, nous trouverons à Mantoue Rodamas qui rompait sans peine les plus gros fers à cheval. A Venise, les Castellini et les Nicolliti construisaient en un clin d'œil des temples et des palais, jetaient des voûtes hardies, dressaient des colonnes, et sur ces colonnes des frontons, sans autres matériaux que des hommes entassés et arc-boutés les uns sur les autres.
Ce que font aujourd'hui quelques amateurs n'est qu'une pâle copie de ce que réalisèrent autrefois les hercules de Venise. L'Italie, du reste, en a vu bien d'autres. C'est là, en effet, que le valeureux Lupon fit ses exploits. Lupon servait sous Pescaire, gouverneur de Milan. Son général, un jour, désirait avoir des renseignements sur l'armée française; il charge Lupon de cette mission. Lupon part, prend sur son dos le premier Français qu'il rencontre et le porte, lui et son cheval, malgré le refus bien énergiquement motivé de l'homme et de la bête, jusqu'à la tente du général. Ce même Lupon devançait à la course les plus rapides coureurs tout en portant un mouton sur son dos. Il brisait un pied de bœuf sur son front, comme s'il eût frappé contre une pièce de marbre.
Charles IX, roi de France, faisait battre ses leudes avec un bouvier. Ce spectacle lui fut donné à Blois. Le bruit que faisait la force d'un berger breton étant parvenu jusqu'aux oreilles royales du tireur d'arquebuse, Charles IX fit venir cet hercule à sa cour, et fit lutter contre lui les hommes qui l'entouraient.
Le Breton en eut facilement raison, il les prit, jetant les uns par-dessus la tête, les autres les pieds contremont, aucuns comme s'il eut fait virer une fronde, les autres comme des pierres en l'air ou jetés contre terre, n'ayant été possible à aucun de le terrasser.
SCANDER-BEY, le Héros Albanais
Georges Castriot, dit Scander-Bey, naquit en 1404. Dès sa plus tendre jeunesse, il promettait d'être la gloire de sa race. On admirait en lui une beauté singulière, une intelligence précoce, sa préférence pour les jeux guerriers. Georges Castriot fut élevé à la cour du sultan Amurath II ; sa bonne mine, le grand caractère qu'il annonçait le
Le dernier portrait de Scander-Bey
firent distinguer du sultan, qui lui donna le nom de Scander-Bey ou seigneur Alexandre. Rien ne fut négligé pour l'éducation du jeune homme : il eut les maîtres et les professeurs les plus renommés, et bientôt il posséda parfaitement les langues grecque, turque, arabe, italienne et esclavone. Les soins dont fut entouré le prince ne se bornaient point à la culture de l'esprit. On l'instruisit dans tous les exercices propres à développer le corps, et il acquit une habileté prodigieuse. A pied comme à cheval, il surpassait tous ses compagnons, et montrait une adressa extraordinaire, soit à lancer le javelot, soit à manier le cimeterre. C'est ainsi qu'il devint capable de sup-
porter les plus rudes travaux du métier de la guerre. A peine sorti de l'enfance, il était déjà un soldat accompli.
J. de Lavardin, dans son Histoire de Georges Castriot surnommé Scander-Bey (Paris, 1621, in-4), décrit ainsi notre héros :
« Il était d'une haute stature; son bras, d'une vigueur prodigieuse, toujours nu hiver comme été, renversait tous les obstacles. Scander-Bey se servait d'un cimeterre fait à sa taille, presque aussi légendaire que la « Durandal » de Roland, dont il portait toujours dans un large fourreau un second exemplaire. La précaution n'était pas inutile, eu égard aux terribles épreuves par lesquelles cette lame avait à passer. »
Un jour le prince albanais trouva auprès du sultan un étranger venu de la Tartarie. D'une taille et d'une force extraordinaires, le barbare défiait les plus braves officiers de l'armée en combat singulier. Personne n'osait se présenter, bien que le sultan Amurath eût promis une récompense magnifique au vainqueur. A cette nouvelle, Scander-Bey frémit d'indignation et résolut de mettre un terme aux insolentes bravades du Tartare. Sur une nouvelle provocation du géant, Scander-Bey s'avança et lui dit : « C'est moi qui vengerai l'honneur de l'armée. Si tu remportes le prix, ce ne sera qu'après avoir versé mon sang. » Les frères de Castriot, présents à cet échange de menaces, tremblèrent pour le jeune guerrier; ses compagnons d'armes, quoique fiers de son courage, craignirent que ses forces ne répondissent point à son grand cœur.
Le Tartare, surpris d'une audace qu'il n'attendait pas, voulut d'abord effrayer son adversaire, encore imberbe ; puis il lui adressa quelques paroles de dédain. L'intrépide Albanais, pour toute réponse, demanda que le sultan fixât l'heure et le lieu du combat.
Amurath désigna le matin du jour suivant, et l'une des cours du palais qui longeait la voie publique, afin que le peuple fût témoin de ce duel mémorable. Il fut convenu que les adversaires n'auraient d'autres armes que le poignard, et que le combat serait sans merci.
Le soleil s'élevait déjà au-dessus des édifices d'Andrinople et des belles montagnes de la Thrace qui dominent la ville, quand les deux champions parurent pour engager une lutte mortelle. Le sultan avait pris place sur une estrade élevée. Les officiers de sa cour, les frères de Scander-Bey entouraient le trône d'Amurath. Une immense multitude, attirée par la nouveauté de ce spectacle, se pressait autour des barrières qui fermaient la lice.
Tout étant prêt, les deux ennemis, dépouillés de leurs vêtements, s'élancèrent dans l'arène, tenant à la main le poignard étincelant. Quoique Scander-Bey montrât la plus fière contenance, le peuple conçut d'abord des inquiétudes pour le héros qu'il adorait. Mais, en contemplant les formes admirables de son corps, la grâce de son attitude et de tous ses mouvements, la souplesse de ses membres, la forte structure de sa poitrine et de ses bras noueux, le feu qui jaillissait de ses yeux, il se rassura, persuadé qu'il serait victorieux.
Lorsque les deux champions se trouvèrent face à tace, armés de leurs poignards, le plus profond silence régna parmi les spectateurs qui attendirent avec une sorte d'anxiété le signal de la lutte. Aussitôt qu'il eut été donné, les deux adversaires tombèrent en garde. Il n'y avait pas ici de règles à suivre, de coups savants à porter; l'avantage devait appartenir au bras le plus prompt, à la main la plus agile. Le barbare
marcha le premier sur son ennemi, et, levant la pointe de son poignard, il s'apprêtait à le frapper au ventre. Scander-Bey, calme, attentif, entièrement maître de lui-même, vse courba subitement, saisit de la main gauche le bras droit du Tartare, para le coup, et, en moins de temps que nous n'en mettons à le dire, du tranchant de son poignard lui ouvrit la gorge et les artères. Le barbare chancela, en bégayant quelques mots inintelligibles, et son corps gigantesque alla mesurer la terre. A la vue du combat et de cette merveilleuse victoire, rapide comme l'éclair, la foule battit des mains et acclama le héros albanais ; ses frères, ses compagnons d'armes, pénétrèrent dans l'enceinte et lui prodiguèrent leurs félicitations enthousiastes. Pour lui, après avoir tranché la tête de son ennemi, gisant dans la poussière, il alla déposer aux pieds d'Amurath ce sanglant trophée, et recevoir le prix destiné au vainqueur.
Plus tard, dans une rencontre contre deux musulmans, Achmath et Barakhi, envoyés pour l'assassiner, Scander-Bey, d'un seul coup de cimeterre, fait sauter la tète de Barakhi, qui tombe mort ; puis, revenant sur Achmath, il échange avec lui plusieurs coups sans résultat. Les chevaux des deux combattants, pressés flanc contre flanc, ne permettaient plus à leurs cavaliers de se servir de leurs armes ; ceux-ci se prennent corps à corps. Le musulman se suspend des deux mains au col de Scander- Bey et veut l'entraîner. Le prince, inébranlable sur son cheval, soulève son ennemi, l'attire à lui, et tout d'un coup le laisse retomber mort, vomissant le sang à gros bouillons ; d'une étreinte puissante il lui avait brisé l'épine dorsale et la poitrine.
Un autre jour, dans une bataille contre les Turcs, Scander-Bey, toujours au milieu du danger et semant la terreur et la mort sur son passage, reçut un coup de lance si violent qu'il fut renversé sur la croupe de son cheval. Les infidèles, le croyant mort, poussent des cris de joie ; mais lui, se relevant bientôt, cherche des yeux celui qui l'a frappé, le reconnaît, s'élance, le cimeterre à la main, d'un coup le partage en deux et l'étend à ses pieds. (L'acier oriental a décidément du bon.)
Scander-Bey donna un jour une singulière preuve de sa force prodigieuse. Un taureau furieux dévastait les campagnes de la Pouille; les hommes les plus hardis n'osaient l'aborder. Le prince albanais promit d'en délivrer la contrée. Il se fait indiquer le repaire du redoutable animal et s'y présente, armé de son terrible cimeterre ; ceux qui l'accompagnent tremblent pour lui; ses Palikares seuls, habitués à ses héroïques prouesses, sourient de cette épouvante. Le taureau, à la vue de son adversaire, s'élance, mais au moment où il allait être atteint, Scander-Bey se jette de côté, et d'un coup de cimeterre abat le monstre à ses pieds.
Vers le même temps, le sultan Mohammed avait fait demander au prince albanais son terrible cimeterre, dont on racontait tant de prodiges; le prince s'empressa de le donner. Le sultan le fit essayer par les hommes les plus vigoureux de son armée, mais aucun ne réussit à accomplir ces coups merveilleux qu'on lui attribuait. Mohammed renvoya le cimeterre, avec ces paroles :
— J'ai beaucoup d'armes semblables et même qui sont mieux trempées.
— Vous direz à votre maître, répondit Scander-Bey, qu'en lui envoyant le cimeterre, j'ai gardé le bras qui le manie.
Un historien décrit ainsi le portrait de notre héros quand il arriva à Rome en 1463 (c'est à cette époque que fut faite la peinture qui le représente). « Agé de cinquante-neuf ans, Scander-Bey était encore le plus bel homme de l'Europe. Rien
n'était plus imposant que son aspect ; quoique sillonné par les soucis et les tatigues d'une laborieuse existence, son visage avait conservé une partie de sa beauté, et sa barbe grisonnait à peine. Quand le peuple romain le vit paraître, dans son attitude royale, l'œil brillant de génie et d'une indomptable audace, vêtu de son splendide costume oriental, armé de ce cimeterre à poignée d'or si fatal aux musulmans, un immense applaudissement l'accueillit. »
Scander-Bey mourut à Alessio, le 17 janvier 1467, à l'âge de soixante-trois ans. Le héros albanais terminait sa glorieuse et brillante carrière dans la ville même où il avait été proclamé souverain.
Les restes mortels du prince furent inhumés dans la grande église d' Alessio ; sur son sépulcre on ne grava que ces mots : Scander-Bey. En effet, ce grand nom valait mieux que toutes les épitaphes, que tous les éloges; il exprimait toutes les gloires, tous les héroïsmes, les plus sublimes vertus.