XI. — La tête d'Apollon
Séleucus Nicator inaugura le culte d’Apollon en Syrie; nous connaissons déjà les raisons de paternité divine qui justifient la présence des emblèmes de cette divinité sur les monnaies du fondateur de la monarchie syrienne. Bornons-nous à rappeler ici qu’en lan 13 des Séleucides (300 av. J.-C.), Séleucus consacra le bois sacré de Daphné, près d’Antioche, à Apollon et Artémis, et qu'il fit exécuter par Bryaxis une statue colossale d’Apollon Pythien ou Musagète. L’Apollon des monnaies séleucidiennes est rurpüos, apynyérns, c’est-à-dire le premier ancêtre de la race royale. Le culte dont Séleucus l’honora en cette qualité ne fit que se développer sous ses successeurs, et ce zèle pour Apollon se manifeste non seulement à Daphné, mais dans tous les sanctuaires célèbres du dieu. Séleucus et la reine Stratonice font de riches présents à Délos ; la couronne qui ornait le front d’Apollon Délien fut offerte par Stratonice et elle était ornée d’une pierre précieuse (èu mécwt cépètov Eywv); on a trouvé à Délos la base d’une statue de la reine de Syrie, exécutée par un artiste du nom de Télétimos, sans doute à l’occasion des offrandes que firent Séleucus et Stratonice, lors de leur mariage en l’an 300:.
Si l’on compare la tête d’Apollon des monnaies de Séleucus avec celle qui figure sur les statères de Philippe de Macédoine, père d'Alexandre, on constatera entre elles une certaine parenté : le tÿpe macédonien paraît avoir servi de modèle au type syrien. Toutefois, sur les pièces de Philippe, les cheveux sont toujours coupés court sur la nuque, tandis que les monnaies de Séleucus nous montrent les cheveux arrangés en tresses ondulées et retombant sur les épaules. M. Percy Gardner; croit que, lorsque la tête d’Apollon, sur les bronzes des premiers Séleucides, a les cheveux relevés et enroulés sur la nuque, ces monnaies ne sont pas antérieures au règne de Séleucus IT. Cette théorie est trop absolue; en effet, dès le règne d’Antiochus I Soter au moins, paraît la figure d’Apollon assis sur l’omphalos, et malgré l’exiguité du type monétaire, il est aisé de constater que les cheveux du dieu y sont toujours retroussés en chignon sur la nuque. L’Apollon Musagète de Bryaxis a aussi les che-
veux relevés de la même manière (Catal. n° 547). Il faut donc avoir recours à un
1. Voyez E, Babelon, Le Cabinet des Antiques à la Bibliothèque Nationale, p. 103. 2. Th. Homolle, dans le Bull. de corr. bell., t. VI (1882), pp. 127 et 158; t. XII (1888), p. 421. 3. The Seleucid Kings of Syria (Catal. du British Museum, Introd., p, xvinr).
SÉLEUCUS I NICATOR XXXV
autre critérium pour distribuer entre les divers rois qui ont porté le nom de Séleucus, les monnaies de bronze que leur légende ou leur type ne permettent pas de classer rigoureusement à tel ou tel de ces princes.
Il importe également de faire observer que le type d’Apollon assis sur l’omphalos parait avoir été inauguré, sur les monnaies des rois de Syrie, dès le règne de Séleucus Nicator. M. Percy Gardner: attribue effectivement à ce prince un petit bronze qui a ce type au revers, tandis que le droit porte la tête imberbe d’'Héraclès coiffée de la peau de lion. Bien que la pièce dont il s’agit nait que la légende BAZIAEQZ ZEAEYKOY, elle semble devoir être classée à Séleucus Nicator plutôt qu’à un autre des trois premiers Séleucus. En outre, une des monnaies d’Antiochus, comme vice-roi des provinces de lEst, a aussi pour revers Apollon sur lomphalos (ci-dessus, p. XVI, fig. 6), et cette pièce a dù être frappée avant la mort de Séleucus dont elle porte l'effigie cornue. Malgré ces exemples, nous constaterons bientôt que le type d’Apollon assis sur l’omphalos ne commence à devenir véritablement populaire et national que sous le règne d’Antiochus I Soter.