‹ Les rois de la force [electronic resource]Chapitre 66 sur 119 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

l'Homme a la Chaloupe

C'était en 189 1 ; le cirque Rancy allait, comme tous les ans, s'installer à l'Hippodrome Lillois, à la foire de Lille. Déjà des affiches l'annonçaient et, dans la troupe, ô bonheur, figurait Paris, VHornme à la chaloupe, athlète des Folies-Bergère de Paris. Sur la Grand'- Place, dans le hall de Y Écho du Nord, des photographies de Paris étaient placées dans des cadres et

représentaient l'athlète enlevant, sur les reins, une chaloupe chargée de douze marins. A la première séance, j'étais à mon poste, près du couloir menant aux écuries,

pour voir arriver

vite de sa vue. J'eus

tériel de Paris, et

connaisseur. Un

m'intrigua fort et je

qu'il pouvait bien

J'en eus bientôt l'ex-

ros passèrent les uns

fin l'athlète entra en

un énorme gaillard

avec des bras de 44

avant-bras de 36 cen

poitrine de 128 cen

tour de ceinture et

mollets.

C'était Paris,

costume Léotard fai

mes un peu rondes,

force réelle. Après

arraché, développé

gros essieu pesant

leva à la volée un

l'athlète et jouir plus vite découvert le maso upesé le tout en poids réel de 50 kilos me demandais ce foire avec ce poids-là.

plication. Les numéaprès les autres; enpiste. Je vis arriver de im 80 de hauteur centimètres, des timètres, un tour de timètres, 1 "mètre de

7 ri

44 centimètres de

bien sanglé dans un sant valoir ses formais accusant une quelques exercices , d'un bras avec un 1 10 livres, Paris enboulet très difficile à

manier et pesant au moins dans les 120 livres. On apporta le poids de 100 livres et, après l'avoir jonglé, Paris l'arrêta à bras tendu et le tint correctement. J'en étais suffoqué, je voulus en avoir le cœur net et résolus de revenir le lendemain pour m'assurer si c'était bien le même poids qui était dans le couloir du cirque à la disposition de tous. Pour l'instant, tout entier au spectacle, je ne cherchais pas à approfondir ce mystère de 50 kilos à bras tendu. On amena la chaloupe qui fut posée

Le boucher Paris a 16 ans

Ij8 LES ROIS DE LA FORCE

sur des tréteaux et dans laquelle prirent place douze artistes du cirque, qui pour l'occasion avaient revêtu le costume de matelot.

Quand les douze hommes furent à leurs places, la musique se tut. Paris se lia un coussin autour du corps pour adoucir le contact du fond de la barque avec ses épaules et se glissa sous la chaloupe, s'arc-boutant les pieds dans la sciure, les mains sur un

tabouret solide, les reins bien collés sous la barque. Dans un effort vigoureux, il souleva les douze hommes et la chaloupe, on retira les deux tréteaux et voilà cet homme avec cette charge inouïe sur le dos. Une seconde de faiblesse dans les muscles et Paris est écrasé sous le poids de 2.080 livres (12 hommes à 140 livres au minimum et 400 livres pour la barque font 2.080 livres).

On remit les tréteaux, et la chaloupe vint se reposer doucement après l'effort du colosse.

Celui qui a vu ce vrai tour de force, où toute espèce de tricherie est impossible, a senti son cœur s'arrêter de battre quand l'athlète se glissa sous ce fardeau pour accomplir ce nouveau travail d'Hercule.

Le succès de Paris était grand, mais, comme toujours, cet exercice n'était pas coté à sa juste valeur.

Le lendemain de cette première représentation, j'étais au cirque et je ne quittais pas des yeux le poids de 50 kilos. Je vis qu'on faisait évacuer le couloir aux spectateurs et que le poids de 50 kilos était rentré dans une loge qui se trouvait là auprès et un autre poids exactement pareil, mais pesant seulement 30 kilos, venait prendre la place du transfuge.

Le soir je questionnai Paris, et lui ayant décliné mes noms et qualités, il m'avoua le subterfuge et je lui promis le silence sur ce secret d'athlétisme. Il m'en a relevé depuis, et comme il était retiré de la piste, il ne m'en voulut pas d'avoir soulevé indiscrètement le voile qui cacha longtemps un mystère pour beaucoup.

Avant d'être athlète, Paris exerçait le métier de boucher, et ce n'est que vers quarante ans qu'il se fit professionnel. A cinquante ans, c'était encore un homme de première force. Il fut le premier, à Paris, qui développa 200 livres en barre et enleva 152 livres à la volée.

On peut même ajouter qu'il eut la première barre lourde (180 livres) en 1880. Elle faisait partie de son matériel d'amateur qu'il laissait à la disposition du public dans le premier « café athlétique » tenu rue Brochant par le père Clauze.

Paris est mort le 3 1 mars* 1909, succombant aux atteintes d'un mal qui s'en prend

Paris, l'Homme a la chaloupe

L'Athlète Pari* avec sa chaloupe et son canon

Louis, de Lyon un vieil athlète présentant Paris

L'Atlhète Paris enlevant sa chaloupe

Louis, de Lyon

à beaucoup d'hommes forts : l'albuminurie. En lui disparaît l'un des hommes les plus forts qu'il nous ait été donné d'admirer, et aussi l'un des" plus modestes et des plus sympathiques. Auguste Paris était âgé de cinquante-neuf ans.

Né à Saint- Amand (Nièvre) en 1850, le 1 8 février, il débuta comme garçon dans une boucherie de Neuilly et, dès l'âge de seize ans, se faisait remarquer par sa force étonnante. Il accrochait et décrochait des quartiers de viande que les plus forts de ses collègues n'arrivaient pas à soulever.

Il fut conduit un jour (il avait dix-sept ans) chez Vigneron, et du premier essai il arracha d'une main trois poids de 20 kilos liés au moyen d'un mouchoir.

Il réussit par la suite les performances suivantes : 146 livres

à l'arraché en quatre poids liés ; 144 livres au bras tendu en croix

de fer (72 sur chaque main). Sans entraînement, il enlevait

250 livres en barre à deux mains.

Pendant son service militaire, il accomplit un jour le tour de force de descendre

du premier étage une caisse de munitions de 400 livres sur ses épaules. Il fit aussi

quatre fois le tour de la redoute de Géryvilie (600 mètres environ) avec trois sacs

d'orge de 100 kilos chacun sur les épaules.

Ce fut d'ailleurs aux exercices de soulèvement sur les épaules et sur le dos qu'il excella.

Ayant abandonné le métier de boucher, il monta un numéro de force dont le clou était l'enlèvement d'une chaloupe montée par douze hommes.

Il enleva un jour 2.800 livres sur le dos, mais se blessa en faisant cet effroyable effort. C'était dans la cave d'une boucherie de la rue des Dames, en 1890. Le directeur des Folies-Bergère, M. Marchand, lui avait promis un fort bel engagement s'il enlevait réellement 1.000 kilos sur ses épaules.

Paris convoqua dans la cave en question une douzaine de journalistes et chargea un plateau de 2.800 livres.

Il réussit à enlever cette invraisemblable charge, mais au moment où il la reposait sur les tréteaux, sa jambe gauche tourna et i se démit. Paris fut immobilisé de ce fait pendant trois mois, et cela lui enleva beaucoup de confiance par la suite.

Néanmoins il fut engagé à quarante ans aux Folies-Bergère. Il voyagea en France pendant plusieurs années, puis monta, 6, rue des Ciseaux, à Paris, un gymnase, qu'il quitta en 1904. Quand Sandow vint à Paris pour la première fois vers 1888, il fit la connaissance de Paris qui était à l'époque établi boucher rue d'Aboukir. Les deux athlètes s'entraînèrent ensemble et Paris vit faire à Sandow 25 kilos par l'anneau à droite et 24 kilos par l'anneau à gauche, tenant très bien ces deux poids à bras tendu et les soulevant de dessus une table, étant assis devant la table. Sandow arracha aussi 105 kilos à deux mains, mais ne put arriver à développer d'une main l'haltère de 115 livres, ce que Paris faisait facilement.

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES

Quoi qu'il en soit, Paris considérait Sandow comme un homme très fort. Paris enlevait également à l'arraché un essieu très gros qui pesait uo livres et que personne n'arrivait à soulever de terre d'une main.

Au moral, Paris était un excellent homme, très doux, aussi modeste que fort : c'est toujours en termes élogieux que nous l'avons entendu parler de ses rivaux.

Paris laisse un fils, grand et fort comme lui et qui fait honneur à son père. René Paris est un jeune sculpteur, qui a déjà des œuvres magnifiques à son actif. Elève des Beaux- Arts, il est en passe de devenir un des plus brillants artistes de notre époque. C'est un sympathique et un modeste.

Henri TOCH, l'Homme Canon

Car Henri Toch (prononcez Tock) est lui aussi un des « hommes canon » qui laissèrent des souvenirs.

Henri Toch, né à Estaimpuis, province du Hainaut (Belgique), en 1854, était fils d'un cultivateur. Très robuste, dès son enfance, à l'âge de neuf ans, il s'essayait déjà à soulever des fardeaux et à porter ses camarades sur son dos. C'est à neuf ans qu'il alla avec ses parents habiter Tourcoing où il est très connu ; à l'âge de seize ans, il monta au premier étage un sac de farine de «100 kilos. En 1872, — il avait dix-huit ans — passant rue du Fontenoy à Roubaix, Henri Toch aperçoit un homme conduisant un grand chariot de meunier chargé de sacs de farine; ce chariot s'arrête devant un boulanger, le malheureux charretier s'étant foulé le pied était incapable de décharger ses sacs; notre jeune hercule offrit ses services qui furent acceptés par le charretier, lequel, très incrédule supposait Henri Toch incapable d'accomplir sa besogne : quinze sacs de 100 kilos à monter au premier étage, par un escalier très

droit et très étroit ; la besogne fut faite en très peu de temps, au grand ébahissement des spectateurs. En 1874, Toch s'en fut au 15e régiment d'artillerie de forteresse, à Anvers, faire son service, et là il fut bientôt apprécié pour sa torce prodigieuse; en 1875, au moment où un groupe était en train de faire des manœuvres avec la pièce de canon, le capitaine commandant la batterie, accompagné d'une quinzaine d'officiers

Henri Toch L'Homme Canon, en 18

de tous grades, proposa à Henri Toch de porter un obusier, chose que celui-ci accepta. Le commandant fit donc lever Pobusier à hauteur d'homme, avec une chèvre de manoeuvres, on laissa descendre cette pièce sur l'épaule de notre jeune hercule, qui marcha assez aisément pendant 30 mètres environ, avec le fardeau sur l'épaule. La pièce était tellement lourde que les pieds d'Henri Toch enfonçaient à chaque pas de 10 à 15 centimètres dans le sable mouvant. Lorsqu'il jeta l'obusier à terre l'engin s'enfonça de 40 centimètres dans le sable; c'est dire le poids de l'engin. Les officiers, après avoir examiné cette pièce et admiré la force d'Henri Toch, remarquèrent sur un des tourillons de la pièce l'inscription suivante : « La couronne royale de Hollande. Poids, 685 kilos. » Dans un médaillon, au-dessus de l'inscription, se trouvait gravé une couronne avec au-dessous : « H. 1793-685. »

Les officiers firent, pour le brave artilleur, une collecte qui rapporta I2f 50. Henri Toch, qui à l'époque n'était pas bien riche, fut très heureux d'avoir exécuté ce tour de force pour une somme qui lui permit de s'offrir des petites douceurs pendant quelques semaines. La vie n'étant pas chère en Belgique, i2f5o en argent de poche constituent réellement pour un sollat une somme très appréciable. Malheureusement, après avoir dépensé cette somme avec les camarades, '' Henri Toch attrapa huit jours de salle de police ; ce fut sa seule punition d'ailleurs. En 1880, à la sortie du régiment, Henri Toch se rendit à Marchiennes-au-Pont, où il s'engagea dans une usine métallurgique en qualité de second chauffeur.

Entre temps, il allait le dimanche travailler dans les établissements forains ; il avait débuté dans ce genre de travail chez Spenita Sebastien, à la foire de Maubeuge, le 19 mars 1881 ; il était très apprécié pour sa grande force naturelle : tout ce qu'il faisait était sans truc, à ce moment-là on ne connaissait pas les faux poids.

Un jour, à Anzin, n'ayant ni poids ni haltères, et voulant travailler sur la place publique, Henri Toch demanda à son patron de lui prêter quelques poids de 20 kilos et un essieu qui se trouvait dans la ferraille ; cet essieu pesait 1 34 kilos et provenait d'un de ces énormes camions qui servent au transport du fer dans les usines. Henri Toch manœuvra ce formidable essieu comme un fusil. Ce fut à cette époque que notre jeune hercule se passionna pour le métier d'athlète et qu'il en fît sa profession. Lorsqu'il quitta son patron, M. Surat, à Trith-Saint- , f^ Léger, près Valenciennes, son patron lui fit cadeau de dix poids É^ de 20 kilos et du formidable essieu qui lui avait servi et que M. Surat avait tant de plaisir à lui voir manœuvrer. Jusqu'en 1886, Henri Toch travailla un peu dans les baraques foraines, tantôt avec un patron, tantôt avec un autre. En 1886, il fit fabriquer sa fameuse pièce de canon que Ton voit sur la photographie ci-contre. Cette pièce de canon fut fondue chez M. Massez- Gilson, fondeur à Cauronmeux.

Ce canon devait peser entre 250 et 300 kilos, d'après les plans et modèles qu'Henri Toch avait donnés, mais le fondeur s'étant trompé, lorsque la pièce de

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES 183

canon fut coulée elle arrivait au poids de 365 kilos; confiant dans sa force, Pathlète la prit tout de même, et dès le début il nous confessa qu'elle lui paraissait vraiment lourde à manier, mais quelques mois après, lorsqu'il eut l'habitude de la manœuvrer, il la trouvait trop légère, puisqu'il mettait encore dessus la pièce deux et trois poids de 20 kilos qu'il attachait avec des cordes. C'est de cette époque que date le surnom qui lui fut donné, 1' « Homme canon ».

A chaque représentation, Henri Toch se chargeait cette pièce de canon sur l'épaule et tirait un coup de canon avec une charge de poudre de 200 grammes : c'était vraiment un choc formidable qu'il recevait; il nous a avoué que lorsqu'il avait fait cet exercice huit ou dix fois dans la journée il était vraiment anéanti le soir (on le serait à moins!). Un jour, en 1889, ^ était installé à la fête de Quaregnon, près de Mons; c'était un dimanche, à 8 heures du soir, après avoir fait huit séances, le public devenait clairsemé à cause de l'heure tardive. Henri Toch voulut absolument faire une dernière séance. Il fit remonter ses hommes en parade, et se mit en devoir de charger la pièce de canon sur la parade, et cela dans le but d'attirer plus de monde pour faire une neuvième séance et gagner un peu plus d'air-gent pour élever la petite famille. Après qu'Henri Toch eut fini sa parade une trentaine de personnes entrèrent. Constatant que la recette de cette séance n'était pas

bien forte, il fit travailler ses artistes, mais ne fit pas partir le coup de canon comme d'habitude; il le mit de côté et ne pensa plus qu'il était chargé. Le lendemain l'athlète remonta en parade vers 3 heures, et comme de coutume la musique joue la Brabançonne, le clown recommence ses grimaces et ses boniments. Henri Toch recharge son canon sur la parade comme il le faisait habituellement, oubliant totalement qu'il avait été chargé la veille; il annonce le prix des places : les réservées à 6o centimes, les premières à 30 centimes et les secondes à 20 centimes; en quelques instants sa petite loge foraine était comble, les amateurs étaient très désireux de voir tirer ce coup de canon posé sur un affût humain.

La représentation commence par les jongleries de poids, le travail des haltères et celui de l'Homme à la mâchoire d'acier.

La deuxième partie de la séance était composée de parties de lutte, tantôt la prise de bourre d'un amateur confiant dans sa force, le plus souvent une prise « au chiqué » pour remplacer les vrais amateurs absents; enfin le tour du canon arrive : on le

Henri Toch, l'Homme Canon

Cette mauvaise photographie ne donne qu'une faible idée des mensurations de cet athlète

charge sur l'épaule de l'hercule, on ajoute deux poids de 20 kilos pour augmenter le fardeau; au moment du commandement « Pièce... feu! » qu'Henri Toch faisait à son fils encore tout jeune à cette époque, le fils se rappelle tout à coup que la pièce avait été chargée la veille, et crie à son père, effaré, tremblant : « Papa, la pièce a été chargée deux fois » ; mais, par malheur, il était trop tard, la mèche avait déjà été allumée, il était impossible d'empêcher la détonation. Henri Toch, blême, tremblant, s'attendant à une explosion terrible et peut-être à la mort, se campa désespérément sur ses jambes en attendant le coup de grâce; un coup de canon formidable^ retentit ; par le recul, Henri Toch fut porté à 3 ou 4 mètres en arrière, maintenant toujours son canon sur l'épaule par un effort surhumain. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, tous les spectateurs se sauvèrent, toutes les toiles d'entourage étaient arrachées, ce fut un véritable sauve-qui-peut.

Quand Henri Toch rejeta la pièce de canon à terre il était pâle comme un mort et tremblait comme la feuille. Quelques instants après il était entouré par tous les voisins lui réclamant le montant des vitres et des glaces brisées par l'énorme dépression d'air qui venait de se produire à cause du canon chargé deux fois. Cet incident fut connu dans tout le voisinage et même en Belgique et sur la frontière française; les journaux s'emparèrent de l'incident, et tout cela augmenta énormément la réputation d'Henri Toch, qui dès lors connut la gloire, eut une jolie baraque foraine toute neuve avec des tableaux très bien faits, le représentant avec sa pièce de canon ou enlevant des poids, des haltères d'un volume extraordinaire.

Ce fut vers 1889 ou 1890 que je vis Henri Toch pour la première fois, à la kermesse de Fives, près Lille; il me laissa une impression inoubliable, grand blond, énorme, avec une tête de Gaulois : il de hauteur, pesait 112 kilos, était tout en muscles, et mesurait environ 128 de tour de poitrine, 105 de ceinture, 44,5 de tour de bras, 36 d'avant-bras, 46 de mollet et 70 de cuisses, avec un cou énorme mesurant 50 centimètres. La photographie ci-dessus ne donne qu'une très faible idée de cet homme qui était un second Apollon. En 1892, fatigué de ce lourd labeur, Toch se décida à abandonner cette profession pénible et peu lucrative. Il dit adieu à son cher canon ainsi qu'à ses poids et haltères. Son canon est disparu aujourd'hui dans les hauts fourneaux et a servi peut-être à faire de modestes et utiles appareils de chauffage. Ses haltères furent achetés par M. Emile Lambert, cordonnier, rue de Juliers, à Lille ; ils doivent être encore en ce moment la propriété de ses deux fils, Emile et Gaston Lambert, deux athlètes merveilleux, soit dit entre parenthèses.

C'était un avait im 85

Henri Toch tient maintenant le Grand tir de la Chasse royale et voyage dans toutes les foires, en Belgique et dans le nord de la France.

Je possède encore une barre à deux mains faite d'un ancien haltère court que me vendit Toch, et qu'il m'assura avoir gagné en l'enlevant en deux temps d'une main (l'engin pesait 78 kilos). Je n'ai jamais vérifié cet exploit.

Son canon pesait 365 kilos, ce qui est formidable, même pour un homme de cette force, un des rares qui m'aient rappelé Apollon par la puissance des formes.

Les Trois RASSO

l y eut plusieurs trios Rasso. Le premier fut composé de Godefroy Nordmann, Georges Stangelmeier et Weber.

Après leur séparation, Nordmann, Stangelmeier et Weber voulurent profiter néanmoins de la notoriété acquise par leur association et fondèrent chacun plusieurs nouveaux trios Rasso.

Voici quelques-unes des associations athlétiques qui furent ainsi formées :

Stangelmeier— Piladé —Weber;

^^^^^^^^^ G. Singer, du Trio Rasso

' ""'"-•- ]sfordmann — Johann von baar —

^#*y • Hertzog; = Nordmann — Jacob Bauer

\ll. -À — Singer; = Nordmann — Schleich —

Hertzog; = Weber — Daniel — Fritz

Schulz; = Nordmann - Singer — Boudgoust ; = Piladé - Caccctta et sa femme.

Ce dernier trio prit le nom de trio Rasso-Caccetta.

Un des plus célèbres trios fut celui qui réunit Nordmann, Johann von Baar et

Hertzog.

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIÈCLES 187

Je vis pour la première fois, à Roubaix, dans le cirque Franco-Russe, en 1892, en décembre, le trio Nordmann — Johann von Baar • — Hertzog.

Godefroy Nordmann, un vrai type d'Allemand, était un homme grand, blond, au front légèrement dégarni ; il s'habillait d'un grand mac-farlane à épaulettes américaines, qui le faisait vaguement ressembler de dos à une table ! Nordmann, fort dédaigneux, considérait volontiers comme des pygmées les spectateurs qu'il croisait dans le couloir du cirque. Or, dans ce couloir, se trouvait une barre à deux mains mise à la disposition du public, et qui excitait toujours la curiosité d'un grand nombre d'amateurs.

Quand Nordmann voyait des amateurs essayer d'épauler cette barre qui pesait 95 kilos, il s'avançait de plus près et les toisait dédaigneusement.

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Weber

Nordmann Le Trio Rasso

Stangelmeier

Si, d'aventure, l'amateur était un gaillard solide qui montait la barre assez haut sans pour cela l'épauler, mon Nordmann changeait de figure et son nez s'allongeait d'une aune. J'en conclus qu'il ne devait pas jouer avec cette barre, si toutefois il l'enlevait, et comme un jour, gêné sans doute par ma présence dans ce couloir assez étroit, il me repoussait légèrement en m'appelant gamin, piqué au vif, je le fixais dans les yeux en disant : « Elle n'est pas lourde cette barre, je vais la faire. »

Nordmann devint attentif; surexcité par sa présence, du premier coup et tout habillé, j'épaulai et je jetai la barre à bout de bras.

Nordmann en demeura pétrifié, avouant que, pour un gamin, ce n'était pas mal. Les deux camarades de Nordmann étaient, tout au contraire, très simples et

sympathiques.

Emile Boudgoust à 20 ans

Un Athlète qui fit partie de la troupe des Rasso

Les Rasso (troupe Zagas) Georges Stangelmeier enlevant son partenaire

V"^..; sr"""ïf,'f '

Johann von Baar du Trio Rasso

Weber Daniel Fritz Schultz

d'Hambourg de Munich de Berlin

Le Trio Rasso

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES

Johann von Baar était hollandais de naissance, mais habitait Vienne (Autriche). C'était un homme un peu moins grand que Nordmann, im 75 environ, mais bâti comme un taureau, un cou énorme de 46, ^j^™,,..^*,-. ,taRWIf., . .«.

une poitrine rebondie, un buste extraordinaire (130 de circonférence), des bras de 45 centimètres, des mollets de 43, des cuisses de 68, des avant-bras de 36, une ceinture de im 10, c'est-à-dire un ventre assez rond, comme celui de beaucoup d'Allemands et d'Autrichiens, ces grands buveurs de bière. Le petit Henri Hertzog était un bel athlète, sec, les muscles saillants, la taille mince, une jolie tête exprès- ^|«|3pU sive, des cheveux noirs comme le jais ; Autrichien de naissance, on l'aurait plutôt pris pour un Italien ou un Français du Midi.

Il mesurait im 68 de hauteur, 118 de poitrine, 41 de bras, 32,5 d'avant-bras, 39,5 de mollet, 80 de ceinture, 59 de cuisse et 42 de cou.

Il dévissait cinq ou six fois de suite un homme de 65 kilos qu'il faisait asseoir sur ' ■■--—— sa main.

Johann von Baar épaulait et jetait cinq

ou six fois facilement la

barre de 9 5 kilos du couloir, puis il en enlevait une autre d'environ 110 kilos. Il se mettait ensuite sous un petit cheval qu'on enlevait par le moyen d'un treuil ; une bricole venait se fixer dans sa main droite, et il tenait le cheval au bout du bras droit ; le corps du cheval reposait sur ses épaules et non sur le bras, mais, malgré ce subterfuge, l'exercice faisait assez bon effet. Quant à Nordmann, il pratiquait quelques petits trucs qui ne pouvaient pas donner une idée exacte de sa force. Par exemple, il se promenait dans la piste avec une barre à bout de bras et un homme suspendu à la barre.

Les Rasso

G. Nordmann

Jacob Bauer

H. Hertzog

H. Hertzog, du Trio Rasso

en 1892

Le travail des Rasso était bien présenté, les costumes fort coquets et le numéro

plaisait toujours au public.

J'ai revu Hertzog en 1905, il se trouvait à l'Hippodrome Bostock, aidant sa femme qui, artiste également, dressait des lions ; son rôle consistait à tenir les lions en respect avec une barre de fer pendant tout le travail de Mme Hertzog.

Je ne l'avais pas reconnu, après quinze

Stangelmeier (Georges Rasso)

Photographie faite en août 1890

ans d'absence, une grosse moustache lui barrait la figure, néanmoins je vis de suite à sa démarche que c'était un athlète, et je me creusais la tête pour découvrir son nom, quand tout à coup je le reconnus pour le plus jeune des Rasso ; je reliai connaissance avec lui et nous parlâmes du passé; bien qu'il ne présentât

plus un numéro athlétique, il était toujours en forme, et je constatai moi-même, en lui palpant les bras, qu'il n'avait rien perdu de sa superbe musculature.

Les Athlésy Jacob Bauer, du Trio Rasso Paul Dannberg

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES

Carrousel des Frères Rasso

Georges RASSO

Georges Stangelmeier, dit Rasso, est un des fondateurs du premier trio Rasso, de là son surnom. C'est un magnifique athlète qui mesure im74 de hauteur, 44 centimètres de tour de cou, 127 de poitrine, 45 1/2 du bras droit et 43 du gauche, 36 1/2 d'avant-bras, 86 1/2 de ceinture, 63 de cuisse, 24 de

Vf lit

1 ■, .«tK'-UA ff.T->«. a^oi-,;.,

fi. s i .'l

fer

cheville, 21 de poignet, 43 de' mollet et pèse nu 87 kilos. Il a servi de modèle au professeur Max Klinger, de Berlin, pour un bronze représentant un groupe de centaures et pour le « Samson enchaîné » .

G. Rasso est né à Munich; il a tonde plusieurs numéros artistiques qui eurent partout un énorme succès. Il fonda la troupe des trois Rasso avec Weber et Godefroy Nordmann comme partenaires, puis le second trio Rasso avec Piladé l'Italien; il monta ensuite un superbe numéro de gymnastique de force, sous le nom de Troupe Mercure.

La photographie ci-après représente l'athlète G. Rasso, qui, sous le nom de Hercules, avait inauguré un travail original. En voici la description :

Après les poses plastiques en blanc sur fond noir, représentant les chefs-d'œuvre antiques, il exécutait des exercices de force avec trois mannequins et avec trois hommes costumés exactement comme les mannequins. Il les jetait en l'air, les recevait dans les bras; il leur

G. Stangelmeier (Rasso) soulevant un canon sur son affût et deux artilleurs

LES ATHLETES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES

faisait faire les pirouettes les plus invraisemblables, et quand, à la fin du numéro, les trois hommes enlevaient les trois mannequins à leur tour pour les réintégrer dans les coulisses, le public ne s'y reconnaissait plus et applaudissait à tout rompre, persuadé qu'il avait vu faire, avec des hommes, les choses les plus invraisemblables.

Un Numéro athlétique de G. Rasso

G. Rasso dirige en ce moment la troupe Zagas-Trio avec Fritz Felber et Richard Hegelmann. Le numéro se compose d'abord de poses plastiques merveilleuses qui font ressortir la beauté plastique de ces trois artistes hors ligne, puis d'exercices de barres fixes où G. Rasso joue naturellement le rôle de porteur et les autres de voltigeurs. Le travail, bien présenté, a obtenu à Paris un succès sans précédent. C'était justice !

Georges Rasso dans la pose de l'Hercule au repos

LES ATHLETES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES

Emile BOUDGOUST, du Trio Rasso

Boudgoust, né à Strasbourg vers 1868, descend d'une famille parisienne, il a d'ail leurs le typetdu Latin. La peau brune, les yeux noirs, les cheveux frisés et noirs, de taille moyenne, les épaules larges et la taille mince, c'est vraiment un bel athlète. Il tient la brasserie des T rois-Rois, à Strasbourg, rue d'Austerlitz, 20. Il fit partie d'un des Trio Rasso, avec Nordmann et Singer.

Emile Boudgoust

du Trio Rasso

à 25 ans

Boudgoust avait énormément de succès partout où il passait et principalement auprès de l'assistance féminine. Au cours de sa carrière, il fut victime de quelques accidents. Un jour, en luttant, — ce qu'il faisait rarement — il se brisa la jambe gauche ; elle en resta quelque peu atrophiée, comme on peut le voir sur cette photographie. Il subit aussi de nombreuses déchirures de muscles et de ligaments par suite des efforts qu'il faisait au cours de son travail; il maniait en effet toujours des poids très

Emile Boudgoust à 35 ans

après l'accident qui lui brisa la jambe gauche

(A remarquer l'atrophie de la jambe brisée)

lourds; on attribue à ses exercices de développé à deux mains, où il arriva à des

résultats extraordinaires, un tic nerveux qui lui faisait fermer Pœil quinze ou vingt fois par Jfc

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minute. En 1904, le 9 août, quoique retiré de l'athlétisme depuis plusieurs années, il développa 180 livres à deux mains chez Deriaz, à Paris; il avait im2i de poitrine, 43 centimètres de bras, 40 de mollets, 62 de cuisses.

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Joseph SCHLEICH

(MlRANO)

MlRANO

supportant trois hommes

Né à Munich en 1874, ^ voyagea avec les Rasso's et les Apollon's, puis seul sous le nom de Mirano. C'était un homme très fort.

Voici ses mensurations : hauteur im 75, poitrine im 265, cou 44,5 centimètres bras 43,5, avant-bras 36,5, cuisses 69,5, mollet 47.

Aux Folies -Bergère de Paris, il présenta un numéro très original. Il soutenait au bout d'un bras tendu verticalement une quadruplette montée par quatre cyclistes. Le pédalier reposait sur l'épaule, mais le public était persuadé que Mirano enlevait quatre hommes d'un bras.

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIÈCLES

Le Trio RASSO-CACCETTA

Caccetta (prononcez Catchetta), né à Catane (Italie) en 1865, était un merveilleux athlète, superbe de lignes et de force, mesurant im 72 de hauteur, im 10 de poitrine, 80 centimètres de ceinture, 60 de cuisses, 39 de mollets, 41 de bras et 33 d'avantbras. Ses exercices favoris étaient le dévissé et le caoutchoucextenseur de face.

D'une élégance rare, portant bien le maillot, son entrée en piste était accueillie par des murmures flatteurs et des bravos prolongés ; ses poses plastiques, où il excellait, faisaient l'admiration des connaisseurs. -:v>-i~r^' Jamais, croyons-nous, un athlète n'a présenté son travail avec plus de grâce et

plus de cachet artistique.

Les records de Caccetta nous sont inconnus, mais nos lecteurs pourront juger de sa force d'après rénumération de son travail :

Tous les soirs, cet athlète dévissait d'une main une barre à sphères du poids de 140 livres et cela avec la plus grande facilité ; cet exercice était exécuté après un travail de boulets, haltères, extenseurs, qui durait un quart d'heure, le plus lourd poids ne venant qu'en dernier lieu.

Un détail intéressant sur cet athlète :

Avant de paraître en piste, Caccetta se mettait en train dans les couloirs du cirque et faisait des flexions et extensions de bras, les mains appuyées sur deux chaises très hautes (comme il en existe dans les cirques).

Par ce moyen ingénieux, le sang affluait dans les muscles et lui faisait gagner en quelques instants un centimètre sur le tour des bras.

Caccetta

Mme Caccetta

Piladë"

Caccetta, qui d'abord travaillait seul, prit un associé, l'Italien Piladé, du trio

Rasso, né à Florence en 1870, et présenta un numéro en compagnie de Mme Caccetta.

Leur travail exécuté avec facilité, entremêlé de performances athlétiques dépourvues du « chiqué » traditionnel chez la plupart des hercules de cirques, faisait grande impression sur le public.

Cette appréciation s'adresse surtout aux deux hommes, à Caccetta principalement, car sa femme n'avait qu'une valeur assez médiocre et ses formes ne pouvaient rivaliser que de très loin avec celles de Phryné, d'antique mémoire. Bien qu'assez forte pour son sexe, Mme Caccetta ne travaillait pas avec l'aisance qui caractérisait ses deux acolytes et qui faisait leur succès. En 1888, Caccetta travaillait au Nouveau Cirque et stupéfia les employés du cirque en cassant un barreau de chaise en plaçant les deux mains l'une près de l'autre.

Le trio est dissous depuis longtemps et Caccetta a fait, depuis sa dislocation, un numéro Victorius Caccetta de force très

apprécié avec

Victorius, un des champions professionnels de l'athlétisme. Quant

à Rasso (l'Italien Piladé), il est mort, paraît-il, il y a quelques

années, âgé de trente-trois ans : il repose à Florence, sa ville natale.

Il avait fait partie d'un trio Rasso avec Stangelmeier et Weber. Au cirque Fanny-Lehmann où Caccetta s'exhibait vers 1890,

nous allions souvent le voir, mon ami Florent Marchand et moi.

Un soir, nous sortions du cirque et nous admirions les haltères

de Caccetta que la direction faisait déposer chaque soir à la sortie

pour édifier le public sur la force de l'hercule, quand nous vîmes

un groupe formé par quelques amateurs essayant de soulever les barres de Caccetta.

Immédiatement intéressés par ce spectacle, nous nous approchâmes et nous vîmes

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES I99

un de nos amis, Arthur Merrheim, le gymnaste athlète amateur, renommé pour ses formes sculpturales et la grosseur de ses bras, parvenir après quelques essais à mettre

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l Desprez Salomon

La « Française » de Lille (en 18

Quivy Deguez Merrheim Dablaing Alvain Sablon

professeur de gymnastique

au bout du bras la barre de 70 kilos que Caccetta dévissait chaque soir. Une ovation fut faite à notre ami qui l'avait bien gagnée.

Fritz SCHULTZ

Fritz Schnltz est un athlète allemand né à Berlin. C'est un des membres du Tr\o Rasso qui comprenait en outre Stangclmeier et Nordmann et qui s'est fait une réputation universelle. Schultz est surtout remarquable par le développement du bras droit qui a au biceps 47 centimètres de tour et 36 à l'avant-bras.

Cette mensuration extraordinaire n'implique pas nécessairement la conclusion que Fritz Schultz soit plus fort qu'un autre athlète ayant un bras moins volumineux. C'est ainsi qu'il serait incapable d'arracher 86 kilos et demi comme Lassartesse qui, lui, ne mesure que 41 centimètres de tour de bras.

Il est d'ailleurs d'observation courante que les fortes mensurations ne sont pas toujours un indice de force, mais qu'elles sont sûrement un signe d'hypertrophie musculaire. Les sujets atteints d'hypertrophie sont incapables d'accomplir une performance de vitesse ou de résistance.

En matière de musculature de même qu'en beaucoup de choses, la quantité ne remplace jamais la qualité et la surcharge graisseuse est un poids mort plutôt gênant qu'utile dans l'accomplissement d'un effort athlétique. Fritz Schulz mesure im70 de hauteur et pèse 110 kilos.

Il exécute en ce moment un numéro athlétique avec Daniel Rasso et Weber, deux Allemands qui ont fait partie de différentes troupes Rasso. Nous donnons d'ailleurs page 188 la photographie de ce trio.

Fritz Schultz. du Trio Rasso

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Léon DUMONT

-É au Havre le 30 décembre 1867, il a débuté par l'athlétisme, poids et

haltères, et est arrivé à de

superbes résultats; il s'est

également livré à la lutte où

son poids et sa force ont fait

de lui un adversaire redoutable. Le travail de Dumont était semblable à celui de Leitner. A mon école de culture physique de Lille, Dumont a arraché à droite une barre de 144 livres sans poser la main gauche sur le genou gauche, ce qui rend l'exercice beaucoup plus difficile. Il a amené 100 kilos au dynamomètre Régnier de face.

Voici ses mensurations prises en 1896 : Hauteur im76, poitrine 1 ni 2 5 , avant-bras 35 centimètres, poids du corps 200 livres, bras 42cm5, mollets 44cm5, cuisses 70 centimètres.

Dumont présentait un joli numéro, avait un beau matériel, des costumes superbes et était très sympathique au public. Il était

surtout remarquable par son extraordinaire . ^

t 1 . i 11 Léon Dumont

développement de cuisses et de mollets.

Il est actuellement imprésario et a produit à Paris des hommes de valeur, tels

que Madrali-Ahmed, Siegfried, etc. C'était un bon lutteur, difficile à tomber, et,

comme imprésario, on ne le tombe pas beaucoup plus facilement.

Ludwig LUTZ

Lud

moment

^ Lutz, né en 1864 à Bâle, est un colosse qui a détenu pendant un le record de l'arraché en barre avec 170 livres. Il jette à deux mains 265 livres,

développe sept fois de suite 200 livres avec les deux mains et une fois 236 livres. Il jette une pierre de 48 livres à 6 mètres de longueur, développe 115 livres d'une main et tient 30 kilos • . ^ à bras tendu. Lutz mesure im88 de hauteur, im 30 de poitrine, 68 centimètres de cuisses, 43 centimètres de mollets, 46 centimètres de bras et pèse 124 kilos.

Eugène BLANC

Eugène Blanc, qui eut son heure de célébrité il y a quelque quinze ans, fut un athlète de première force, excellant dans les exercices d'arraché et de bras tendus.

Né à Lille en 1863, Eugène Blanc mesure : hauteur im66; bras 40 centimètres, avant-bras 32, tour de poitrine 110. Cet athlète arracha très correctement 65 kilos d'une main et fit 30 kilos à bras tendu quand il était à l'entraînement. Son frère, Hippolyte Blanc, dont nous donnons plus haut la biographie, est encore un des bons athlètes du nord de la France; il habite Lille. Le beau-frère de ces deux athlètes est le célèbre Henri Stiernon, qui voyagea dans toute la France avec une troupe d'hercules de premier ordre, parmi lesquels Quercy, Batta, Napoli, etc. Hippolyte Blanc avait voué un véritable culte à son frère qu'il jugeait de la force d'Apollon. Aussi avions-nous plaisir à lui parler de son frère Eugène pour l'entendre raconter des anecdotes sur lui. Un jour, mon ami Paul Bovyn et moi, nous comparions son frère à Apollon, et Hippolyte, convaincu de notre sincérité, nous avouait que son frère Eugène n'avait qu'un centimètre de tour de bras de moins qu'Apollon (Eugène avait 4o.et Apollon 51). Puis, voulant donner une idée de la valeur du bras de son frère, après avoir cherché un terme qui rendit bien sa pensée, il dit : « Eugène a un bras... un bras... un bras... fatal... » Désormais, lorsque nous rencontrâmes Hippolyte, nous lui parlâmes toujours du bras fatal d'Eugène Blanc.

Ludwig Lutz

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Charles POIRÉ

Charles Poiré, surnommé le plus beau bras de France, est un des meilleurs travail-

Charles Poiré, un des meilleurs athlètes français surnommé le plus beau bras de France.

leurs d'haltères que j'aie vus. Je le fis venir un jour à mon école de culture physique

de Roubaix en 1898, et là il stupéfia les connaisseurs par les poids qu'il enleva et

surtout par sa façon correcte de les travailler.

Il enleva 155 livres à la volée, 150 livres à l'arraché à gauche, 70 livres à bras

tendu à gauche (record du monde), 50 livres à bras tendu par l'anneau à gauche, 240 livres en barre à deux mains avec un épaulement correct s'il en fut, puis 200 livres au développé à deux mains et enfin 120 livres au développé à gauche, le bras droit placé horizontalement (record du monde).

Poiré fut un des rares athlètes qui arrachèrent d'un bras la fameuse barre de 74 kilos de la société La Française de Lille.

Léon Sée la lui plaça à gauche et Poiré, sans la soupeser, l'arracha du premier coup. Il arrachait d'ailleurs 80 kilos avec une bonne barre.

De l'avis de Léon Sée, Poiré pouvait arracher de 84 à 86 kilos avec un bon entraînement, et Sée le place au tout premier rang des athlètes au point de vue de l'élégance et de la désinvolture dans les exercices de force.

Voici les mensurations de Poiré prises à Roubaix en 1898 : poitrine im2i, bras 44 centimètres, avant-bras 36 centimè- Charles Poiré tres^ ceinture 88 centimètres, hauteur

lorsqu'il s'exhiba à Roubaix. im ? ^ po;ds ^ yj^

Poiré est remarquable par la forme de son bras qui est unique au monde, croyons-nous. Son biceps est globuleux, il donne l'impression qu'une noix de coco est placée sous la peau ; le triceps et le deltoïde sont également très volumineux. Quant à Tavant-bras, c'est une merveille de force.

Poiré est né à Paris en i8éé et, à quarante-quatre ans, il a encore 45 centimètres de biceps et 37 centimètres d'avant-bras, à gauche : c'est extraordinaire.

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ROUMAGEON

Jacques Roumageon, né à Saint- Pourçain- sur- Sioule (Allier) le 4 mars 188 1, fut instructeur à Joinvilie-le-Pont et, à sa sortie du régiment, devint professionnel et ne tarda pas à se mettre en vedette par des prouesses athlétiques sensationnelles. Roumageon mesure im70 de hauteur, 1 m 1 5 de poitrine, 74 centimètres de ceinture, 61 centimètres de cuisses, 42e111 5 de mollets, 41 centimètres de bras, 3 5 centimètres d'avantbras, I9cm5 de poignets, 44 centimètres de cou et im30 de tour d'épaules.

Le 26 juillet 1902, Roumageon s'appropria le record du dynamomètre Régnier (position libre) avec I77kg 500 :

le précédent record était à E. Deriaz avec 169^ 500.

Au championnat du monde de force organisé par Y Auto et F H. C. F. au Moulin-Rouge, Roumageon, le benjamin des athlètes, se couvrit de gloire en enlevant des poids fantastiques pour son âge. A Toulouse, au Club olympique , il arracha 89 kilos devant MM. Sautet, Cahuzac, Ducerf, etc.

A Chinon, il arracha 92 kilos devant Moscovino, ancien adjudant moniteur de Joinville-le-Pont, qui, faisant fonction d'arbitre, pesa la barre, mais ne put enregistrer cet exercice qui constituait un record, n'étant malheureusement pas dynamométreur de TH.

CF. Roumageon amena le 28 décembre 1904 le chiffre formidable de 194^ 500, puis 206^250 au dynamomètre Régnier (position libre), puis 120 kilos de face en 1908.

Roumageon partit ensuite au Canada, à Montréal, où il enleva 90 kilos à l'arraché en face de Pietro II de Bayonne et plusieurs athlètes français.

Roumageon était, avec tout cela, bon gymnaste sauteur, coureur; il joignait l'agilité à la force, il était réellement un athlète complet. Il s'est fixé à Montréal depuis plusieurs années, après avoir étonné les Canadiens qui sont très amateurs d'exercices de force.

Roumageon

Maurice DERIAZ

Quiconque n'a jamais vu Maurice Deriaz ne peut se faire une idée de la musculature de cet athlète. C'est un Hercule Farnèse dont il est une reproduction vivante avec plus de muscles encore.

Maurice Deriaz, qui est d'une taille ordinaire, paraît aussi large que haut. Il ne dépare pas la collection si imposante des sept frères Deriaz.

La valeur n'attend pas le nombre des années

et Maurice Deriaz n'a pas attendu l'âge de vingt ans pour attirer l'attention du public, car à dix-huit ans il se signalait par des exercices de force qu'auraient enviés beaucoup de professionnels entraînés.

Né à Baulmes, canton de Vaud, Suisse, le 14 avril 1885, Maurice Deriaz, qui est fixé à Paris depuis sa jeunesse, est arrivé à accomplir des prodiges aussi bien aux poids et haltères qu'en lutte gréco-romaine ou en lutte libre; dans ces trois sports, on peut dire qu'il est passé maître. Maurice Deriaz possède d'ailleurs un tableau de performances qui nous dispenserait de faire l'éloge de ce sympathique athlète. A l'arraché à droite, Maurice Deriaz est arrivé à 179 livres, ce qui constitue le record du monde officiel professionnel. A gauche, il arrache 170 livres; à la volée : 172 livres à droite, 165 livres à gauche; d'un bras, 213 livres à droite et 190 livres à gauche. Inutile de dire que ces deux exercices sont faits d'une façon classique et que ces poids formidables sont épaulés d'une seule main par l'athlète, sans aucun truc et sans que la main gauche ou le coude gauche ne viennent arrêter le balan de la barre ou de l'haltère. En barre à deux mains, il atteint le poids formidable de 210 livres à l'arraché, 210 livres au développé et 270 livres au jeté. En haltères séparés, il épaule correctement et jette 250 livres. A bras tendu, il tient sur la main gauche 60 livres, sur la main droite 60 livres et cela, avec le fameux sourire sur les lèvres.

Cet homme possède un cou d'une puissance sans égale ; c'est ainsi que, couché sur le dos, il se met en pont (la position favorite des lutteurs), saisit une barre de 244 livres qui se trouve près de sa tête, l'aminé à la poitrine et développe ce poids fantastique en restant en pont.

Maurice Deriaz

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES 20J

On comprendra facilement pourquoi cet athlète peut exécuter ce tour de force inouï, quand nos lecteurs sauront que le cou de Maurice Deriaz mesure 48 centimètres à l'état normal et jusqu'à 50 centimètres après le travail.

Citons pour mémoire un exercice favori de Maurice Deriaz, qui nous dépeindra bien la force de ce prodige.

Il prend une barre de 1 30 kilos, la jette au bout des bras, la fait glisser sur une seule main, tient ces 130 kilos au bout du bras droit et exécute avec ce poids formidable au bout du bras trois flexions des jambes. C'est là un exercice qui n'est pas à la portée de tout le monde et il faut, pour l'exécuter, la force de cuisses de Maurice Deriaz.

Voici les mensurations de cet Hercule Farnèse, qui a une ressemblance frappante comme musculature avec Hackenschmidt le Lion Russe : hauteur im 68, bras 45 centimètres, poitrine 122, avant-bras 36, ceinture 90, cuisse 66, mollet 42 et cou 48, poids du corps nu, 88 kilos.

Nous avons présenté Maurice Deriaz athlète, passons maintenant à Maurice Deriaz lutteur.

En lutte gréco-romaine, il est champion au cirque Métropole en 1906, il sort premier sur 44 concurrents, en tombant des hommes tels que Gambier.

En Angleterre, où il fit des tournées triomphales, il a battu tous les lutteurs jusqu'à 100 kilos, soit en lutte libre, soit en lutte gréco-romaine, car Maurice Deriaz est aussi fort en lutte libre qu'en gréco-romaine.

En lutte libre il fit match nul avec John Lemm, le champion anglais qui pèse 10 kilos de plus que Deriaz.

Il ne rencontra dans toute la France qu'un homme avec qui il fit un jour un match nul, ce fut le fameux Louis Lemaire, homme d'une force extraordinaire et qui est appelé, comme poids moyen, à devenir réellement un des grands champions du monde. Il faut dire qu'avant ce match nul, Deriaz avait déjà tombé plusieurs fois Louis Lemaire, et ce n'est que depuis les progrès extraordinaires accomplis par son rival que Maurice Deriaz a terminé sa dernière rencontre par un match nul.

Maurice Deriaz fera certainement parler de lui avant peu, car il vient de lancer un défi à tous les hommes de poids moyen jusqu'à 90 kilos et visant particulièrement des athlètes de grande valeur, des champions tels que Lassartesse, Nytram et Rosset.

L'argent du défi a été déposé à « La Culture physique » et si ce match a lieu, les amateurs de belle lutte auront là quelques émotions.

Léon FOUGEREY

Né à Angers en 1864, Fougerey est un bel athlète mesurant 40 centimètres de

bras, 33 d'avant-bras, 1 m 1 5 de poitrine, im 68 de hauteur.

Je le vis à Versailles vers 1900 où ilpostichait, et il me fit bonne impres-

Léon Fougerey

sion. Il pouvait arracher 60 à 65 kilos d'une main et enlever 200 livres à deux mains.

Paul BELLING

Paul Belling, Allemand de naissance mais naturalisé Anglais, est un ancien champion de poids et haltères; il a arraché 80 kilos d'une main, 82 kilos à la volée et enlevé 125 kilos à deux mains. Belling mesure im82 de hauteur, 132 de tour de poitrine, 68 de

cuisses, 45 centimètres de bras, 36 d'avant- pAUL Belling

bras, 44 de mollets, et pèse 120 kilos. Il a obtenu à Paris un légitime succès dans les championnats de lutte où il s'est exhibé.

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Le Cosaque ZAÏKINE

Zaïkine est un Petit-Russien. Alléché par les fortunes que quelques-uns de ses compatriotes avaient réalisées dans les tournois de lutte des grandes capitales, tels Hackenschmidt et Padoubny, il rêva un jour de la gloire de ses aînés et aussi de billets de banque... Il se mit à l'entraînement.

Zaïkine est jeune, i! a trente ans ; c'est un splendide athlète auquel nous avons pris les mensurations suivantes : taille im86, tour d'épaules im43, poitrine im285, biceps 43 centimètres, avant-bras 35e"1 5, cuisse 67 centimètres, mollet 43, cou 49.

Sabatié Zaïkine Padoubny Le géant

Antonicht

Le bulgare Nicolas PÉTROFF

L'étoile de Zaïkine brille, à l'heure présente, d'un singulier éclat parmi les astres de la lutte. Au championnat de Paris en 1908, il a battu Giovanni Raicevitch et tous les hommes qui lui ont été opposés ; il n'a succombé que devant Padoubny.

Il avait fait un numéro de force qui obtenait beaucoup de succès, mais l'aviation le tenta et, après avoir acheté plusieurs aéroplanes, il est parti en Russie pour essayer de conquérir la fortune et la gloire.

Bonne chance à Zaïkine qui est venu nous faire ses adieux, le corps sanglé dans an costume de Cosaque qui lui allait à merveille et faisait encore mieux ressortir sa mâle beauté. Zaïkine avec son compatriote Padoubny forment un couple d'hommes superbes. Il est rare d'en rencontrer de pareils. Grands, larges d'épaules, la taille mince, des traits superbes, ce sont deux beaux spécimens de la race slave.

VICTORIUS

Né à Metz en 1871. Resté Français, Victorius a fait son service militaire au

Ier pontonniers à Avignon. Réformé au bout de six mois de service, il se mit à l'entraînement méthodique et il arriva à de superbes résultats. De haute taille (im75), il mesure im29 de tour de poitrine, 47 centimètres de cou, imoi de ceinture, 45 centimètres de bras, 36 d'avant-bras, 67 de cuisses, 42 de mollets, et pèse 101 kilos.

Il enlève 26^ 500 à bras tendu par l'anneau, le corps bien droit, 38 kilos à bras tendu sur la main et très cor- . rectement, 55 kilos au développé d'une main et 104 kilos au développé à deux mains; il est recordman du monde poulie dévissé correct en haltère court avec 92 kilos.

Au dévissé répété il enlève vingt fois de suite 50 kilos d'une main, sans trop de flexion du corps.

CHALZET

le Frappeur

Encore un Bordelais pur sang, l'une des révélations du championnat de 1899.

Né à Bessèges (Gard) en 1875.

Chalzet est très connu dans le midi de la France où il a tombé jadis Limousin, Quercy, Laclampe, etc., etc. Il fut champion de Toulouse en 1899.

Chalzet succomba en 1899 devant le Turc Cotch Mehmet.

Il pèse seulement 85 kilos, mais sa victorius puissance est extraordinaire; il arrache

70 kilos de la main droite avec un poids de 20 kilos dans la main gauche.

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