‹ Les Rois De Syrie D’arménie Et De CommagèneChapitre 149 sur 419 · CXXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXXXIV INTRODUCTION

rapprochements n’éclaircissent guère la question.

Sur le petit bronze n° 944, on voit les tenailles, symbole des Cabires, ouvriers d'Héphæstos ; le même instrument figure comme emblème d’'Héphæstos sur les monnaies de Lipara et de la colonie phénicienne de Malacca, en Espagne. Faut-il rapporporter ce type aux Cabires-Dioscures particulièrement honorés à Tripolis, à Berytus et dans quelques autres villes phéniciennes ? Le chalque n° 948 a des types non moins intéressants. La tête diadémée et pourvue d’ailes aux tempes est bien celle d'Hermès et non celle de Persée, comme le prouve le caducée du revers. La pièce est surfrappée, mais un exemplaire intact se trouve au Musée de Munich.

Les lettres que nous rencontrons sous Démétrius IT, pour la première fois

(Catal. n° 978), sont le monogramme du mot IEPAZ ; elles sont toujours accompagnées du monogramme n° 149 qui est celui de la ville de Tyr, et du monogramme n° 244, composé des lettres AZY (= AZYAOY). L'ensemble se lit donc TYPOY IEPAZ KAI AZYAOY. Cette interprétation est mise hors de doute par la légende du tétradrachme n° 976 qui renferme la formule en toutes lettres. Remarquez, d'autre part, que cette légende TYPOY IEPAZ KAI AZYAOYŸ n'implique nullement que la monnaie soit municipale; au contraire, l'inscription n’est là que comme la signature et la marque d’un atelier du roi, et les pièces sont royales; quand la monnaie est municipale ou, si l’on veut, quand l’émission est ordonnée par la ville, on emploie le nom du peuple, au pluriel : TYPIQON, ZIAQNION, etc.,

comme nous l’avons vu pour les monnaies des colonies libres.

Ëre des Sél. 167 à 170 (145 à 142 av. J.-C.)

Après la mort d'Alexandre Bala, son fils Antiochus, qui s’était réfugié chez les Arabes, fut appelé au trône de Syrie par Tryphon qui battit Démétrius Nicator, lui prit tous ses éléphants et installa dans Antioche son jeune protégé. Antiochus VI porte sur ses monnaies les titres de ‘Exipavns Auévusoc; il est appelé Oedc par Josèphe; mais, ainsi que l’a remarqué Eckhel?, l’historien juif emploie ce nom dans un sens général, et il a en vue évidemment le surnom de Dionysos que prend le roi officiellement. La couronne de rayons fait allusion à la déification que le roi s’était décernée à l’imitation d’Antiochus IV Epiphane, son grand-père prétendu.

Au bout de quelque temps, Tryphon médita de prendre le trône pour lui-même et il fit assassiner Antiochus 5. Josèphe nous informe qu’Antiochus VI a été roi pen-

1. Imhoof-Blumer, Monnaies grecques, p.435, n° 108. 2. Doctr. num. vet. t. III, p. 232.

3. Voyez l’histoire d’Antiochus VI Dionysos dans la Revue numismatique, 1858, p. 307.

dant quatre ans. Les médailles confirment cette assertion de l’historien juif, car elles fournissent les années suivantes : Z2P (= 167), HEP (= 168), OZP (— 169), OP (— 170). Saulcy, qui admet tant de dates fausses, s’avise d'émettre, par hasard, des doutes sur la date Z=ZP (167) parce que la même année se rencontre également sur des monnaies d'Alexandre Balaï. Or, le tétradrachme qui porte la date en question se trouve deux fois au Cabinet de France (n°5 986 et 987); la date y est bien positive et ne peut faire l’objet d’aucune contestation. Eckhel?, qui a connu l’une de ces deux médailles, déjà publiée par Pellerin, n’a d’ailleurs point songé à contester l’authenticité de la lecture, et il a pensé avec raison que cette date était, en conséquence, celle de Pavènement d’Antiochus VI.

Les pièces que nous venons de signaler sont les seules, avec l’hémi-drachme n° 1042, qui ne donnent pas à Antiochus VI le surnom de Dionysos; bien plus, cette hémi-drachme, qui est sans date, porte seulement la légende BAZIAEQNX ANTIOXOY,; de sorte que son attribution à Antiochus VI est conjecturale : d’après la physionomie du portrait royal, elle pourrait également bien être classée au règne d’Antiochus IV 3. La date qui figure sur les deux tétradrachmes n°5 986 et 987, ne permet pas d’hésiter à les donner à Antiochus VI, et cependant, circonstance singulière, au point de vue iconographique, l'effigie d’Antiochus VI Dionysos, sur ces deux pièces, se rapproche beaucoup de leffigie d’Antiochus IV Epiphane. Le nouveau roi ne se contente pas de prendre le titre d'Epiphane : il emprunte à Antiochus IV ses traits, sa déification, sa couronne de rayons, et cela dans un but politique facile à deviner : c’est d'affirmer son origine royale contestée par les partisans de son adversaire, qui niaient que son père Alexandre fut le fils d’Antiochus IV.

Les dates monétaires prouvent donc qu’il ne s’est point passé deux ans, comme on le dit généralement, entre la mort de Bala et l'avènement d’Antiochus VI Dionysos, mais que, au contraire, celui-ci, soutenu par Tryphon, ministre de son père» revendiqua sans retard le trône de Syrie. Démétrius IT Nicator eut pour compétiteur Antiochus VI Dionysos, dès le début de son règne.

À l’exception de Zeus nicéphore, type renouvelé des règnes antérieurs, qui paraît sur les pièces de l’année 167, le revers constant des tétradrachmes d’Antiochus VI est le groupe de Castor et Pollux sur leurs chevaux Xanthus et Cyllarus lancés au grand galop, la lance en arrêt. Ce type est pareil à celui des deniers d’argent de la République romaine ; il figure aussi sur les monnaies d’Eucratide roi de la Bactriane. A

1. Saulcy, Monnaies datées, p. 39. Nous avons démontré plus haut que la date 168, relevée aussi par Saulcy sur des monnaies d'Alexandre Bala, est le résultat de fausses lectures.

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