II. — Les types
Le type le plus intéressant des monnaies de Démétrius II Nicator est celui du tétradrachme n° 929, dans lequel on a reconnu Athéna Magarsia ou Magarsis (ou Megarsis) parce que la médaille est frappée à Mallus, ville voisine de Megarsus et du sanctuaire de la déesse. La lettre M, initiale du nom de l’atelier, qu’on litau droit, derrière la tête royale, est remplacée, sur certains exemplaires, par la syllabe MAA?. En outre, la même déesse se rencontre plus tard comme type des bronzes de Mallus à l'effigie d’Antonin le Pieux et d’Etruscille. On a donné autrefois différents noms à cette divinité qui revêt, dans son maintien, des formes archaïques rappelant les xoana de l’époque primitive. F. Lajard, par exemple, croyait reconnaître « Astarté représentée avec une barbe, quoique vêtue du costume féminin » 5; il en fait une sorte de Vénus androgyne. Mais, sans nous attacher à réfuter une opinion surannée, remarquons que la déesse n’est nullement barbue; elle est casquée et elle a la poi-
trine couverte de l'égide, ce qui la caractérise bien comme Athéna. Grâce au lieu
d'émission et à ces particularités, on n’hésitera pas à reconnaître *Aümvä Mayuooic :
appelée aussi ’Aünvä Mayuocta, dont le sanctuaire est mentionné par quelques auteurs4; Arrien raconte qu'Alexandre vint y sacrifier avant la bataille d’Issus, en octobre 333 : ëe Mayapodv nxe xat Ti Aünv& 77 Mayaootdt Éduaev 5. C’est là tout ce qu’on sait de cette divinité; aussi sommes-nous fort embarrassés pour expliquer les attributs que lui donnent les médailles, tétradrachmes et drachmes de Démétrius II 6 et bronzes de l’époque romaine. Est-ce une lance qu’elle tient à la main, comme on est porté à le dire d’une Athéna, ou bien est-ce un thyrse comme l’image pourrait plutôt le faire croire? Que signifie cette double rangée de chevrons pommetés qui s’Ctagent de chaque côté de la statue, depuis les pieds jusqu'aux hanches ? L’attitude de la déesse, la position de ses bras, ses attributs, la rapprochent de l’Artémis
1. À la page 119 de notre description, il faut rectifier comme il suit les dates données pour le premier règne de Démétrius I : « Ere des Sél. 167 à 173 (145 à 140 av. J.-C.) », au lieu de « 166 à 175 (146 à 138 av. J.-C.) ».
2. Imhoof-Blumer, dans l'Annuaire de la Soc. de Numismatique, 1883 (t. VII), p. 114.
3. F. Lajard, dans les Nouvelles annales de l’Institut archéol. de Rome (1836), t. I, p. 189 et pl. D.
4. Etienne de Byzance, v° Mayapois; Lycophron, scol. 444, p. 108 de l'édition Kinkel (Teubner).
S.…Arrien, Il, 0: é
6. La drachme, que nous reproduisons ci-après, est au Musée britannique. Percy-Gardner, op. cit. pl. XXI, fig. s.
d’Ephèse, de l’Artémis Pergaia, de Héra Samia, de la déesse de Myra et de quelques autres divinités dont les idoles archaïques sont souvent représentées sur les monnaies d'Asie. La Déméter des monnaies de Démétrius III Eucaerus et la divinité barbue d’un tétradrachme d’Antiochus XII*, rentrent dans le même groupe de divinités orientales dont la plus fameuse était la déesse MA ou Enyo de Comana en Cappadoce,
Sur le tétradrachme n° 931, nous retrouvons la Tyché déjà signalée sous le règne de Démétrius I Soter ? ; c’est sa seule apparition sous Démétrius IL.
L’ancre, sur la drachme n° 934, est particulièrement remarquable, surtout à cause de la belle conservation de la médaille. L'influence de ce type s’est exercée sur les monnaies parthes. Phraate IT, fils de Mithridate I, ayant épousé la fille de Démétrius IT Nicator, fit représenter sur ses drachmes l'ancre séleucide, pour bien attester son alliance avec la race des rois de Syrie 5. Un motif analogue avait porté, nous l’avons vu, Antiochus II Théos à prendre les ailes de Persée pour emblème; les rois de Commagène placeront aussi l'ancre en symbole sur leurs monnaies pour affirmer qu’ils se rattachent à l’illustre descendance de Séleucus. Chez les Parthes, l'ancre persiste quelque temps après Phraate Il, mais alors ce symbole perd sa signification ; il se déforme sous le burin ignorant des graveurs, à tel point que Longpérier lui-même en a pu prendre la figure altérée pour la plante appelée mandragore. L’ancre séleucide paraît aussi sur des bronzes juifs, à titre d'imitation monétaire.
Les chalques n° 939 à 941 ont un type intéressant qu'on a presque toujours mal décrit. Nous y voyons un personnage à longue barbe, la tête surmontée du calathos, vêtu d’une tunique talaire fendue sur le devant, costume que portent souvent les figures des bas-reliefs assyriens et qui est encore usité aujourd’hui en Orient : c’est peut-être un Parthe. Ce personnage tient une corne d’abondance sur le bras gauche, et il tend la main droite à une Tyché debout devant lui, c’est 4 dire à la divinité tutélaire d’une des villes de l’empire séleucide ; mais quel nom lui assigner et de quelle ville s'agit-il? Sur des tétradrachmes de Pharnace, roi de Pont (183-169 environ), paraît un personnage mâle qui tient de même une corne d’abondance ; on n'a pas encore trouvé son nom et l’on se tire d’embarras en l’appelant une figure panthée 5. Les deux génies debout se donnant la main, et tenant chacun une corne d’abondance, sont un type monétaire fréquent sur les bronzes de Gaza de l’époque romaine 6. Enfin, Séleucie sur le Tigre a des monnaies autonomes avec deux Tychès debout en regard, tenant des cornes d’abondance et se donnant la main au dessus d’un trépied, comme pour symboliser alliance des deux villes7. Tous ces
. Imhoof-Blumer, Monnaies grecques, pl. H, fig. 15. . Voyez ci-dessus, Introd. p. xcvrr.
. À. de Longpérier, Mémoire sur la chronologie des rois parthes arsacides, p. 40. . Voyez ci-dessus, Introd., p. Lv.
s. Th. Reïinach, Trois royaumes de l'Asie Mineure, p. 168 et 170; Warwick Wroth, Pontus, Paphlagonia, Bithynia, etc. (Catal du British Museum), pl. VIII, fig. 3 et p. 43. 6. F. de Saulcy, Numismatique de la Terre Sainte, pl. XI, fig. 10, 11 et 12. 7. Imhoof-Blumer, Monnaies grecques, p. 451.