CXLVI INTRODUCTION
Longpérier souscrit à ces conclusions et après avoir signalé une certaine ressemblance entre la tête barbue de Mithridate I Arsace VI r et la tête barbue de Démétrius II Nicator qui fut le prisonnier de ce prince arsacide dont il épousa la fille, Longpérier dit que Démétrius, revenu en Syrie après s’être laissé croître la barbe, se fit représenter sur ses monnaies more gentis parthicæ, ainsi que l’avait déjà fait Séleucus Il°. Le plus récent des auteurs qui se soient occupés de cette question, M. Bunbury, partage également l’avis d’'Eckhel; il croit que les portraits barbus sont tous du second règne de Démétrius et que, pendant cette seconde période, on a, à la fois, suivant les ateliers, des portraits imberbes et des portraits barbus. La seule modification qu’il apporte à la doctrine d’Eckhel, c’est que tandis que le savant viennois dit que Démétrius est barbu sur les monnaies frappées à Antioche au type de Zeus assis, et qu’il est toujours imberbe sur les monnaies au type de Paigle issues de latelier de Tyr, M. Bunbury cite, à l’encontre de cette théorie, une monnaie au type de Zeus Olympien, qui porte au droit une tête imberbe 3.
Nous ne saurions partager l’avis des savants dont nous venons de résumer l’opinion, et de même que nous avons démontré que Séleucus IT n’a pas laissé croitre sa barbe dans le but de porter le deuil d’une captivité qu’il n’endura point, nous essayerons de prouver que Démétrius IT suivit une mode très répandue chez les Parthes, probablement dans l’idée de se rapprocher d’un type de divinité, mais nullement pour le plaisir vraiment singulier de perpètuer, sur ses monnaies, le souvenir d’un épisode humiliant de sa carrière. Il serait étrange, en effet, que Séleucus IT et Démétrius IT eussent gardé leur barbe en signe de deuil pour leur captivité, et qu’ils eussent consacré cette honte par les monnaies, monuments destinés au contraire à perpètuer les souvenirs glorieux. En second lieu, on a vu que les dates forcent à admettre qu’après sa restauration les portraits de Démétrius sont, les uns imberbes, les autres barbus, ce qui s’explique difficilement dans l’hypothèse qui admet que le roi garda la barbe en signe de deuil, pendant toute la durée de son second règne.
Nous avons décrit dans notre Catalogue, sous le n° 949, un tétradrachme au type d’Apollon assis sur l’omphalos, qu’on ne saurait hésiter à classer dans le premier règne de Démétrius, tant à cause du caractère juvénile de la figure du roi qu’en raison du type de revers qui ne paraît pas sous le second règne. Or, cette tête royale est barbue; Démétrius a une barbe épaisse, frisée et déjà grande, de sorte que cette médaille prouve que Démétrius commença à porter toute sa barbe dès son premier règne. Quand arrive le rétablissement du trône de ce prince, sa barbe est, naturellement, beaucoup plus longue, comme il convient au bout d’une période de dix ans. Les portraits du second règne qui sont imberbes sont des effigies presque conven-
1. Percy Gardner, The Parthian Coinage. pl. I, fig 17, et suiv. 2. À. de Longpérier, Mémoire sur la chronol. des rois parthes Arsacides, p. 28. 3. Bunbury, dans le Numism. chronicle, III° série, t. III (1883), p. 100-102.
tionnelles, usitées dans certains ateliers comme Tyr, et ce qui le prouve bien, c’est qu'il est impossible, lorsque le nom royal est absent ou rogné, de distinguer le portrait de Démétrius II de celui d’Antiochus VII Evergète.
Comme Séleucus II et comme Antiochus IV, Démétrius Nicator, en laissant grandir sa barbe, a eu sans doute pour but de s’assimiler à une divinité ; c’est de même dans l’idée de se diviniser que d’autres rois se ceignent la tête de la couronne radiée. Le dieu auquel Démétrius a voulu ressembler en prenant le nom de GEOX et en portant une longue barbe ne parait pas être le Zeus Olympien de Daphné dont la tête est sur des bronzes de Démétrius II lui-même ; c’est bien plutôt Dionysos Pogon ou Brisaios dont la statue en pied forme le revers de petits bronzes du premier règne de Démétrius (Cutal. n° 943). Et en effet, on a trouvé à Délos une tête de ce dieu barbu qui ressemble de très près à celle de Démétrius barbu r. Il est Cgalement vrai que tous les rois parthes portent sur leurs médailles la barbe longue ; mais On ne saurait raisonnablement soutenir que, pour eux, pas plus que pour les
rois de Syrie qui les imitérent, la barbe fut un signe de deuil, comme cela eut lieu plus tard chez les Romains.
IT. — Les types de revers.
Parmi les types de revers des monnaies de Démétrius IL, outre Zeus Nicéphore, l'aigle sur un éperon de navire et quelques autres sujets fréquents sous les régnes antérieurs, nous signalerons le type moins commun de l'aigle debout sur un foudre, revers de tétradrachmes (Catal. n°% 1194 à 1196) et de didrachmes (Catal. n° 1197 et 1198) frappés à Ptolémaïs.
L'atelier de Sidon a monnayé, à la fois et dans le même temps, des monnaies de types et de poids attiques et des pièces de types et de poids ptolémaïques ou phéniciens, Notre catalogue renferme (n° 1203 à 1205) trois tétradrachmes attiques au type de Zeus Olympien frappés à Sidon en l’an ETIP(= an 185); la même année Sidon émet des pièces de poids phénicien au type de l’aigle. Seulement, ces dernières sont très rares : je ne connais de cette espèce, à Sidon, qu’un tétradrachme de la collection Bunbury, très précieux à ce titre ».
Une drachme attique du Musée britannique, avec Athéna Magarsia a, au droit, la tête à longue barbe de Démétrius : elle appartient donc au second régne de ce prince (fig. 32). Le Musée britannique possède aussi avec la même tête barbue, un tétradrachme (is s)et une drachme (fig. 34) au type de Zeus Dolichenos.
1. Th. Homolle, dans le Bull. de corresp. bellénique, t. V (1881), p. 507-508 et pi. X. 2. Bunbury, dans le Numism. chronicle, 3° série, t. III (1883), p. 102-103.
3. Percy Gardner. The Seleucid Kings of Syria, pl. XXI, fig. s.