ANTIOCHUS XII ASIATICUS CLXXV
dépit des faits historiques sur lesquels on a cru pouvoir s'appuyer, que les drachmes en question ne sauraient remonter jusqu’au temps d’Antiochus III.
Elles sont aux types de Chios où, selon toute apparence, elles ont été frappées. Or, à Chios, où l’on a émis en abondance des drachmes analogues, sauf pour les légendes, ces types ne sont pas antérieurs à l’an 84 avant notre tre, c’est-4-dire À l’époque où Sylla proclama la liberté de l'ile, et le monnayage de ces drachmes de Chios se prolonge depuis cette date jusqu’à l’époque impériale 1. En présence de ce fait positif, les drachmes de Chios, avec BAZIAEQNZ ANTIOXOY, ne sauraient donc appartenir à un roi séleucide antérieur à Antiochus XIII Asiaticus; elles ne peuvent porter que le nom de ce prince, à moins qu’on les attribue à un des rois de la Commagène qui s'appellent aussi Antiochus.
Il n’est pas plus étonnant de trouver le nom d’un roi Antiochus sur des monnaies de Chios, qu’il ne l’est de rencontrer le nom d’Antiochus IV Epiphane ou celui de Mithridate Eupator sur des monnaies d’Athénes. Nous savons que les relations des rois de Syrie avec l’Asie Mineure et la Grèce et surtout Délos, n’ont cessé d’être fréquentes ; ces princes s’honorent jusqu’au bout d’être macédoniens ct philhellènes, et c'est en Asie mineure qu’ils vont achever leur éducation où qu'ils se retirent quand les évènements politiques les chassent de leur pays. Les rois de Commagène, nous le verrons, ont continué ces traditions ; une inscription d’Ephése est en l'honneur de l’un d’eux, et un de leurs descendants occupa à Athènes les charges les plus élevées,
Antiochus XIIT, surnommé l’Asiatique parce qu’il fut élevé en Asie mineure, a pu séjourner à Chios, y être honoré des plus hautes dignités comme roi in parhibus, et inscrire son nom sur les monnaies de l'ile, à titre de magistrat municipal. Si ce n’est lui, ce ne saurait être qu’un des rois de Commagène, par exemple Antiochus IV ; mais, dans tous les cas, on voit que le nom d’Antiochus sur une drachme de Chios n'implique nullement la domination de Chios par ce prince?.
Telle est l'hypothèse qui nous plait davantage. Nous allons en formuler une autre, On sait que dans la période qui s'étend de 170 à 147 av. J.-C., la ville d'Aradus frappa monnaie aux types éphésiens : les drachmes d’Aradus et d’'Ephèse, pendant ce laps de temps, ne se distinguent que par la légende, de sorte qu’il est avéré qu’il y eut entre les deux villes une alliance commerciale et monétaire, bien qu'aucun texte n’en fasse mention. Ne peut-on supposer un cas analogue pour Chios et une ville de la côte de Phénicie, après l’an 84 ? Remarquons que le nom de
XIOZ qui figure sur toutes les autres drachmes de l'ile manque sur nos pièces où il
est remplacé par le nom du roi Antiochus. Si donc l’on admettait cette hypothèse, il faudrait conclure que Chios fit alliance commerciale et monétaire avec quelque port du royaume syrien où les pièces auraient été frappées. Le mot ANPON indique probablement un présent du roi Antiochus. Il a le même 1. Barclay Head, Hist. numorusm, P- 514.
2. Un Antiochus fils d’Apollonidès, qui n’a de commun avec le roi Antiochus, que le nom, signa aussi des monnaies de Chios, dans le premier siècle de notre ère, Mionnet, Suppl, t. VI, p. 399, n° 92 et 93: