MAURICE DE SAXE
1!k^ E vamclueur de Fontenoy, Maurice, comte de Saxe, né en 1696 à W\ Goslar (Saxe), avait hérité de la vigueur athlétique de son père, r fT Auguste II, l'électeur de Saxe, roi de Pologne. ES \^ Pendant une halte de chasse à Chantilly, le comte, qui offrait
7 une collation à ses invités, s'aperçut que les tire-bouchons avaient
kJ Jf été oubliés. « Qu'est-ce que cela? » dit-il, et il se fit apporter un ---=-- Jpi^ clou qu'il tordit entre ses doigts, et, à l'aide de cet instrument "**r-^ improvisé, déboucha cinq ou six bouteilles de suite. Les seigneurs qui l'accompagnaient voulurent l'imiter, mais vainement.
Durant son séjour à Londres, Maurice de Saxe s'amusait à courir les rues à pied; pendant une excursion de ce genre, il se prit de querelle avec un des ouvriers chargés d'enlever les boues et immondices de la ville. Le comte, qui était un fort lutteur, laissa venir sur lui son adversaire, et quand l'homme fut à sa portée, le saisissant par la tête et le lançant en l'air de toute sa force, il l'envoya choir au beau milieu de soïi tombereau.
On sait que le fils d'Auguste II et de la comtesse de Kœnigsmark cassait avec ses doigts les fers à cheval les plus durs. S'étant arrêté dans un village pendant le temps d'une foire, pour faire ferrer ses chevaux, il demanda cinq ou six fers qu'il cassa comme verre l'un après l'autre. Le maréchal ferrant, pour lui jouer un tour, donna un coup de ciseau dans un écu de 6 livres qu'il venait de recevoir du comte, puis le rompant avec ses doigts : « Monseigneur, lui dit-il, vous voyez que votre écu ne vaut pas mieux que mes fers. » Maurice finit par s'apercevoir de la supercherie, et s'en alla se frottant les mains, heureux de n'avoir trouvé personne de sa force.
Maurice de Saxe mourut à Chambord en 1750. Son tombeau est à Strasbourg dans l'église Saint-Thomas.
Maurice de Saxe
LES RuIS DE LA. FORCE
Thomas THOPHAM
G. Depping donne sur cet athlète anglais l'histoire très intéressante qu'on va
lire
homas Thopham, né à Londres en 1710, vint s'établir à Derby vers 173 1. Ce V?0 fut là qu'il accomplit, le 21 mai 1741, un tour de force prodigieux, celui de ÉsH soulever trois tonneaux remplis d'eau, du poids de 1.836 livres. Q^ Un des aldermen de Derby, voyant un homme, dont l'extérieur n'avait
rien d'extraordinaire, se présenter devant lui pour obtenir la permission d'exécuter certains tours de son répertoire qui dénotaient une force peu commune, le pria de
Thomas Thopham soulevant les trois tonneaux du poids de 1.836 livres
vouloir bien se dévêtir un instant, afin qu'il pût l'examiner et le visiter en détail. Thomas était alors un homme de 5 pieds 10 pouces, d'une trentaine d'années environ, sans aucun signe particulier, mais bien proportionné et extraordinairement musculeux, les aisselles et les jarrets, creux chez les autres individus, n'étaient chez lui qu'un tissu de fibres et de ligaments.
LA FORCE PHYSIQUE DANS LES TEMPS MODERNES 19
C'est ce qu'un savant physicien de Londres, le Dr J.-T. Désaguliers, élève de Newton et membre de la Société Royale, exprima, en disant qu'il avait des muscles très forts qui paraissaient en dehors. En effet, à l'époque où Désaguliers faisait ses curieuses expériences de physique et de mécanique et cherchait à expliquer scientifiquement certains effets de force musculaire, il était allé voir Thomas Thopham, ne s'en rapportant pas à ce qu'il avait entendu dire, et voulant s'instruire par ses propres yeux. Thopham était de très bonne foi dans tous ses exercices. « Il ignore entièrement l'art de faire paraître sa force plus surprenante, dit le savant anglais, et même il entreprend quelquefois des choses qui deviennent plus difficiles par sa position désavantageuse, tentant et faisant souvent ce qu'on lui dit que les autres hommes ont exécuté, mais sans profiter des mêmes avantages. » C'est ainsi qu'ayant parié de tirer contre deux chevaux, en s'appuyant contre un tronc d'arbre, il fut enlevé de sa place et porté violemment en l'air ; un de ses genoux heurta contre le bois ; de là rupture de la rotule, ce qui lui fit perdre une partie de la force de cette jambe; or, s'il s'était mis dans une position avantageuse, il aurait pu, selon Désaguliers, qui en donne la recette, suivie par les athlètes, tirer non pas contre deux, mais contre quatre chevaux, sans le moindre inconvénient. Est-ce par suite de cet accident que, dans son épreuve des tonneaux, où il souleva, comme nous avons dit, un poids de 1.836 livres, il opéra non avec les muscles des jambes (comme d'autres qui faisaient à peu près le même tour, en tirant à l'aide d'une sangle passée autour des reins), mais avec les muscles du cou et des épaules. Thopham possédait à lui seul la force de six hommes réunis, ainsi que le prouvent les tours exécutés devant Désaguliers, qui, leur ayant fait l'honneur de les admettre dans son Cours de physique expérimentale, en a, par sa haute sanction, garanti l'authenticité (1).
Il levait avec les dents une table longue de 6 pieds, qui portait a son extrémité le poids suspendu d'un demi-quintal, et il la maintenait pendant un temps considérable dans une position horizontale. Il prenait une barre de fer, dont il tenait les deux bouts dans ses mains, en appuyait le milieu contre sa nuque puis en ramenait les deux extrémités par devant ; il défaisait ensuite ce qu'il venait de faire ; c'est-à-dire qu'il redressait la tige de fer presque entièrement : opération bien plus difficile, nous apprend Désaguliers, car les muscles qui séparent les bras horizontalement l'un de l'autre n'ont pas autant de force que ceux qui les réunissent.
Cette expérience, il la renouvela dans la suite sur un quidam avec lequel il eut des démêlés. Décrochant une broche en fer du manteau de la cheminée, il la lui passa autour du col, et la tortilla plus aisément qu'il n'eût fait d'une cravate ou d'un mouchoir. Cela valait mieux pourtant que de la lui passer au travers du corps. Aussi les voisins de ce terrible homme faisaient-ils tous leurs efforts pour vivre en bonne intelligence avec lui. Les ménagères dérobaient à ses regards leurs plats et leurs pots d'étain, de crainte qu'il ne lui prît fantaisie de broyer les uns comme des coquilles d'œufs, ou de rouler les autres en volutes comme cornets de papier. Enfin « je l'ai vu, dit Désaguliers, élever avec ses mains seules un rouleau de pierre d'environ 800 livres, se tenant debout dans un châssis au-dessus et saisissant une chaîne qui était attachée à la pierre. Par là, je compris qu'il était à peu prés aussi fort que deux de ceux qui sont regardés communément comme les hommes les plus forts; car ordinairement ceux-ci ne soulèvent pas plus de 400 livres. De cette manilre les hommes les plus faibles qui se portent bien sans être trop gras, élèvent environ 125 livres, ayant à peu près la moitié de la force des hommes les plus forts. »
Cette comparaison, Désaguliers, l'entendait principalement des muscles lombaires ou des reins, parce que, dans cette opération, il fallait pencher le corps en avant. Il ajoutait qu'on devait tenir aussi compte du poids de ce corps. Le corps d'un homme fort pesant par exemple 150 livres, le fardeau qu'il pourrait lever serait de 550 livres, c'est-à-dire de
(1) Gomme cet athlète a soulevé 1.836 livres dans son expérience des tonneaux, un homme ordinaire devrait lever 556 livres dans la nijme position pour que l'assertion de Désaguliers soit juste. Or, il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais un athlète, si fort soit-il, pour faire ce que six hommes, si faibles soient-ils mais également entraînés, ne puissent faire.
400 livres, plus 150 pour le poids du corps. Thopham en pesait environ 200, qui, ajoutés aux 800 qu'il levait donnait pour total 1.000 livres. Mais alors, il aurait dû logiquement élever 900 livres, outre le poids de son corps, pour être aussi fort en proportion qu'un homme qui, pesant 150 livres, en levait 400. Quand Désaguliers parlait ainsi, Thopham n'avait pas encore fait l'expérience des tonneaux, dans laquelle il leva de terre 1.83e livres; ce qui aurait contraint le savant physicien à modifier ses calculs. Par un contraste fréquent, Thopham n'était pas doué d'une force d'âme en rapport avec sa vigueur physique. Cet Hercule britannique avait une femme qui lui rendit la vie tellement insupportable, qu'il se suicida dans toute la force de l'âge. Les magazines anglais du dix-huitième siècle racontent qu'il s'amusait quelquefois à broyer â l'oreille de ceux qui se trouvaient près de lui des noix de coco, comme un autre eût cassé des noisettes. Un jour, plutôt une nuit, apercevant un watchman endormi dans sa guérite, il les porta tous deux, l'homme et sa carapace, à une très grande distance, et les déposa sur le mur d'un cimetière. Quel ne fut pas l'étonnement du gardien de nuit lorsque, le lendemain matin en s'éveillant, il se trouva si haut perché et en lieu si lugubre !
Le directeur d'une revue anglaise {Health and Strength) a donné une histoire détaillée de Thomas Thopham, qui mérite d'être traduite ; la voici :
Thomas Thopham était l'Hercule de son époque et lui aussi doit avoir été un demi-dieu. Cependant ses exploits ne sont pas des contes de fées, ils sont imprimés dans les journaux de son temps et sont confirmés par des milliers de témoins qui étaient des hommes distingués dont l'autorité n'est pas discutée.
Je ne vois pas de raison de considérer les exploits de Thopham comme une exagération. Ils nous paraissent invraisemblables et ont été, j'imagine, légèrement exagérés ; pourtant le fond est vrai et nous devons en conclure que la race humaine s'est considérablement affaiblie depuis un siècle.