SI
Bonnes est, du reste, aussi extraordinaire de vigueur avec ses jambes qu'avec ses bras. Voici en effet ce qu'il exécuta à Roubaix :
Le pied gauche étant placé sur une table assez haute et le pied droit pendant à to centimètres du sol, il se fit attacher un poids de 70 livres au pied droit et, bien que se trouvant alors complètement accroupi sur la jambe gauche, il arriva à se redresser complètement en soulevant ainsi, outre son propre poids, le poids de 70 livres, qu'il plaça sur la table devant son pied gauche. Il recommença ensuite le même exercice avec la jambe droite.
Voici ses mensurations prises en mai 1898 à Roubaix : hauteur im7i, poids nu 90 kilos, tour de poitrine ira 16, bras 395 millimètres, avant-bras 325 millimètres, mollet 425 millimètres. On remarquera la grande qualité de muscles que possède Bonnes pour avoir établi des records pareils avec des mensurations plutôt ordinaires si on les compare avec celles des athlètes comme Apollon, Zbysko, Tùrk, Beck, Abs, etc., qui sont des colosses près de Bonnes.
Chez Bonnes, la qualité compense la quantité.
De Roubaix il part à Vienne (Autriche), au concours athlétique qui y avait lieu. Il arrache 171 livres à droite et à gauche du premier coup et sans avoir fait un seul mouvement auparavant. Les Autrichiens sont foudroyés par cette force.
Il épaule 282 livres comme une plume, et manque son jeté, incommodé par le froid.
Il remporte de ce concours deux médailles d'or pour l'arraché d'une main et pour l'épaulement à deux mains (records du monde).
Au gymnase Arasse, dans une séance où, malheureusement, il n'y avait pas de dynamométreurs officiels pour homologuer les records, il arrache 180 livres à gauche et à droite, jette 293 livres avec épaulement correct et épaule d'un temps 317 livres; les autres exercices sont à l'avenant.
Au dernier championnat du monde organisé par Y Auto, Bonnes enlève brillamment le titre de champion du monde sur un lot d'athlètes des plus merveilleux, tels Eliseieff, Deriaz, Roumageon, Victorius, Poiré, etc., etc.
A noter que Bonnes, étant engagé à l'Olympia au moment du concours, dut fournir son numéro de force après avoir donné chaque soir son numéro d'acrobate olympique, et que le jeudi et le dimanche il y avait matinée, cçTqui portait son travail à trois séances par jour. Et, malgré ce handicap terrible, Bonnes finissait avec
Bonnes, a Roubaix en 1898
100 points d'avance sur le second, qui, lui, n'avait qu'un point d'avance sur le troisième.
En 1903, il développe trois fois de suite 100 kilos et une fois 110 kilos de la façon la plus correcte; il amène ensuite 132 kilos au dynamomètre Régnier, de face, position réglementaire.
Laissons aux chiffres leur éloquence et saluons Bonnes, le champion du monde, le travailleur correct, l'athlète gentleman.
Bonnes est né à Narbonne en 1867, et, comme tout homme du Midi, il ne boit que du vin, qui est souverain pour l'entraînement, dit-il.
Son alimentation est celle-ci :
Lait, œufs, fruits au déjeuner du matin. Viande (bœuf ou mouton), au déjeuner de midi. Légumes, fromage, fruits au repas du soir. Légère collation vers minuit après le travail.
Bonnes ne fume pas ou très rarement; il ne boit jamais d'alcool, il prend deux ou trois verres de vin en mangeant et ne boit rien entre les repas.
Bonnes est très régulier dans ses habitudes, il se couche à minuit et se lève à 9 heures du matin.
Quand il est fatigué, il se masse avec une embrocation de son invention qui, paraît-il, lui délasse les muscles immédiatement.
Voici les mensurations de l'athlète Bonnes prises à l'Haltérophile-Club de France, en octobre 1903 : hauteur im 71, poids du corps 92 kilos, tour de poitrine im 22, ceinture 92 centimètres, cuisse 625 millimètres, mollet 45 centimètres, cheville 23 centimètres, tour de bras 42 centimètres, avant-bras 34 centimètres, cou 44 centimètres.
Lorsqu'il débuta à Paris, il s'entraînait chez Noël le Gaulois qui tenait à l'époque le gymnase de la rue des Boulets qu'il céda depuis à Emile Deriaz; son entrée est digne d'être contée.
Bonnes, vêtu de noir, en redingote et en chapeau haute-forme, arrive chez Noël pour la première fois en 1897.
Il se fait servir une consommation et, de sa voix douce, demande timidement à voir le matériel du gymnase; on le fait entrer dans le club, sans plus le regarder, et voilà Bonnes examinant curieusement les grosses barres qu'il n'osait toucher.
Enfin, voyant que tous les jeunes gens travaillaient sans s'occuper de lui, il s'enhardit et s'informa du poids d'une barre. « 200 livres », lui fut-il répondu.
Bonnes, sans quitter sa redingote, après avoir enlevé son chapeau, lève la barre de 200 livres comme une plume, la remet en place et prend 250 livres. Du coup la galerie devint attentive.
Du premier temps, il épaule la barre et la jette à bout de bras, avec une aisance parfaite.
Aussitôt des jeunes gens se précipitent dans le café, où Noël trônait au comptoir, et lui crient : « Noël, Noël, un monsieur enlève les 250 ! » Noël ne comprend pas tout d*abord et fait répéter les jeunes gens.
LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES 253
Ayant compris, il bondit et arrive dans le gymnase au moment où Bonnes se préparait à partir.
« C'est vrai, monsieur, que vous venez d'enlever les 250 livres ! dit Noël. » Bonnes, qui ne croyait pas avoir fait un tour de force pour cela, répondit simplement :
— Oui, monsieur.
— Voulez-vous recommencer devant moi ?
— Oui, monsieur.
Et voilà Bonnes qui reprend les 250 livres et les enlève en souriant.
Noël n'en pouvait croire ses yeux.
Pour bien comprendre l'ahurissement de Noël le Gaulois, il faut penser que nous sommes en 1897 et que 250 livres constituaient un record que peu d'athlètes pouvaient atteindre à l'époque, sauf toutefois Apollon.
Noël, qui se croyait le champion de la barre à deux mains, aurait voulu prendre Bonnes sur son exercice favori et il lui dit : « Essayez donc un développé et un arraché avec la barre de 180 livres. » Bonnes demande la 200 et fait ce que Noël lui proposait. Du coup Noël fut anéanti et reconnut in petto qu'il avait son maître en face de lui.
— Comment vous appelez-vous ? dit-il à Bonnes.
— Bonnes.
— Mais, je ne vous connais pas, d'où êtes-vous ?
— De Narbonne.
— Mais où avez-vous appris ?
— Tout seul, chez moi.
— Vous êtes professionnel ?
— Non, mais je veux l'être.
Et voilà comment Noël le Gaulois vit, pour la première fois, un athlète enlever ses barres les plus lourdes sans paraître faire un effort.
On ne tarirait pas d'éloges sur ce bel athlète.
Le professeur Georges Dubois s'est fait son historiographe.
Dans un livre intitulé : Comment on devient champion de la force, il retrace toute la vie du sympathique athlète, qui a bien voulu communiquer à Dubois ses notes personnelles relatives à l'entraînement.
Toutes ces notes, scrupuleusement reproduites par l'auteur de ce livre intéressant, constituent ce que je n'hésite pas à appeler : La Grammaire de l'athlète.
Tous les jeunes gens épris de la beauté plastique et de la vigueur qui sont la force d'une race, posséderont ce livre qui fait partie de la bibliothèque de la Librairie athlétique (1), où ils le trouveront aisément.
(1) 48, Faubourg Poissonnière, Paris.
Victor SALVATOR
Né à Bruxelles en 1862, Salvator fut un athlète renommé de 1880 à 1886. C'était un homme de belle prestance, très élégant de formes. Il travaillait très correctement, faisait toujours ses maxima avec aisance, le sourire sur les lèvres. Il était très goûté du public pour cette raison.
Au concours de Bruxelles, en 1897, Salvator obtint le deuxième prix, ex œquo avec Bonnelli, en arrachant 68 kilos d'une main, en jetant 110 kilos à deux mains, et portant 30 kilos à bras tendu, le tout facilement, suivant son habitude.
Un jour Salvator eut un match sensationnel avec comme partenaire Albert Auvray de Cherbourg contre A. W. Johnson et Hjalmar Lundin, deux Suédois très forts. Le match eut lieu à New-York, à Tammany Hall.1
Le concours était ainsi composé :
i° Enlever une barre au-dessus de la tête à deux mains. — 2° Enlever un haltère avec la main droite. — 30 Enlever un haltère avec la main gauche. — 40 Enlever sans élan un haltère au-dessus de la tête. — 50 Enlever deux haltères, un dans chaque main.
L'enjeu était de 500 dollars.
Johnson et Salvator furent vainqueurs du match.
Johnson fut un des premiers athlètes qui enleva 320 livres au jeté à deux mains en trois temps.
Voici une biographie de Salvator que nous communique un aimable correspondant, M. X...
« Victor Salvator est né à Bruxelles en 1862. De très bonne heure il pratiqua les sports : à seize ans, il ramait sous les couleurs de l'Union nautique et, deux années de suite, il remporta tous les prix aux régates.
« Passionné pour la gymnastique et pour tous les exercices de force, et ayant remarqué qu'il était l'un des plus forts de tous les jeunes gens qu'il rencontrait dans les sociétés sportives auxquelles il appartenait, il résolut d'utiliser ses qualités athlétiques pour se créer une situation, et il embrassa carrément la carrière d'athlète. Il quitta Bruxelles et vint à Paris, ayant réussi à obtenir un engagement pour les Folies-Bergère.
Salvator C( Ce furent là ses débuts d'athlète, et ils
furent si brillants que le nom de Salvator, désormais connu, lui permit d'avoir des engagements partout où il voulut aller.
« Salvator était d'humeur voyageuse. Il parcourut ainsi le monde, faisant un numéro à deux, en compagnie de miss Jeanne Sologne, son élève.
« En 1882 — il avait alors vingt ans — Salvator organisa un championnat de luttes d'hommes aux Folies-Bergère de Paris. Il monta également une troupe de lutteuses rouennaises, qu'il exhiba aux Folies- Bergère de Rouen, et qu'il promena ensuite dans les principaux établissements d'Europe.
« L'Europe ne lui suffisait plus : il signa un engagement pour l'Australie, au Victoria Hall de Melbourne. Son numéro de force y obtint un très gros succès. Il n'y avait alors personne en Australie qui fit en arraché, à 20 livres près, ce que Salvator exécutait tous les soirs sur la scène de son music-hall. Imbattable en exercices de force, on 1e défia en lutte. Et c'est ainsi qu'il accepta de se rencontrer en lutte, pour un enjeu de 50 livres (1.250 francs), avec Cristol Andrew. Le match était en trois manches : Salvator en gagna deux.
« De l'Australie, Salvator s'embarqua ensuite pour l'Amérique. Il débuta à l'Orphéon de San-Francisco, toujours avec le même succès.
« Puis il visita successivement Portland, Orégon, Siatel, Los Angeles, Albuquerque, Chicago. Dans cette dernière ville, où il resta deux ans, de 1892 à 1894, ^ monta un club athlétique. C'est là qu'il défia et vainquit Peter Sanson, qui offrait 1.000 dollars (5.000 francs) à qui ferait ses exercices. C'est là également qu'il défia Alonzo, et qu'il humilia Irwing Montgomery, le faux Sandow, en enlevant tout son matériel, avec une dérisoire facilité, au Temple Théâtre.
« Salvator fit encore une courte exhibition à New- York, puis il revint en Europe et fit sa réapparition devant le public parisien, au Cirque d'hiver, en compagnie de Noël le Gaulois.
« Salvator fut sans contredit, sinon le plus fort, du moins l'un des plus forts de son époque. En 1884, il était le seul qui fit 242 livres, en deux temps, en barre à deux mains. Il réussit plusieurs fois cette performance au gymnase Mérat, en face du petit André et de Mazin.
(Notre aimable correspondant oublie que cette barre appartenait à San Marin, qui la faisait avant Salvator, mais en trois temps.)
« L'année précédente, étant à Lille, pendant un engagement au concert Staveaux, rue des Chats-Bossus, il gagna un curieux pari contre Emile Lambert, un cordonnier athlète qui l'avait défié. Il s'agissait d'attraper, à bras tendu, à 3 mètres de distance, un boulet pesant, avec l'entonnoir, 66 livres. Salvator fut vainqueur.
Cristol Lazeux dit Cristol Andrew, né à Gand
« Voici quelles étaient ses mensurations :
« Poids 98 kilos, taille ira73, poitrine imi8, biceps 42 centimètres, cou 44, mollet 43.
« Ci-après les meilleures performances de Salvator. Il est bon de noter qu'à son époque on ignorait toute méthode d'entraînement raisonné, ce qui rend plus méritoires lesdites performances :
Bras tendu sur la main 70 livres
Bras tendu par l'anneau 60 —
Bras tendu par la coiffe 40 —
Arraché d'une main 144 —
Arraché à deux mains 200 —
En deux temps à deux mains 242 —
« Enfin, Salvator exécutait un jeté à deux mains en poids séparés de 222 livres, asrec deux obus pesant l'un 1 12 et l'autre 110 livres.
« En 1897, par conséquent à l'âge de trente-cinq ans, et bien que ne s'entraînant plus depuis quelques années, Salvator participa au championnat de force à l'Exposition de Bruxelles. Il s'y classa second, ex-œquo avec Bonnelli, derrière Noël le Gaulois. Il n'égala donc pas ses anciens records, mais il fit encore 136 livres à l'arraché d'une main, ce qui constitue, étant donné son manque de forme, une performance plus qu'honorable et qui dénote bien que Salvator fut un athlète exceptionnellement doué. »
LES ATHLETES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES
Albert AUVRAY
Albert Auvray est pourvu d'une musculature réellement impressionnante. Le mètre à ruban de TH. C. F. a donné : 50 centimètres de mollet, 47 de biceps, 39 d'avantbras.
Auvray, né à Cherbourg le 28 août 1863, eût pu devenir un athlète extraordinaire s'il avait eu un meilleur système nerveux. Mais son manque de volonté l'empêcha de s'entraîner sérieusement et, malgré ses 47 centimètres de biceps, il ne fut jamais un champion. Ajoutons que, sous le nom de Jackson, il lutta mais sans beaucoup de succès.
Arthur LEROY
Par acquit de conscience, nous citerons Arthur Leroy, athlète et lutteur bruxellois,
qui tint Albert Auvray
une baraque foraine avec laquelle il visita les principales villes de la Belgique. C'était un athlète ordinaire, assez grand et lourd, mais les jambes laissant à désirer, les genoux se touchant.
Nous ne pouvons pas fixer nos lecteurs sur la valeur exacte de cet athlète.
Oreste PULITI
Oreste Puliti était un clown qui faisait l'Auguste dans le cirque Fanny Lehmann en 1889, et au cirque Lenka en 1891.
Quand je le vis pour la première fois, il figurait dans un numéro d'acrobates sous le nom des Puliti ; il y remplissait le rôle d'Au- Arthur Leroy guste. Lorsque le numéro fut terminé, le pu-
blic cria bis, et les frères Puliti firent quelques sauts périlleux pour remercier; l'Auguste prit le plus petit acrobate de la bande, qui
pesait environ 55 kilos, et le dévissa huit ou dix fois d'une main. Le cirque croula
presque sous les applaudissements.
Quelques jours après, je le vis s'exhiber dans un numéro de jongleur sous le nom
d'Oreste Puliti, le Roi des jongleurs; il était en maillot, et j'ai rarement vu un homme aussi élégant et aussi bien proportionné. Oreste Puliti avait im 72 de hauteur, pesait 76 kilos, mesurait 38 centimètres de bras, 39 de mollets, 32 d'avant-bras, 58 de cuisses, 112 de poitrine, 40 de cou et 75 de ceinture.
C'était le vrai type du gladiateur combattant, aussi souple que fort ; il m'a laissé une impression inoubliable.
BAINAIZE
Cet hercule me rappelle un souvenir :
L'autre jour, à Fontainebleau, dans une petite fête, je vis un vénérable athlète à barbe et cheveux blancs travailler avec des poids de 20 kilos et un lourd essieu tout rouillé. Je m'approchai et je reconnus le vieux Bainaize, né à Montignac (Dordogne) en 1834.
Bainaize fit partie de la troupe de Rossignol-Rollin ; il est, avec Richoux, croyonsnous, le seul qui survive encore de cette héroïque phalange (1).
(Voir la biographie détaillée de cet athlète dans les Rois de la lutte) (2).
Bainaize
(1) Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que Richoux est décédé en 1908.
(2) En vente à la librairie athlétique, 48, faubourg Poissonnière.
JAJ^PI
LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES 259
Les PAXTON
Les frères Hans et Simon Bauer, nés à Munich, présentent sous le nom des frères
Le Travail des Paxton
Paxton un numéro acrobatique vraiment remarquable. Avant d'être acrobates, les
Paxton ont débuté par l'athlétisme et c'est surtout par ce côté qu'ils nous intéressent. Le plus petit des deux notamment, Simon Bauer, né à Munich en 1868, a
accompli de véritables prouesses pour son poids et sa taille. Au Club athlétique lillois, il a, un jour, arraché à droite une barre à sphères de 70 kilos dont la barre était très grosse (5 centimètres 1/2 de diamètre), ce qui compliquait cette performance d'une difficulté de plus. Poussé par quelques amateurs qui assistaient en petit comité à ses essais, Simon s'attaqua à une barre de 75 kilos qu'il réussit à arracher d'une main à droite, du premier coup. Simon Bauer, ne pesant que 64 kilos, avait arraché d'une main 1 1 kilos de plus que son propre poids !
Nous croyons que c'est jusqu'à ce jour un fait unique dans les annales de
Les deux Paxton
Simon et Hans Bauer
l'athlétisme ; on voit combien il était intéressant de le signaler.
Nous nous plaisons cependant à rappeler que le Français Lassartesse, pesant 79 kilos, arrachait 86 kilos 1/2, soit 15 livres de plus que son poids.
Simon Bauer a développé 90 kilos à deux mains et jeté facilement no kilos. Ces exercices, relativement au poids de l'athlète, constituent de véritables records.
Le plus grand des Paxton, Hans, est très fort comme force de mains. Il a soulevé d'une main, à 10 centimètres de terre, une barre de 100 kilos que peu d'hommes pouvaient bouger à cause de la grosseur de la poignée.
On voit, par ces données, que les frères Paxton ne sont pas des athlètes ordinaires.
Les Paxton
Robert Hartmann Simon Bauer
LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES 26 1
Les mensurations de Simon Bauer sont : tour de poitrine imo8, bras 37 centimètres, mollet 35, cou 39, avantbras 31,5, hauteur im6i.
Hans Bauer
mesure :
im 68 de hauteur, 108 de
poitrine, 3 8 de bras et de mollets et 32 d'avantbras. Il enlève en deux temps d'une main une barre de 160 livres et 220 livres à deux mains. Hans né en 1863, pèse 75 kilos.
Simon Bauer avait également travaillé sous le nom des Paxton avec Robert Hartmann né le 26 novembre 1857 à Kriechen bei Breslau.
Les Frères Paxton
Simon et Hans
Eugène SANDOW
A un siècle d'intervalle, Kœnigsberg a vu naître deux grands hommes, le philosophe Emmanuel Kant, l'athlète Eugène Sandow.
Nul doute que dans cette vieille Prusse où la maxime : « La force prime le droit » est regardée comme la base de toute bonne morale, les prouesses de l'hercule n'excitent plus d'admiration et de respect que la théorie de l'impératif catégorique et les lourds développements sur les catégories de l'entendement.
En général, on s'efforce de retrouver — et l'on retrouve toujours avec un peu de bonne volonté — dans l'enfance des personnages célèbres les traits caractéristiques qui marquaient à l'avance quelles seraient leur œuvre et leur destinée. Le chroniqueur qui tenterait de suivre la même méthode en ce qui concerne Eugène Sandow serait désappointé. Notre héros le confesse modestement : « Dans mes jeunes ans, dit-il, j'étais excessivement délicat. Plus d'une fois on désespéra de m'élever. Avant l'âge de dix ans, je savais à peine ce que c'était que la force. Puis il arriva que je la vis représentée en bronze et en pierre. Mon père m'emmena avec lui en Italie, et , dans les galeries de Rome et de Florence, je fus frappé d'admiration pour les formes remarquables qu'offraient les statues des athlètes de jadis. Je me rappelle avoir demandé à mon père si les hommes de notre temps présentaient un semblable développement. Il me répondit que non, et m'expliqua que ces statues étaient celles d'hommes qui vivaient à une époque où la force tenait lieu de droit, où les bras de l'homme étaient les seules armes et où souvent son salut dépendait W** 4
de sa vigueur physique. »
Le lecteur prévoit la théorie où aboutissent ces considérations : II n'est pas nécessaire d'être né fort pour devenir fort. A la différence du poète, qui naît poète, l'homme fort peut se faire lui-même; je cite les paroles mêmes de Sandow, qui resta très délicat jusqu'à l'âge de dixhuit ans. Il étudia alors l'anatomie, ce qui le conduisit à son système d'entraînement physique :
faire travailler chaque muscle séparément et disposer l'ordre du travail de telle sorte que, tandis que certains muscles sont en jeu, les autres restent dans un repos complet. Ses exercices alors ne duraient pas plus de quinze minutes par jour. Et il remarque à ce sujet : « Je ne m'astreignais pas à observer un régime parti-
L'Athlète Sandow dévissant une barre a sphères avec deux jeunes gens dans les boules
(Total : ioo kilos)
Goliath et son Canon
culier, je mangeais et buvais comme de coutume; je n'ai d'ailleurs aucune confiance
dans le régime. Le meilleur des guides est la modération. »
On sait, en effet, que pour Sandow le système d'entraînement du boxeur et du rameur, par exemple, est inutile à l'homme dont les muscles ont atteint un certain degré de développement; en d'autres termes, la force donne l'endurance et maintient en condition. En 1889, Sandow se trouvait à Venise, où il fit la connaissance d'un peintre anglais, duquel il apprit que l'athlète Sampson, du Royal Aquarium de Londres, offrait 1.000 livres à quiconque pourrait faire mieux que luimême. L'artiste conseilla vivement à Sandow de relever le défi. Celui-ci partit pour Londres et défit Sampson. Tout comme Rodrigue, Sandow, pour son coup d'essai, avait voulu un coup de maitre; il avait pleinement réussi, et l'Alhambra l'engageait immédiatement à raison de 150 livres par semaine (3.750 francs).
Après diverses pérégrinations, Sandow vint travailler
au Tivoli, où il inaugura le jeu des poids vivants.
Prenant une barre à sphères dont les boules de très fortes dimensions pouvaient
s'ouvrir, il introduisait un homme dans chaque boule, et, d'une main, dévissait
au-dessus de sa tête la barre, les boulets et les deux hommes, ce qui représentait
environ 200 livres. (Voir la gravure de la page 263.)
Un autre tour, très suggestif, consistait à faire un saut périlleux en tenant dans chaque main un poids de 5 6 livres anglaises, soit 25^400. Au moment de l'exposition universelle de Chit cago, Sandow eut un engagement pour PAmérique dont il visita les principales villes. Il obtint partout un énorme succès.
Sandow a fait l'étonnement du monde des sports; il mesure im69 de hauteur; il a une belle tête, aux cheveux blonds bouclés, aux yeux bleus, et il pèse 90 kilos. Il y a certainement des athlètes qui peuvent produire des exercices de force aussi extraordinaires, sinon supérieurs à ceux de Sandow; mais jusqu'à présent on n'a jamais vu, en dehors des statues grecques, ; un développement musculaire aussi puissant et aussi harmonieux que le présente cet athlète. Comme le lutteur de Borghèse, Sandow a un tour de taille que lui envierait maint sous-lieutenant, 80 centimètres, et, par contre, un cercle de poitrine de im23. Sandow avait une façon de s'entraîner qui était assez originale. Il habitait avec son inséparable et meilleur ami, le pianiste Marius Siéverking, un Hollandais. Les deux hommes se considéraient mutuellement comme les premiers
Un Exercice de Sandow
LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES
de leur temps. Quand Marius jouait, Eugène l'écoutait, assis près de lui, en faisant sans cesse travailler ses muscles, joignant ainsi l'agréable à l'utile. C'est de là que lui est venue l'idée d'imei-calerf la* ' danse des biceps dans son numéro athlétique.
Quand Sandow était en Amérique, il fut défié plusieurs fois, mais il est curieux de constater que ces défis furent retirés au plus vite dès que l'athlète, sans paraître en faire montre, faisait jouer les muscles de
Louis Mac-Cann, dit Hercules
ses bras puissants qui mesurent 43 centimètres au biceps.
Il est juste de faire remarquer ici qu'aucun athlète au monde n'a joui d'une réputation égale à celle de Sandow. Cette réputation, il ne la doit qu'à ses formes splendides qui sont à l'abri de toute critique. Le côté artistique de son travail et de sa mise en scène, le cachet particulier qu'il a su donner à ses exhibitions, ont plu à tous et à toutes. Les femmes,
Sandow en 1892
Samlson
qui se seraient désintéressées d'un travail de poids ou de force quelconque, se sont intéressées à cette statue vivante qui leur représentait les chefs-d'œuvre du passé. Les hommes, qui admirent tout ce qui est force, l'ont vu et revu avec plaisir; ils en ont parlé et reparlé; de là cette réputation à nulle autre pareille. L'avenir athlétique est aux belles musculatures et aux formes impeccables. Que les jeunes amateurs se pénètrent bien de cette pensée ; le public se soucie fort peu d'un exercice de force s'il n'est pas présenté par un athlète au corps bien équilibré, qui flatte l'œil et le réjouit agréablement. Cherchez autour de vous et vous verrez que les artistes qui ont du succès sont toujours ceux chez qui règne une harmonie parfaite.
Voyez Hackenschmidt, Apollon, Maspoli, Batta, Attila, Sandow, qui doivent leur succès autant à leur développement harmonieux qu'à leur force physique.
Sandow est choyé à Londres au point que sa statue figure au Kensington Muséum, où nous avons pu admirer et prendre les mensurations de celle-ci. Les voici dans toute leur exactitude :
Poitrine im23, ceinture 92 centimètres et demi, cuisse 63, mollet 42, bras droit contracté 46, avant-bras droit replié 35 et demi, bras gauche allongé 42, avant-bras gauche allongé 32, poignet 20 un quart.
Les records de Sandow ne sont pas connus, du moins officiellement, mais nous avons sur lui quelques renseignements intéressants.
Sandow s'était entrainé avec l'athlète Paris, il y a quelque quinze ans. Il a arraché à deux mains une barre de 105 kilos. De la main droite il a développé 55 kilos sans bouger le corps, puis il a dévissé de l'épaule 98 kilos et tenu dans chaque main 24 kilos et demi par l'anneau, les deux bras tendus horizontalement. Sandow n'était pas arrivé alors à l'apogée de sa force, il a fait mieux depuis, mais nous n'avons pas de renseignements précis là-dessus. A Londres, il a battu, Sampson, Louis Mac-Cann dit Hercules et son frère Samson (ne pas confondre avec l'autre Sampson).
Louis Mac-Cann dit Hercules
SANDOW et GOLIATH
Sandow et Goliath furent photographiés à propos de leur exhibition au Royal Music Hall à Holborn. Goliath fut découvert par l'athlète Sandow dans une carrière
Goliath et Sandow
de pierre à Aix-la-Chapelle; il chargeait des blocs de pierre dans, une charrette. Sandow le prit avec lui et l'exhiba à Londres sous le nom de Goliath; cet homme était un géant, doué d'une grande force physique ; il s'exhiba sur plusieurs scènes de Londres; il souleva des pierres sur le dos avec les mains, etc., mais ne fut jamais un athlète leveur de poids.
Quand ces deux athlètes s'exhibèrent, on pria le public de monter sur la scène
pour essayer les poids qu'ils employaient. Plusieurs hommes forts se présentèrent, parmi lesquels un mulâtre qui avait une vague ressemblance avec Sandow, au point de vue de la musculature. Cyclops, l'athlète, le pupille de Sampson, essaya aussi de soulever quelques poids des deux athlètes, mais il ne put parvenir à les enlever de la même façon que ceux-ci.
Sandow finissait ses exercices en tenant Goliath sur une seule main à bout de bras, il faisait ainsi le tour de la scène.
Ct ,„ . „ Voici les mensurations mons-
Sandow présentant la main de Goliath au public
trueuses, mais exactes, de Goliath : im 89 et demi de hauteur, poids 17^500, imGi et demi de tour de poitrine, 82 centimètres et demi de tour de tête.
Un Exercice de Sandow
LES ATHLETES MODERNES DES XIXe ET XXe SIECLES
Franz STHÀR
(/ ' $J Sthàr est un Viennois qui fut champion autrichien
i &► avant Wilhelm Tûrk. Sthâr excellait surtout dans les
exercices de développés à une et à deux mains. Il développait 50 kilos d'une main
sans bouger le corps et 110 kilos à deux mains. Au jeté à deux mains, il arrivait à
1 30 kilos, mais en roulant
la barre sur le ventre à la
mode allemande.
Au concours de
Vienne, 31 juillet 1897,
Sthâr enleva les poids suivants : 65 kilos à l'arraché
d'une main; 104 kilos au
développé en deux haltères
séparés; 104 kilos au jeté
en deux haltères séparés;
58k 200 au développé d'une
main; 50 kilos au développé cinq fois de suite
d'une main; 116 kilos au
jeté à deux mains;
111^500 au développé à
deux mains. Sthàr pèse
103 kilos.
Ignace NOLLYS
Ignace Nollys, né à Bruxelles en 1870, était un athlète complet, leveur de poids, lutteur, acrobate et sauteur. Doué d'un Franz Sthar
courage de lion, il était
recherché de ses amis et craint de ses ennemis. Il avait, comme on dit, la tête près du bonnet et il ne fallait pas lui marcher deux fois sur les pieds pour qu'il se fâchât tout rouge. Nollys est depuis plusieurs années retiré du ring. Voici les performances et les mensurations de ce bel athlète lorsqu'il était en forme, de 1892 à 1896 : hauteur im72, poids 80 kilos; poitrine im20, ceinture 85, bras 36, avant-bras 31, mollets 39, cuisses 60, cou 42.
Nollys arracha devant moi 130 livres d'une main et 180 livres à deux mains, épaula et jeta 228 livres à deux mains ; chose curieuse, au développé à deux mains,
qu'il ne pratiquait pas, il n'aurait certainement pas dépassé 140 livres.
Il faut en voir la cause dans le développement relativement modeste de ses deltoïdes. Cet athlète poussait beaucoup des jambes.
Son temps d'épaulement prenait sa force dans la masse lombaire.
Il est permis au vieux professeur de culture physique que je suis de tirer ces déductions de ses mensurations.
Nollys était un sauteur hors ligne, il avait d'ailleurs été voltigeur dans une troupe d'acrobates, et voici ce que je lui vis faire à la société la Française de Lille. Il tendait une corde horizontale à la hauteur de ses épaules, exactement à la base du cou, puis, sans élan, il sautait à pieds joints par-dessus la corde sans la toucher. Après cet exploit, il enlevait 110 kilos en deux temps, se couchait et se relevait avec 64 kilos au bout du bras droit.
Il fit une tournée dans le nord de la France et fut vainqueur de tous les lutteurs qui se présentèrent devant lui; il était accompagné de l'athlète Joseph Wattée, un autre athlète bruxellois, né en 1870, qui s'est suicidé à Paris dans un accès de fièvre chaude, le 15 novembre 1903 ; tous deux s'exhibaient sous le nom des frères Ignace. Somme toute, Ignace Nollys était un athlète de valeur.
Wattée développait 100 kilos à deux mains, 92 kilos trois fois de suite, mesurait ira 18 de poitrine, 39 centimètres et demi de bras, 33 d'avant-bras, 39 de mollets, im72 de hauteur et pesait 80 kilos ; cet athlète s'était rompu le biceps en enlevant un fardeau. Il mourut à l'âge de trente-trois ans.