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IT

SABÈS

Fernand Sabès, né à Bordeaux en 1869, fut aussi célèbre comme comme athlète. Il tomba des hommes comme Tom Cannon, Constant le Boucher, le Turc Cartandji et quantité d'autres champions.

Sabès fut le premier en France à arracher 75 kilos à droite et à gauche, il arracha même 80 kilos à droite. Il est regrettable que cet homme se soit retiré du ring

lutteur que

S A Kl- S

depuis quelques années, car il aurait pu faire des prodiges en poids et en lutte.

Sabès mesure 1 U1 7 1 de hauteur, 41 centimètres de tour de bras, 34 d'avantbras et 122 de poitrine. Il pèse 88 kilos.

Emile MAUPAS

Né à Evreux en 1874, élève de Paul Pons, c'est un merveilleux athlète, modèle Emile Maupas aux Beaux- Arts; il enlève 150 livres à la

volée. Il mesure im78 détaille. Le 15 sep-, tembre 1904, il fit devant moi i6oks 500 au dynamomètre Régnier, position libre., Il est en Amérique depuis plusieurs années et obtient un légitime succès.

DERIAZ (Emile)

Né en 1879 à Baulmes, canton de Vaud (Suisse), Deriaz est certainement l'un des athlètes les plus connus dans le monde athlétique.

Il y a une excellente raison à cela, c'est que Deriaz (Emile) a des frères qui propagent son nom par leurs prouesses personnelles. Tous sont remarquables, soit comme lutteurs, soit comme athlètes. Je devrais dire : à ces deux titres, car, semblables à l'aîné, ces hommes cultivent les poids et la lutte.

Emile Deriaz est le plus grand, le plus lourd et le plus fort des quatre frères.

Lorsque Bonnes se retira de l'arène pour se consacrer au professorat, il aban-

Émile Deriaz

donna son titre de champion du monde au seul homme en France qui pouvait réellement le défendre contre tous.

Il le donna à Emile Deriaz qui était à l'époque possesseur de plusieurs records du monde et qui un moment les a à peu près possédés tous. Il détient encore actuellement les records suivants : arraché à gauche 175 livres, jeté à gauche 202 livres, jeté en haltères séparés 262 livres, à la volée à gauche 175 livres. Il eut également les records de l'arraché à droite avec 177 livres, de la volée à droite avec 175 livres, etc., etc.

Emile Deriaz

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES 21 3

Dans son match avec François le Breton dont il sortit vainqueur, il arracha 210 livres à deux mains et battit plusieurs records du monde.

Ce qui distingue Emile Deriaz, c'est sa grande énergie et sa résistance inouïe ; c'est en outre un vrai sportsman qui ne fait que du travail sincère et ne trompe jamais le public sur les poids enlevés. Au championnat du monde du Moulin-Rouge il enleva 270 livres en barre à deux mains avec une désinvolture stupéfiante. Il développe 200 livres à deux mains.

Emile Deriaz est né en Suisse, mais habite Paris depuis son enfance ; il tient actuellement un grand gymnase au 23, rue des Boulets (ancien gymnase de Noël le Gaulois).

Voici les mensurations d'Emile Deriaz : hauteur im74, poids 100 kilos, poitrine 128 centimètres, bras 44, avant-bras 36cm 5, mollets 44, ceinture 92.

Malgré ces mensurations énormes, Emile Deriaz est un excellent gymifaste : il exécute un saut périlleux de pied ferme, fait le grand soleil à la barre fixe, est bon sauteur, lutteur merveilleux ayant tombé Madrali-Ahmed, le terrible Turc mesurant im 90 de hauteur et pesant 120 kilos. Emile Deriaz est bien un champion et un athlète complet.

ZNAMENSKI (William Moor)

Znamenski est né en 1873 à Moscou. C'est un des recordmen du monde pour la barre à deux mains. Le 29 juillet 1897, il a enlevé, chez le baron Kister, à Moscou, une

barre à deux mains de 333 livres et demie qu'il a épaulée en trois temps et jetée au bout des bras.

Voici ses mensurations : poitrine 124 centimètres, cou 45, ceinture 81, biceps 43, avant-bras 35, cuisses 61, mollets 40, poids du corps 163 livres.

Nous ferons remarquer à nos lecteurs que la méthode employée en Russie ou en Allemagne pour enlever les barres n'est pas la même que celle qui est en vigueur en France. C'est pour cela que les athlètes étrangers enlèvent quelquefois des poids supérieurs à ceux de nos champions, mais c'est au détriment de la correction et au risque des plus grands dangers, tels que ruptures de tendons ou de fibres musculaires, hernies, et même maladies de cœur.

Un hommeenlevant 300 livres en trois ou quatre temps, c'est-à-dire en truquant, ne peut quelquefois pas enlever correctement 230 livres, ce qui indique que la force seule ne préside plus à l'exécution du mouvement comme dans l'épaulement d'un seul temps.

En revanche, un homme enlevant au maximum 260 livres en deux temps, pourra avec de la pratique enlever jusqu'à 320 à 340 livres en roulant la barre sur le ventre (mouvement incorrect qui n'est pas accepté en France). On voit, par là, qu'il est nécessaire de se rendre compte de la manière d'enlever un poids et que la qualité est préférable à la quantité. Au point de vue physiologique, la pratique des poids et haltères est un moyen de régénérer la race et non de l'invalider par des exercices abracadabrants faits pour épater la galerie.

C'est pourquoi nous sommes partisans des exercices classiques, tels qu'ils sont adoptés par l'Haltérophile-Club et toutes les sociétés d'amateurs de France.

William Moor Znamenski

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIÈCLES 215

Emile NAUCK et Frédéric PAULSEN

Né en 1865 dans le Mecklembourg. Nauck pesait 465 livres, c'était le plus gros athlète du monde; il est mort en 1899. Il s'exhiba avec Frédéric (Frédy) Paulsen, né le 22 janvier 1856 à Copenhague.

Je fus, à propos de Nauck, témoin d'un incident bien amusant.

Alors que le vieil athlète Joigneret

Frédy Paulsen

tenait un café athlétique, rue Mazagran (1886), j'y vis Nauck et le hasard fit que j'assistai à son départ de l'établissement.

On fit venir un fiacre. Etait-il remarquablement construit, je ne sais; toujours est-il que Nauck dut renoncer à y entrer, la portière étant trop étroite.

Comme la foule s'était amassée et riait un peu trop au gré du colosse, il partit à pied du côté [des boulevards, pris d'une fureur comique.

Frédy Paulsen était un briseur de chaîne renommé; son biceps très développé lui permettait de casser des chaînes par la flexion de Pavant-bras sur le bras.

Henri STIERNON

Henri Stiernon, né en 1838 à Laventie (Pas-de-Calais), mais élevé à Lille, où il vint à l'âge de deux ans, fut un athlète doué d'une jolie force. Il débuta à dix-huit ans

dans les exercices de poids, il faisait alors 23 kilos à bras tendu, le dos collé au mur. Jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, on le surnomma V Anguille Lilloise à cause de son corps svelte, qui ne faisait guère présager le développement musculaire qu'il obtint vers la quarantaine.

Par le travail athlétique, Stiernon arriva à des mensurations peu ordinaires ; les voici telles que je me les rappelle: hauteur im72, poitrine im22, bras42 centimètres, avant-bras 34e"1 5, ceinture im 10, cuisses 65 centimètres, mollets 46, cou 44.

Stiernon était possesseur d'une jolie baraque avec laquelle il faisait les fêtes et sur laquelle il se produisait sous le nom de l'Hercule du Nord. Il était accompagné d'une troupe bien composée, dont deux athlètes étaient ses beauxfrères, Eugène et Hippolyte Blanc, qu'il avait emmenés dans ses pérégrinations; ils furent plus tard surnommés Stiernon, quand le vrai Henri Stiernon se fut retiré de l'arène. Il y avait aussi Léon Figuet, dit Quercy, natif de Cahors, lutteur et athlète de premier ordre; Batta, Desnouiez, la famille Franck, acrobates anglais, les frères Diericks, gymnastes, Pépino Nouniez, trapéziste, les Torne, équilibristes, M. et Mn,e Starck, athlètes allemands, etc., etc. Sur sa parade trônait en maillot la femme de Stiernon, la belle Lydie Blanc (dont nous donnons une photographie faite en 1881), femme de haute taille, à la carnation splendide, qui faisait l'admiration des collégiens et des amateurs de plastique. Elle exécutait un numéro de trapèze qu'elle avait présenté dans les cirques Ciotti, C.izuani, Pierrantoni, en Allemagne, en Autriche, en Russie, etc.

Quercy et les deux frères Blanc faisaient les exercices de poids habituels, jongle-

Léon Figuet dit Quercy

Henri Stiernon

à l'âge de 35 ans

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES 2iy

ries, bras tendus, arrachement avec deux et trois poids de 20 kilos, etc. Quercy arrachait 140 livres, faisait à bras tendu 50 livres sur le dos de la main : c'était un athlète au poil noir et à la peau brune, ce qui est souvent un indice de force physique.

Stiernon venait ensuite exécuter quelques beaux exercices avec de vrais poids qu'il faisait passer au public. Il terminait par l'exercice du canon qu'il faisait partir en le tenant sur une épaule.

La séance prenait fin par les luttes traditionnelles où quelques amateurs obtenaient leur part de succès.

Somme toute, la loge foraine de Stiernon était très bien tenue et des athlètes célèbres y défilèrent.

Henri Stiernon était un homme très fort au bras tendu, et l'exercice que je lui vis faire à l'âge de quarante-huit ans vient confirmer mon opinion.

Stiernon, le dos collé au mur, le bras gauche levé au-dessus de la tête, se fit poser sur la main droite un poids de 20 kilos et un poids de 5 kilos et tint très bien ce total de 50 livres, le bras tendu horizontalement devant le corps.

Les deux poids étaient des poids de commerce dont on se servait dans l'atelier de mon père, ils étaient poinçonnés chaque année par le Service des poids et mesures.

On comprend que Stiernon ait tenu 32 kilos à bras tendu au moment de toute sa puissance musculaire; peut-être a-t-il dépassé ce chiffre, car il ne faut pas oublier que le bras tendu jouait à cette époque un grand rôle dans les exercices athlétiques ; les barres à deux mains n'étant que peu ou pas connues, la spécialité était donc le bras tendu.

Avant que Stiernon fût propriétaire de sa loge foraine, il partit avec un hercule surnommé Roussel (en souvenir de l'ancien hercule du Nord Charles Rousselle), et voyagea pendant deux ans dans toute la Suisse. Il fit ensuite deux années de service militaire au 3e régiment de zouaves et fut rappelé comme soutien de famille. En quittant l'armée, il fit les fêtes de Lille et des environs, et retrouva l'athlète Roussel qui lui fit cadeau de son canon.

Il s'engagea ensuite dans une troupe qui parcourut les grandes villes anglaises, Liverpool, Londres, Manchester, etc., puis revint en France au bout d'un an et fut engagé au cirque Ciotti. Là, il travaillait avec les anciens poids de 25 kilos ; son numéro

Henri Stiernon, à 40 ans, en 1878

Autour de lui ses médailles, offertes par les amateurs des villes dans lesquelles il s'est exhibé

2l8 LES ROIS DE LA FORCE

était toujours avant l'entr'acte, ce qui permettait de laisser les engins dans la piste à la disposition du public, qui pouvait alors se rendre compte de leur poids. Stiernon

faisait à cette époque 32 kilos à bras tendus, très correctement, du bras gauche comme du bras droit ; il enlevait d'une main un haltère de 80 kilos en Pappuyant sur la cuisse et le ventre, comme faisaient tous les athlètes de l'époque.

Stiernon portait 300 kilos et marchait aisément avec ce poids formidable.

Il voyagea douze ans avec les grands cirques et s'établit ensuite à son compte. Ce fut au cirque Cazuani, à Niort, qu'il travailla dans un cirque pour la dernière fois.

Désirant donner une représentation au manège de cavalerie, un Lydie Stiernon dans son travail d'anneaux dimanche après-

midi, Stiernon demanda la permission au colonel du régiment de cuirassiers et lui soumit le programme. Celui-ci surpris émit quelques doutes sur la force de Stiernon, qui lui offrit de tomber ses douze plus forts cuirassiers en un quart d'heure. Le pari conclu, Stiernon tomba les douze soldats en douze minutes.

C'est après cela qu'il monta, avec ses économies d'artiste, une superbe loge foraine qui portait le nom de Théâtre des Attractions ; il se fit faire un matériel complet de poids et haltères, engagea quelques athlètes, parmi lesquels Quercy, un lutteur de classe sérieux, adroit et fort, et entreprit le tour de France.

Tout allait pour le mieux, les affaires prospéraient, la loge ne désemplissait pas d'une foule avide de voir de beaux exercices de force exécutés par des athlètes de valeur, quand une catastrophe imprévue vint briser la carrière athlétique de Stiernon et le ruiner complètement.

Nous avons dit que Stiernon avait un canon qu'il portait sur l'épaule et qu'à chaque représentation un homme y mettait le feu. Un jour, à la fin de la représentation, le canon éclata, il y eut mort d'hommes et beaucoup de blessés.

Des procès coûteux firent disparaître toute la fortune de Stiernon (60.000 francs environ), et ce colosse, qui avait peiné toute sa vie pour se faire une situation et se créer une honnête aisance, dut abandonner le métier vers la cinquantaine, après avoir vendu jusqu'à ses outils de travail pour payer les frais des procès qu'il perdit. Découragé, il abandonna le métier d'athlète et se fit fabricant de plaques métalliques.

Lydie Stiernon dans son travail d'anneaux

LES ATHLÈTES xMODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES

Il habita Lille où il tint un café rue des Robelets, puis il tint la buvette de la société de gymnastique La Jeunesse Lilloise, rue Gambetta.

Un match de lutte qui fut célèbre dans la région fut celui de Stiernon avec François Billiet, le boucher lillois ; Stiernon subit une défaite mais empocha la recette des 10.000 spectateurs, Billiet eut l'honneur.

Stiernon habite maintenant Le Havre, et sa dernière photographie, faite à soixante ans, montre que les années n'ont point ruiné complètement la force et les muscles d'hercule qu'il possédait. Le premier canon de Stiernon pesait 210 kilos; il est aujourd'hui chez M. Dupont, filateur de coton, rue du Plat, à Lille : il provenait de Roussel. Stiernon, qui le trouvait trop léger, en fit refondre un autre plus lourd.

L'athlète Stiernon fut toujours sobre, ne fit aucun excès de boisson et ne fut jamais malade; il se nourrissait bien, sans exagération, et ne se surentraînait pas. Quand il était arrivé à faire facilement un exercice, il essayait plus fort sans jamais se forcer. C'est ce qui explique qu'à l'encontre de ses confrères qui, surentraînés, meurent jeunes, Stiernon est arrivé à un âge avancé et a conservé une bonne santé.

Stiernon avait un haltère creux qui pesait, vide, 5oks2oo. Les boules, très grosses et rapprochées étaient une grande difficulté pour l'arrachement d'une main ; très rares étaient les athlètes professionnels même qui à l'époque pouvaient arracher cet haltère. Son propriétaire l'arrachait aisément à chaque représentation et jugeait le poids suffisant pour le présenter au public qui, après l'avoir soulevé de terre, s'inclinait devant la supériorité de Stiernon.

Cet haltère, qui connut les temps héroïques, est aujourd'hui la propriété du club de Xantes, après quelques péripéties qui méritent d'être contées.

Stiernon, en se retirant de l'arène, avait cédé son matériel. Son canon partit chez un cafetier de ses amis, Henri Mignac; celui-ci l'exposa à Lille, dans son établissement, avec, au-dessus, le portrait de son ex -propriétaire et une pancarte offrant une prime à tout homme qui pourrait soulever le canon par la culasse avec une seule main. Quelques amis et moi, nous lui rendîmes maintes visites, mais il n'y eut qu'un

Mme Lydie Stiernon, en 188 i

homme qui put arriver à le soulever, ce fut un boucher de Lille, nommé Florency Brunet, un merveilleux gaillard doué d'une force exceptionnelle.

L'haltère de 5okg2oo devint la propriété de M. Juille, un amateur doué d'une jolie force de mains, mais ne pratiquant pas les haltères. Un jour où, pour changer, — nous ne parlions jamais que de cela — je causais de force et d'athlètes, un homme me dit : « Si vous connaissez des hommes forts, dites-leur d'aller rendre visite à M. Juille, débitant de tabac, rue Saint- André à Lille, et là ils auront l'occasion de gagner un bel haltère qui sera la propriété de celui qui le mettra en l'air d'une seule main. »

Immédiatement, je pensai à mes amis Florent Marchand, E. Lees et A. Dubois qui étaient à l'époque beaucoup au-dessus de moi comme force musculaire et je me dis : Voilà le moment de les emmener voir le fameux haltère que mon interlocuteur m'annonçait pesant un poids formidable.

Je passai une très mauvaise nuit et le lendemain je voulus tâter le terrain et partis pour évaluer le poids de l'haltère qui m'avait empêché de dormir.

J'arrivai vers 8 heures du soir et trouvai sans peine le bureau de tabac que l'on m'avait indiqué, c'était au coin de la rue Voltaire et de la rue Saint- André. J'achetai un paquet de cigarettes pour la forme et j'abordai aussitôt la question :

« Vous avez, dis-je, un haltère à vendr;, pourrait-on le voir ? »

Je ne voulais pas laisser soupçonner que je venais pour le gagner ou le faire gagner par mes amis.

— Non, monsieur, me répondit l'aimable M. Juille qui était un grand et beau garçon d'une trentaine d'années; l'haltère n'est pas à vendre, je le donne à celui qui le premier l'enlèvera au-dessus de la tête avec une seule main. Du reste, je vais vous le montrer et vous jugerez de suite que l'engin

Henri Stiernon et son canon

Florency Brunet

le seul homme qui souleva d'une main le canon

de Stiernon.

F. Brunet avait 43 1/2 de bras, 36 d'avant-bras,

120 de poitrine, 4s de cou et pesait 100 kilos.

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES

Une Affiche représentant le Travail de l'Athlète Stiernon

Photographie de la Loge foraine de Stiernon La croix indique l'athlète Stiernon en costume blanc et prés de son canon

est encore chez moi pour longtemps. Et ce disant, il passa dans une petite pièce privée où il me pria de le suivre.

Sous une table gisait rénorme haltère. Il le fit rouler jusqu'à mes pieds et me

dit ces simples mots : « Le voilà », soulignés d'un ironique sourire.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, je me précipitai sur l'haltère, le saisis avec les deux mains et le soupesai d'un geste familier aux haltérophiles qui veulent connaître le nom de baptême d'un engin.

En une seconde, le poids de l'haltère m'était connu ou à peu près; mon cœur battait la générale, car je sentais que je

Henri Stiernon, a 60 ans

serais le premier (ô bonheur !) à mettre cette masse au bout du bras.

Je posai quelques questions pour me remettre de mon émotion et je demandai à M. Juille s'il faisait cet haltère, quel en était le poids, et ce qu'il fallait faire exactement pour gagner ce trophée.

J'appris alors que cet halrère avait appartenu au célèbre Stiernon et que seul il avait pu mettre ce poids au bout du bras ; son propriétaire actuel avouait ne pas pouvoir l'enlever. Son poids était de 58 kilos et l'enlèvement de l'haltère avec une seule main, dans n'importe quelle position, donnait le droit d'en devenir le propriétaire.

Diericks, le Roi des anneaux

Les Frères Diericks,

de la troupe Stiernon.

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET~XXe SIECLES

« Puis-je l'essayer ? dis-je alors, le cœur angoissé, car je crois pouvoir le mettre à bout de bras. »

Un oui protecteur et combien ironique fut sa réponse.

D'une main je saisis la masse de fonte, je Tamène à l'épaule, au grand ébahissement de l'amateur athlète, et dans un lent déploiement du bras, je dévisse l'haltère et me relève complètement, avec le sourire aux lèvres.

Vous dire l'étonnement de M. Juille serait impossible ; le sourire avait dispara de ses lèvres et était remplacé par un air de profond respect qui me fit plaisir, cela est compréhensible. C'est ainsi que je devins le propriétaire de l'haltère de Stiernon, et le lendemain, en venant prendre possession de l'haltère, j'amenai avec moi F. Marchand et Dubois qui exécutèrent des arrachés, des développés et des dévissés avec le même engin.

Nous revîmes souvent M. Juille avec qui nous fûmes toujours en excellents termes, car il ne nous garda pas rancune d'avoir enlevé un haltère qu'il croyait fermement Stiernon seul capable d'enlever.

Ce

William STARR

fut un bel athlète qui avait des jambes superbes : 43e"1 5

de mollets, 65 de

cuisses. Les biceps v mesuraient 41 centimètres et ses avant-bras 33 centimètres; sa taille était de im72. Il faisait un joli numéro de force dans les cirques.

Sa fille travaillait f\ ^ JÊJ a un trapèze fixe — ~ à une perche portant sur la ceinture de son père et celui-ci soutenait allègre-

WlLLIAM STARR A 30 ANS

ment cette charge assez importante. La fille de Starr s'exhibe maintenant dans les cirques sous le nom d'Elya Thisa (Starr); elle exécute un numéro de trapèze.

Starr est mort vers 1907.

Il était âgé d'environ soixante-dix ans et n'en paraissait pas plus de cinquante.

William Starr a 45 ans

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES

Félix SPREUX

C'était un beau gaillard, ouvrier mécanicien, qui aurait pu devenir un bon athlète s'il avait su s'entraîner. Né à Tournai

en 1858, il mesurait im 73 de hauteur, bras 39, cou 41, poitrine im 10, mollet 39, poids 170 livres; il faisait les foires en compagnie de quelques lutteurs et athlètes. Il travailla même avec le célèbre Batta.

Je le vis pour la première fois sur la baraque foraine de Henri Toch, surnommé Y Homme Canon, où il était en parade et, ma foi,

Félix Spreux et son Canon

il était assez adroit, jonglant avec des poids de 20 kilos qui pouvaient en peser 15 ou 16. Je le revis plusieurs fois dans d'autres fêtes foraines, puis je le perdis de vue pendant quelques années et quand je le rencontrai de nouveau il n'était plus que l'ombre de lui-même. Ayant entendu dire que j'avais une barre à sphères, il m'exprima le désir de la voir. Je lui montrai une barre de 67 kilos, avec laquelle je m'entrainais, il vint vers elle, la soupesa et me dit textuellement : « Elle a du poil aux dents », et tous ses compagnons d'être persuadés qu'effectivement elle avait

du « poil aux dents » et qu'il fallait être un hercule pour l'enlever. Pour Félix, il ne

put parvenir à l'épauler tant il était affaiblie II me pria ensuite de

la faire. J'accédai à son désir et l'arrachai à deux mains d'abord,

puis la dévissai d'une main, ce qui le stupéfia littéralement. Je ne pus manquer de réfléchir aux suites d'une conduite

peu régulière, car 0j?

ce gaillard , que j'avais envié, n'était plus qu'un enfant auprès de moi .

Je le revis à Paris où le pauvre hère était réduit à montrer un homme sauvage à la Foire au pain d'épice : sa mise plus que négligée n'indiquait

pas la richesse ; je lui parlai et lui dis que j'avais une photographie de lui, il en montra une joie puérile et touchante.

Nous causâmes du passé et je vis bien qu'il regrettait d'avoir sacrifié sa force et sa santé à des noces qui ne lui laissaient même pas le souvenir du plaisir. Je le revis encore plus tard, il avait repris son métier de mécanicien et paraissait heureux, j'en fus très satisfait.

C'est un rare exemple de régénération chez les athlètes déchus — on ne peut qu'y

applaudir.

Félix Spreux

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