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BONNES EN

LES ATHLÈTES MODERNES DES XIXe ET XXe SIÈCLES

rées et bourrées de muscles ont fait passer les jambes au second plan, et les 45 centimètres de mollet sur une cheville de 23 centimètres n'ont plus rien de choquant a voir et n'ont plus l'aspect colossal de tout à l'heure, les jambes se sont fondues dans l'harmonie des formes.

Faisons le tour et voyons Bonnes de face. La poitrine bombée et large abrite des organes solides, les deltoïdes sont gros comme la tête d'un enfant, les bras sont bien attachés, la force éclate dans toutes les parties du corps, la ceinture est mince, sans exagération, et des muscles viennent enserrer solidement l'abdomen pour mettre l'athlète à l'abri des hernies. La peau est mate et ambrée. Ce bel édifice humain repose sur deux petits pieds bien cambrés où court un réseau de veines bleuâtres qui charrient le sang à travers ce bel organisme.

Voilà pour le physique.

Et, maintenant, cherchons à connaître la force de cet homme par des chiffres et des dates.

En 1897, Bonnes est à Narbonne, où il dirige une entreprise de maçonnerie; il n'a jamais soupçonné la force qui est en lui.

Il a fait, comme tous les jeunes gens, quelques petits exercices avec des pierres, des chaises, etc., quand Batta, un athlète, passe à Narbonne et donne une représentation où Bonnes assiste en spectateur. Intéressé, il cause à Batta, qui l'invite à venir le lendemain toucher son matériel pour juger de sa force.

La barre de 100 kilos que Batta faisait en deux temps à deux mains est soupesée par Bonnes qui l'enlève comme une plume et, sans secousse, la développe au-dessus de la tête. Dire la surprise de Batta serait impossible, il ne pouvait en croire ses yeux ; il félicite Bonnes et l'engage à* continuer. Celui-ci se met au travail et, quelque temps après, il était devenu extraordinaire dans tous les exercices. Bonnes cède son commerce quelques années plus tard et vient à Paris, bien résolu à devenir professionnel.

Et quelque temps après, Bonnes débutait aux Folies-Bergère dans un numéro athlétique qui ne fut pas prisé à sa juste valeur, parce que Bonnes travaillait trop facilement, le public croyait que les poids étaient en carton ou tout au moins en zinc creux.

En 1898, Bonnes vint donner une séance au club athlétique de Roubaix et, à son arrivée, il plongea dans la stupéfaction ceux qui furent témoins de son travail.

Voici l'histoire : Je vins à Paris pour engager quelques athlètes et leur faire donner une séance à Roubaix. Je vis Bonnes et je lui demandai ses conditions et les poids qu'il pensait enlever à notre séance de gala.

Bonnes à l'H

Bonnes me dit qu'il comptait faire 150 livres à l'arraché à droite et à gauche, 200 livres au développé et à l'arraché et 270 livres en deux temps à deux mains.

Le Ier mai 1898, Bonnes était à Roubaix; la veille, en descendant du chemin

de fer, à 9 heures du soir, il me demandait à voir le matériel qui allait servir le lendemain > Mis en présence des poids et haltères, devant quelques amateurs qui avaient attendu son arrivée, Bonnes, sans quitter sa redingote, arrache 150 livres à gauche et fc*;\ h %fi||j35|^^^BBB ^ droite, en haltère couTt, -comme si cela ne pesait t - ,:'-'.'>:iiI«â'Jl^^HiSHI rien, arrache 200 livres à deux mains et fait 240 livres en deux temps, pieds joints.

J'étais fixé sur la force de cet homme, et je me disais : « Demain, les amateurs vont voir tomber tous les records. »

Le lendemain, cinq cents amateurs se pressaient dans la salle du Club athlétique roubaisien, parmi lesquels on distinguait tout ce que le Nord comptait d'hommes forts : Marchand, Lefevre, Parent, Dubois, Allemand, Dubeaurepaire, Scrépel, Lesauvage, Deroubaix, Masson, Vandenocke, etc., etc.

Une bascule était installée au milieu de la piste et les contrôleurs étaient à leur poste. Il y avait du muscle dans l'air, comme disait feu Rossignol- Rollin.

Bonnes débute par les bras tendus avec 50 livres par l'anneau à gauche, puis à droite; 50 livres par l'anneau, à gauche et à droite, enlevées par une corde dont il tient l'extrémité dans la main. 60 livres, puis 70 livres sont tenues correctement sur la main. L'arraché vient ensuite. Bonnes enlève 150 livres à droite, puis à gauche, avec le fameux sourire sur les lèvres, puis 160 livres sont tirées aussi facilement avec la main droite qu'avec la main gauche. Tous les spectateurs sont émerveillés de la facilité du travail.

La barre à deux mains est amenée. Bonnes développe 200 livres plusieurs fois de suite en décomposant l'exercice pour bien montrer qu'il est maître du poids, le corps ne faisant aucun mouvement. Il arrache plusieurs fois le même poids, toujours sans effort. Il prend 240 livres, les enlève en deux temps après s'être fait attacher les pieds. C'est prodigieux ! Il enlève successivement 250, 260, 270, 281 livres sans paraître fournir un seul effort. A 281 livres (record qui fut dix ans sans pouvoir être battu ni égalé par personne d'autre), Bonnes ne donne pas l'impression d'avoir un poids dans les mains, il pouvait facilement continuer jusqu'à 300 livres, tout le monde était persuadé qu'il enlèverait ce poids-là. Malheureusement, des spectateurs ayant réclamé la bascule pour peser la barre, Bonnes se refroidit et ne voulut plus essayer un poids supérieur aux 281 livres, qui furent pesées de suite, en face de tous, pour la vérification du record.

Bonnes

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