VI INTRODUCTION
la plus considérable de tout l'Orient. M. J.-P. Six a raconté, au point de vue numismatique, l’histoire de ce personnage qui fut successivement le serviteur de Darius et d'Alexandre, Satrape du roi de Perse, il battit monnaie, en cette qualité, pendant prés de trente ans en Cilicie, puis pendant plus de quinze ans en Syrie et en Mésopotamie. Après la bataille d’Arbèles, il ouvrit à Alexandre les portes de Babylone qu’il était chargé de défendre, et en récompense de cette trahison, Alexandre lui donna la satrapie de Babylone et lui laissa son droit de monnayage : Mazaios occupa cette charge jusqu’en 328, date de sa mort. Nous connaissons les monnaies qu’il émit en Cilicie, et celles qu’il frappa lorsqu’à la Cilicie il joignait la Transeuphratique à son gouvernement; la plus typique porte en légende araméenne : Maxaios, satrape de l'Abarnabra (Transeuphratique) ef de la Cilicie; nous connaissons enfin celles qu’il émit à Babylone comme satrape d’Alexandre. Ces dernières qui portent son nom, 112, comme les précédentes, sont au type du {lion marchant à gauche, et du Baal de Tarse qui se trouve ainsi transplanté à Babylone et suit les pérégrinations du gouverneur qui l’a adopté pour type monétaire. Or, ces types du lion et de Baaltars sont ceux-là mêmes des pièces d'argent de Séleucus. Celles-ci, frappées sept ans plus tard, dans les mêmes ateliers, ne diffèrent des précédentes que par la substitution de l’ancre, emblème de Séleucus, au nom de Mazaios.
Cependant, comme on a cru jusqu'ici ‘ que les monnaies de Séleucus avaient été frappées à Tarse, nous invoquerons encore d’autres arguments pour justifier leur attribution à la satrapie de Babylone. Tarse n’était point dans le gouvernement de Séleucus qui, par conséquent, n’a pu y frapper monnaie. En second lieu, ce n’est pas de la Cilicie, de l’Asie Mineure, ni même de la Syrie que nous viennent les monnaies au type de Baaltars et du lion. Chaque fois que l’on peut contrôler leur provenance, on constate qu’elles sont trouvées en Perse, dans lInde, la Bactriane et les contrées adjacentes.
La tête de cheval cornu, qui paraît sur plusieurs de ces pièces, est un symbole particulier aux monnaies frappées dans les contrées les plus orientales de l’empire des Séleucides, ainsi que nous le constaterons plus loin : elle ne paraît jamais en Syrie, en Phénicie, en Cilicie ou en Asie Mineure. Le monogramme Al, sur le double statère, est aussi, comme nous le verrons, spécial aux monnaies de ces régions. reculées. Le poids de cette pièce d’or (16 gr. 60 à 16 gr. 08) est étranger au système attique, le seul en usage dans lAsie occidentale à partir d'Alexandre. Nous ajouterons encore que la tête coiffée de la peau d’éléphant au lieu de la peau de lion, est un emblème qui resta populaire en Bactriane, car le roi bactrien Démétrius a ce même type sur ses monnaies.
La peau d’éléphant est aussi donnée à la tête d'Alexandre, sur les premières monnaies frappées par Ptolémée dans sa satrapie d'Egypte; nous reconnaitrons dans cette parité d’attribut, ainsi que dans la parenté de physionomie qu’on remarque entre la tête du double statère de Séleucus et celle des premières monnaies de Pto-
1. Voyez Six, loc. cit, et Imhoof Blumer, Monnaies grecques, p. 376.
SÉLEUCUS I NICATOR VII
lémée, un gage de lalliance politique des deux satrapes qui, à plusieurs reprises avant l’an 306, unirent leurs forces contre leurs ennemis communs, Antigone et Démétrius Poliorcète.
Ainsi, pour résumer ce qui précède, les emblèmes de Séleucus se rencontrent sur deux catégories de monnaies frappées avant qu’il fût roi : celles qui perpétuent le monnayage d'Alexandre de poids attique, et celles que Séleucus fit frapper comme satrape de Babylone et qui se rattachent aux monnaies de l’empire achéménide par leur style, leurs types et leur poids.
Nous essayerons, plus loin, de déterminer les motifs qui ont fait adopter par Séleucus la tête de cheval cornu pour emblème ; quant à l'ancre, sa présence est expliquée par une anecdote à laquelle Appien fait allusion, et que Justin raconte ainsi :
Seleuci quoque virtus clara et origo admirabilis fuit : siquidem mater ejus Laudice, cum nupta esset Anthocho, claro inter Philippi duces viro, visa sibi est per quielem ex concubitu Apollinis concepisse, gravidamque faclam munus concubitus à deo anulum accepisse, in cujus gemmä anchora sculpla esset, jussaque donum filio quem peperisset dare. Admirabilem fecir bunc visum et anulus, qui posterà die ejusdem sculpturae in lecto inventus est, el figura anchorae, quae in femore Seleuci nala cum ipso parvulo fuit. Quamobrem Laudice anulum Seleuco eunti cum Alexandro magno ad Persicam militiam, edocto de origine suû, dedit. Ubi post mortem Alexandri occupato regno Orientis urbem condidit, ibi quoque geminæ originis memoriam consecravit. Nam et urbem ex Antiochi patris nomine Antiochiam vocavit et campos vicinos urbi Apollini dicavit. Originis ejus argumentum ebiam in posteris mansit : siquidem filit nepolesque ejus anchoram in femore veluti nolam generis naturalem habuere*.
Le poète Ausone a, plus tard, versifié sur cette fable plaisante; il dit en parlant de la ville d’Antioche :
Illa Seleucum Nuncupat, ingenuum-cujus fuit ancora signum, Qualis inusta solet, generis nota certa; per omnem Nam sobolis seria nativa concurrit imago ?.
Eckhel;, qui cite ces témoignages, rappelle que des contes analogues circulaient sur d’autres personnages fameux de l’antiquité. En Béotie, tous ceux qui étaient issus du sang des Spartes avaient, disait-on, la marque d’un fer de lance sur l’épaule.
Le fait essentiel que nous devons retenir, c’est que Séleucus se prétendait fils d’Apollon, comme Alexandre était fils de Zeus Ammon, et c’est pour attester cette origine divine qu’il prend pour symbole, sur ses monnaies et sur son sceau, l'ancre dont il avait la marque sur la jambe. Mais n’est-ce point là une fable imaginée aprés coup, lorsque Séleucus était déjà roi, et pour donner à son usurpation une sorte d’investiture divine ? Ce qui nous porterait à le croire, c’est que le type d’Apollon n’est qu’exceptionnel sur les monnaies de Séleucus qui ne l’emploie qu’à la fin de son