VIII INTRODUCTION
règne, tandis que ce type devient tout à fait prépondérant à partir d’Antiochus I Soter. D'autre part, l'ancre, nous l’avons vu, paraît sur les monnaies de Séleucus, dès le temps où celui-ci n’était encore que satrape, et l’on peut douter que dès cette époque, Séleucus eût osé se prétendre fils d’Apollon. Si donc nous accueillons la légende dont Justin s’est fait l'écho, ce n’est que par suite de limpuissance où nous sommes de lui substituer une explication vraiment scientifique. L’ancre est le ype monétaire particulier de la ville d’Astacos en Bithynie:, mais aucun témoinage historique ne nous permet de supposer que Séleucus ait eu le moindre rapport particulier avec cette ville, ou remporté dans ses parages quelque victoire navale. Nous sommes fort mal renseignés sur les opérations maritimes de Séleucus, lorsque, vers l'an 315, Ptolémée le plaça à la tête d’une flotte considérable qui visita successivement les côtes de l’Ionie, de Cypre et de la Phénicie. Cette campagne est la seule circonstance connue de la vie de Séleucus où le futur roi de Syrie ait joué un rôle dans les choses de la mer dont l'ancre est l’un des symboles essentiels.
IT. — Monnaies de Séleucus I Nicator avec des types imités de ceux des monnaies d'Alexandre.
En l’an 306, Séleucus, satrape de Babylone, suivant l’exemple d’Antigone et de Ptolémée, s’arrogea le titre de roi. Il paraît, comme nous l’avons dit plus haut, que déjà auparavant, il posait sur son front le diadème royal, quand il donnait audience aux ambassadeurs des peuples barbares. On racontait aussi que, lors du retour d'Alexandre à Babylone, après la campagne de l’Inde, tandis que la barque royale naviguait sur le Pallacopas, un coup de vent emporta dans le fleuve le diadème et la causia d'Alexandre : Séleucus s’élance à la nage, parvient à atteindre les précieux emblèmes, et pour nager plus librement, il s’attache le diadème royal autour de la tête; les spectateurs applaudissent et lui présagent ses grandes destinées futures?. Une autre tradition prétendait que Séleucus avait été salué du titre de roi par Apollon de Milet, dès le temps d'Alexandre.
C’est à partir de l’an 306 qu’on doit classer les monnaies qui portent le nom de Séleucus:. La plupart de ces pièces lui donnent le titre de roi : BAZIAENZ ZEAEYKOY ; quelques-unes ont simplement ZEAEYKOY, sans le titre royal#;
1. Sur l'attribution des monnaies à l’ancre à Astacos et non à Abydos, voyez Imhoof Blumer, Monnaies grecques, p. 232.
2. Droysen, Hist. de l’Hellénisme, trad. Bouché-Leclercq, t. I, p. 725, note 1, et tome Il, p. 350. Une aventure du même genre, rapportée par Justin (XV, 3), fit aussi présager la couronne royale à Lysimaque : blessé accidentellement à la tête par le fer de la lance d’Alexandre, Lysimaque perdait tout son sang qu’Alexandre fut obligé d’étancher à l’aide du diadème royal qu’il noua autour du front du futur roi de Thrace : quod auspicium primum regalis majestatis Lysimacho fuit, ajoute Justin.
3. Waddington, Mélanges de numismatique, 2° série, 1867, p. 40.
4. Voyez notre Catalogue, n°% x, 4 et $. Il n’y a pas lieu de croire, comme on pourrait le supposer, a
priori, que le mot BAZIAEQZ s’est trouvé placé hors du flan, par suite d’une maladresse ou d’une négligence dans la frappe de ces pièces,
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SÉLEUCUS I NICATOR IX
mais il ne faudrait pas en conclure qu’elles ont été frappées avant que Séleucus fût roi. En effet, les monnaies d'Alexandre elles-mêmes ne portent que rarement BAZIAEQZ AAEZ=ANAPOY ; elles ont beaucoup plus souvent le seul mot AAE=ANAPOY. Philippe, le père d'Alexandre, ne prend jamais sur ses monnaies le titre de roi : on n’y trouve que OIAITITTOY. Parmi les contemporains de Séleucus, comme lui successeurs d'Alexandre, le titre royal est souvent omis sur leurs espèces. Cassandre, en Macédoine, fait inscrire sur ses pièces, tantôt KAZZANAPOY, tantôt BAZIAEQZ KAZZANAPOY. Les monnaies de Philippe Arrhidée portent DIAITITOY ou BAZIAENZ IAITITIOY ; de même, quelques pièces de Ptolémée, n’ont que TTOAEMAIOY, sans la qualification royale.
Il n’y a donc pas lieu de faire remonter avant l’année 306 les monnaies sur lesquelles se trouve simplement l’inscription ZEAEYKOY. Il faut seulement signaler ici les derniers exemples d’une habitude invétérée, d’après laquelle les rois de la Macédoine et de la Thrace, antérieurs à Alexandre, ne plaçaient pas leur titre royal sur leurs espèces, dans la crainte de déplaire au roi de Perse qui prétendait avoir seul le droit de s'appeler Basrleis'. Il importe aussi de constater que les monnaies des Séleucus qui n’ont pas le titre royal sont du commencement de son règne. Le mot BAZIAEQZ n’est bientôt plus omis, et il ne disparait plus, ni dans la série des Séleucides ni dans celle des autres Diadoques.
Les monnaies de Séleucus ne portent jamais en légende que ZEAEYKOY ou BAZIAENZ ZEAEYKOY : le surnom de Nicafor qui lui fut décerné après sa victoire d’Ipsus sur Antigone, en 301 *, ou celui de Zebs Nixérwp que lui donne une inscription de Séleucie sur POrontei, ne figurent jamais sur les médailles. Remarquons une fois pour toutes que, de même que les rois d'Egypte et d’autres rois de l’antiquité, les Séleucides eurent presque tous des surnoms populaires qui leur sont appliqués soit par les écrivains postérieurs, soit même par les contemporains à titre dérisoire ou familier. Ces surnoms, qui n’avaient rien d’officiel, ne paraissent jamais sur les monnaies, pas plus, par exemple, que ceux de Caligula, de Caracalla ou d’Elagabale, qui ont la même origine.
La disposition de la légende varie arbitrairement; les exemples groupés dans le tableau ci-après, et que nous avons relevés pour Séleucus Nicator seulement, le prouvent surabondamment : nous les avons disposés par rapport au type. Quelquefois, la place respective des mots contraint de lire ZEAEYKOY BAZIAEQZ au lieu de BAZIAEQNZ ZEAEYKOY (p. ex. n° 2 et 11 du tableau ci-dessous); mais ce sont là des cas exceptionnels, dus peut-être à une négligence de graveur, si bien que, lorsque la légende est disposée de telle sorte qu’on puisse lire ZEAEYKOY BAZIAEQZ aussi bien que BAZIAEQZ ZEAEYKOY, nous avons toujours préféré
cette dernière formule comme étant plus conforme à l’usage dont ne se sont presque
1. Fr. Lenormant, La monnaie dans l'antiquité, t. II, p. 4, note 2. 2. Appien, Syriaca, 57; Suidas, vo Xéhevzxos; Amm. Marcel., XIV, 8; XXII, 6. 3. Boeckh, C. I. Gr. III, 4458.