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chacun ses produits propres. Cette difficulté, que nous rencontrerons à peu près au même degré pour la plupart des règnes de la monarchie syrienne, rend fort conjecturale l’attribution à des princes homonymes, de quelques pièces d’argent et d’un grand nombre de pièces de bronze à types plus banaux, d’un style plus relâché et, par conséquent, moins facile à préciser chronologiquement et géographiquement.
Séleucus fonda un grand nombre de villes nouvelles auxquelles il octroya, au moins pour quelques-unes, les droits monétaires; il bâtit seize Antioches, cinq Laodicées, neuf Séleucies, trois Apamées, une Stratonicée et vingt autres colonies grecques. Les villes qui, antérieurement, frappaient des monnaies royales au nom d'Alexandre, n’eurent aucune raison, en général, de voir leur hôtel monétaire fermé sous la domination de Séleucus. Il y a donc un nombre considérable de lieux d'émission, et ces ateliers plaçaient nécessairement leur marque spéciale, monogramme, lettre ou symbole, sur leurs produits. Les magistrats préposés à la frappe des espèces devaient aussi signer les pièces fabriquées pendant la durée de leurs fonctions. Les émissions successives étaient, sans doute, différenciées par un signe quel-
b dr : : k 0 conque. Enfin, d’autres particularités pouvaient encore figurer sur les pièces, dates
d’année ou de mois, monogramme ou initiale du satrape gouverneur. On comprend ainsi la multiplicité des lettres, monogrammes ou symboles qui figurent sur les espèces, la facilité avec laquelle ils peuvent souvent se laisser expliquer d’une manière quelconque, en même temps que la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, de prouver une interprétation même vraisemblable.
Cependant l’on peut arriver à la démonstration de certains faits et à des attribu-
tions positives. Par exemple, les monnaies d’or de Séleucus Nicator (Catal. nos x,
2 et 3) ont sûrement été frappées à Acé (Ptolémaïs), comme nous l’avons déjà fait ressortir. Les statères aux mêmes types du British Museum paraissent aussi issus de la même officine, de sorte qu’il est permis de croire qu’Acé fut, sinon l’atelier unique, du moins atelier principal où furent frappées les pièces d’or de Séleucus aux types d'Alexandre.
Un certain nombre des monnaies d’argent de Séleucus Nicator portent les mêmes marques monétaires que les pièces au nom d’Alexandre. Ainsi en est-il, par exemple, de celles (Cafal. n° 6, 7 et 8) qui ont le protome de cheval buvant et l’ancre, en symbole*. Il est reconnu que le cheval tout entier est le symbole de l'atelier d’Alexandria Troas ; le demi-cheval, au contraire, est la marque de Larissa de Syrie, ville qui possédait d'immenses haras et dont les monnaies autonomes ont pour type un cheval baïssant la tête pour s’abreuver. Si nous disons que ce cheval est représenté s’abreuvant, à Alexandria Troas et à Larissa, tandis que la plupart des auteurs le disent paissant, c’est pour nous conformer à une opinion formulée d’abord par le
1. Droysen, Hist. de l’hellénisme, t. II, p. 702. 2. L. Muller, Numism. d'Alexandre, p. 290, n°% 1350 et 1355.
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SÉLEUCUS I NICATOR XXXVII
duc de Luynes:, puis, plus explicitement par Duchalais qui a démontré qu’il s’agit, dans cette représentation, de Pégase sans ailes s’abreuvant à la fontaine Peirène, au pied de PAcrocorinthe, au moment où Bellérophon vient le surprendre et le dompter?. Le cheval paissant n’aurait aucune signification mythologique, tandis que Pégase aptère dressé par Bellérophon est un emblème convenable pour les fougueux coursiers des haras de la Troade ou de la Syrie.
La tête de taureau vue de face (Catal. n° 9) représente un atelier que nous ne saurions déterminer. Sur les monnaies d'Alexandre, on trouve le même symbole, mais sans bandelettes et avec une corne baissée; il désigne alors Assos en Mysie, ou la Phocide, ou Nisyros dans l’ile de Rhodes5. La tête de taureau de face et ornée de bandelettes, forme le type des monnaies autonomes de la Phocide et de l’île d'Eubée, pays où le tétradrachme de Séleucus a pu être frappé, son style paraissant européen.
La tête radiée du Soleil (Catal. n° 10), qu’on retrouve identique sur des monnaies de Philippe II de Macédoine +, d'Alexandre et de Philippe Arrhidéef, désigne un atelier incertain, mais probablement situé dans une contrée que possédait déjà Philippe de Macédoine. Muller propose avec hésitation la Thrace méridionale, ou même la Lycie, mais dans ce dernier cas, il faudrait distraire du groupe les monnaies de Philippe. Les tétradrachmes n° 11 et 12 sont certainement sortis de l’atelier de Sidé en Pamphylie, caractérisé par le symbole de la tête d’Athéna. Les belles monnaies d'argent de cette ville ont pour type une tête identique, qu’on retrouve encore en symbole sur des tétradrachmes de Philétaire, roi de Pergame, aussi frappés à Side.
Le symbole du dauphin (Cafal. n°s 13 à 16) est évidemment celui d’une ville maritime, et le style des pièces paraît désigner la Thrace; la même marque est sur des monnaies d'Alexandre classées aux incertaines de la Thrace, de la Macédoine et de la Thessalies. L’abeille, sur le tétradrachme n° 74, paraît bien désigner l’atelier d’'Ephèse. On peut, avec une certitude non moins grande, affirmer que le n° 17 est de fabrique syrienne : son monogramme (n° 21) se voit sur des pièces d'Alexandre frappées à Sidon?.
Le monogramme n° 22, composé des lettres Al plus ou moins rapprochées et confondues, ainsi que les monogr. n° 59 et 156, sont très fréquents sur les monnaies des rois de Syrie, mais ils n’ont pas partout le même sens. On les trouve particulierement sur des monnaies frappées dans les provinces de l’Est où ils peuvent rappeler soit l'atelier de Dionysopolis au pied du Paropamisus, soit celui de Nyssa (Nisha-
. Etudes numismatiques sur quelques types relatifs au culle d'Hécale, p. 70. . Duchalais, dans la Revue numismatique 1849, p. 183-186:
. L. Muller, Numismatique d'Alexandre, n° 750, 1168 et 1169.
. L. Muller, op. cit., n° 265.
. L. Muller, op. cit., n° 1541 à 1543.
. L. Muller, op. cit., n°5 116 et 117.
. Imhoof Blumer, Die Münxen der Dynastie von Pergamon, p. 16.
. L. Muller, op. cil., p. 190.
. L. Muller, op. cit., n° 1412.
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pour) dans le Khorassan*. Ils désignent peut-être Diospolis, sur des pièces au nom d'Alexandre et sur les monnaies des rois de Syrie qui n’ont pu être frappées dans la Haute Asie?. Dans aucun cas on ne saurait songer aux initiales du mois Dios, sous prétexte que ce ‘mois fut le premier de l’année dans l’ère des Séleucides : la mode parthe de placer sur les monnaies le nom des mois n’a jamais été prise par les rois de Syrie. Les lettres Al se retrouvent encore, mais avec un sens tout autre sans nul doute, sur des monnaies des rois d'Egypte et de Macédoine.
Du moment que les lettres ZI sont bien positivement les initiales de latelier de Sidon sur les monnaies d'Alexandre, les lettres PA sur notre tétradrachme n° 19, de fabrique syrienne, pourraient représenter la ville de Raphia ou celle de Raphanea. Le monogr. n° 25 que nous trouvons sur un tétradrachme (Cafal. n° 20), se voit à Mesembria sur des monnaies d'Alexandre 5, et le monogr. n° 30 se rencontre avec le nom d'Alexandre à Coœla+. Enfin nous signalerons, en passant, sur notre tétradrachme n° 215, les deux contremarques de l'atelier de Callatia; on les retrouve identiques sur un tétradrachme d'Alexandre conservé au Cabinet de France.
Le type de Zeus nicéphore (Cafal. n°5 23 à 22) ne paraît pas avoir été employé en dehors de la Syrie, car toutes les monnaies qui le portent sont de fabrique syrienne. Les n°5 23 à 25 ont été frappés à Laodicée sur mer ; les monnaies d'Alexandre issues de cet atelier portent parfois la marque No que nous retrouvons sur les pièces de Séleucus. Le symbole de Laodicée est la Victoire stéphanéphore : elle est gravée dans le champ du revers sur les pièces d'Alexandre, maïs elle change de place sur les monnaies de Séleucus, et elle se trouve posée sur la main de Zeus,
Nous ne savons comment expliquer les nombreuses lettres isolées, ni même les groupes BEA (Cafal. n° 26); KP (Catal. n° 30); APX°, AB’, AZŸ, qu’on relève sur certaines monnaies de Séleucus aux types alexandrins; mais on ne saurait, à coup sûr, admettre avec M. Percy Gardner, que la lettre isolée K désigne l’année 20 (293 av. J.-C.) : aucune date ne paraît sur les monnaies des rois de Syrie avant la fin du règne d’Antiochus III.
Nous reviendrons d’ailleurs, plus loin, sur l’interprétation d’un certain nombre de monogrammes, et nous constaterons que quelques-uns, au moins, sont en toute évidence des noms de villes. Et puisqu'il en est ainsi, comment se fait-il que, sur les
1. Percy Gardner, dans le Numism. chronicle, N.S, t. XIX, p. 12; H. Howorth, dans le Numism. chronicle, 1888, p. 293-299. Voyez ci-après, p. XXXIx.
2. L. Muller, op. cit., n° 1486 ; Madden, Coinage of the Jews (2° éd.), p. 51.