‹ Les Romagnes: note historiqueChapitre 14 sur 14 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

Mémoire du goaTemement des Romagncc aux puîstanoet

de riurope.

Après avoir exprimé les vœux des populations au sujet de leur avenir, rassemblée des députes des Romagnes s'est séparée en regardant comme accomplie une partie essentielle de sa tâche. Issue du sulTrage populaire, composée d'hommes de tous les partis, de libéraux, de conservateurs, d'amis ardents du progrès, comme d'anciens et loyaux serviteurs du gouvernement pontifical, représentant toutes les supériorités sociales, celles du talent, de la naissance et de la fortune, cette assemblée était parfaitement bien placée pour servir d'organe au peuple. L'ordre et la liberté d'opinions qui

depuis quatre mois n'ont cessé de régner donnent à ses décisions les (;aranties d'indépendance les plus sérieuses. Si donc les partis dans toutes leurs nuances se sont réunis dans une même pensée qui s'est tniduite par un vole unanime, par le refus de reconnaître désormais le gouvernement temporel du pape, suivi de la déclaration d'annexion aux États sardes, ces décisions ne peuvent qu'être prises en haute et sérieuse considération. Les motir» les plus impérieux ont pu seuls les dicter.

Toutefois, avant de s'occuper des justes griefs des populations contre le gouvernement temporel du pape, l'asscmldée s'est empressée d'esprimer son profond respect pour l'autorité spirituelle du chef de l'Église.

Nous nous liâtons de le faire remarquer, parce que cette distinction entre le spirituel et le temporel est à la base de tous nos actes et de toutes nos réclamations.

Ce serait dépasser les bornes qui nous sont assignées ici que de vouloir discuter la question de savoir si le pouvoir temporel est nécessaire à l'Église. Il nous serait facile de prouver que, dans le passé comme dans le présent, les intérêts spirituels et temporels du Sainl-Siége ont été plus d'une fois en contradiction les uns avec les autres. Les raisons et les exemples anciens et nouveaux ne nous manqueraient pas pour démontrer qu'entre le pape, prince italien, et le pape, chef spirituel de deux cents millions de Catholiques, il doit y avoir désaccord fréquent par le fait seul que les déterminations du Sou-

APPENDICE. 9fi

verain Pontife sonl puisées à deux sources diiîérentes, l'une j^litique, l'autre religieuse. Et après cet examen nous pourrions demander si, comme plusieurs le soutiennent, il est réellement avantageux à l'Eglise que son chef soit souverain tenlporel et placé dans la nécessité fatale de rester étranger aux aspirations nationales, et même de les comprimer chez lui.

Cependant, tout en nous abstenant d'entrer dans ce grand débat, nous en ferons ressoTtir deux points qui se rattachent directement à notre cause. Le premier, c'est que le principe du pouvoir temporel est d'une nature exclusivement politique; que TÉglise n'a jamais prononcé qu'il fût uni à' son chef d'une manière indissoluble; qu'il fût essentiel à l'Église, et non pas un simple accident, et que par conséquent on a le droit dé le discuter sans encourir l'accusation d'être un adversaire de l'Église catholique. Le second, c'est qu'en tout cas le principe du pouvoir temporel du Pape n'a rien d'absolu et qu'il a subi dans le cours des âges des modifications aussi profondes que diverses. Aucune borne absolue n'a été assignée en aucun temps à l'État de l'Église. La papauté a perdu et gagné des territoires comme toute autre souveraineté, et non-seulement ses limites ont constamment varié, mais les prétentions temporelles des papes ont été examinées et jugées dans les conseils des rinces et dans les congrès diplomatiques, comme celles de tout autre souverain et en vertu des mêmes principes.

C'est donc l'histoire r la main que l'on doit examiner a formation et l'accroissement de la puissance tcrrito- 'tale des papes. Dans cet examen, il faut avant tout se léfaire de l'idée qu'il y a un territoire appartenant de Iroit divin au Snint- Siège. Au contraire, il n'est aucun :as auquel le précepte de Jésus-Christ : « Mon royaume l'estpas de ce monde, » soit plus applicable, car chaque icquisition territoriale île la P-ipauté peut âtre ramenée t des causes parfailenient terrestres et politiques. Il est ionc permis d'en discuter la validité au même tilre que ie\le de toute autre puissance et en vertu ries mémos irîncipes de droit public. Les défenseurs du pouvoir «mporel n'ont cessé de pervertir à ce sujet les idées des idèles. Désespérant de défendre la cause du gouvernement ecclésiastique au point de vue admis pour tous les lutrcs États, ila voudraient le soustraire à tout examen ;n l'enveloppant dans les mystères d'une origine ihéo- ;ralique. Rien n'est plus insoutenable.

Il ne s'agit ici que d'une question «l'opportunité et lion pas d'un principe. Nous ne touchons, répétons-le, \ la question générale qu'au point de vue particulier ]ui nous intéresse. Toutefois, sans rappeler les donations diverses dont s'est prévalu le Saint-Siège, ainsi [|ue les débals et les transactions de toute espèce auxquels cllrs ont donné lieu, il est important de faire remarquer que, durant tout le moyen âge, c'est-à-dire pendant l'époque la plus glorieuse de la papauté, la

APPEiNDICE. 97

sf.uverainoté temporelle des papes n'a jamais été exercée dans les Romagnes.

Elles n'ont été assujetties au Saint-Siège qu a dater du quinzième siècle. Elles avaient jusqu'alors suivi les mêmes phases historiques que le reste de l'Italie * les villes s'étaient gouvernées républicainement d'ahord, comme Florence, Sienne, Pise, Milan et tant d'autres, puis, comme les autres villes de l'Italie, elles s'étaient transformées en seigneuries princières.

César Borgia, fils d'Alexandre VI, mit fin à ces dominations diverses, en faisant disparaître successivement les seigneurs de Rimini, de Forli, d'Imola, de Faenza.

Ces villes réunies furent d*abord érigées en duché en faveur du vainqueur et passèrent ensuite sous la domination de rÉglise.

C'est là, on le voit, une origine de souveraineté purement humaine. Bologne fut conquise par Jules II sur les Bentivoglio, et Ferrare, un siècle plus tard, par Clément VIII, sur les princes de la maison d'Esté, qui avait gouverné, non sans gloire, le duché iwndanl près de quatre siècles. La domination papale sur ces provinces dura sans interruption jusqu'à la fin du dix-huitième siècle. Celte époque, on le sait, fut moins favorable à l'extension du pouvoir temporel que ne l'avait été celle comprise entre les pontificats de Sixte IV et de Clément VIIL

Non-seulement le Pape perdit Avignon, mais, par le

traité de TolentinO, il céda les Légations et les Mflrclies qui, dès \ota, suivirent le sort de la république cisalpine et du royaume d'Italie jusqu'en 1815.

Avant d'aborder la période postérieure à 1815, il est important de faire observer que la souveraineté etercée par le Pape avant le traité de Tolentino diiïérait profon* dément de celle à laquelle il a prétendu depuis sa restauration. Le Saint-Siège n'avait acquis un grand nombre de ses provinces, notamment les quatre Légations, qu'en garantissant aux populations le maintien de leurs franchises.

Les villes se gouvernèrent elles-mêmes d'après leurs anciennes institutions. Bologne, par exemple, était régie par un sénal de quarante membres appartenant aux plus anciennes familles du pays ; elle avait son ambassadeur à Rome, et le Pape n'était pas même suzerain ; il partageait l'autorïté avec le sénat. Les autres provinces avaient de même conservé leur existence propre en se groupant sous la même autorité. En un mot, nulle part il n'y avait eu soumission sans contrat entre le prince et les sujets, et leB effets du gouvernement clérical restaient inaperçus parce que son action était nulle.

Il en fut autrement, lorsqu'on 1815 les territoires furent rendus au Saint-Sit-ge après une séparation de vingt ans. Les anciennes franchises avaient disparu sous le royaume d'Italie, mais on ne s'en était pas plaint, parce qu'elles avaient été remplacées par cette forte adminis-

APPEMdïCE. 99

tration impériale qui a partout laissé des traces înefTacables de son passage, parce que les masses avaient été initiées aux tendances de l'esprit moderne et mêlées à de grands événements, parce qu'enfin le gouvernement du vice-roi avait fait appel à tous les talents et favorisé puissamment le développement individuel. Le pays avait répondu à ces bienfaits en donnant à l'Empereur des hommes d'État, des administrateurs, des généraux et des soldats, fournissant ainsi la preuve qu'il était digne sous tous les rapports de jouir d'un gouvernement rationnel. Une génération entière avait été élevée sous ce régime et dans les idées nouvelles.

On sentait si bien que le régime pontifical, même avec les souvenirs non irritants qu'il avait laissés, ne pouvait plus convenir à ces peuples, qu'il fut question au congrès de Vienne de les constituer en Etat indépendant* Le changement survenu dans les dispositions des puissances, après le désastre de Waterloo, annula ce projet. Les Légations furent rendues au Pape, à l'exception de la partie du Ferrarais, située sur la rive droite du Pô, réclamée par l'Autriche par des motifs statégiques.

Le régime qui leur fut imposé par le gouvernement pontifical diflerait non-seulement de celui pratiqué sous le vice-roi Eugène, mais de l'état de choses existant avant le traité de Tolentino. Qu'on ne l'oublie pas : Tannée 1815 ouvre une ère tout à fuit nouvelle pour les quatre Légations. Elle inaugure un régime sid generiSy

iOO APPENDICE.

m conservant du ceux qui l'avaient précédé. que les dérauts sans aucun des aranlages qui les rendaient acceplablcN.

Ainsi le gouvernement pontilicnl emprunta au système ft'HRCaii! la centralisation administrative, non pas à cause des vertus qui lui sont propres, mais parce que sa conservation lui permettait de ne pas rétablir les francliî^es communales. Par contre, il fit table rase du reste. Au Code Napoléon il substitua la confusion des lois anciennes et des motu propiio, à l'égalité civile les juridictions divergentes de quatorze tribunaux privilégiés, et à l'admissibilité de tous aux charges de l'État la domination de caste, la iiaule direction du clergé. Quant à l'administration iiiiancière, si admirabli: sous le royaume d'Italie, nous n'avons pas besoin de dire ce qu'elle devint entre les mains des financiers pontilicuux.

Un syslcmi; pareil intronisé non-seulement après celui des vieilles franchises dont les hommes d'un âge mûr se souvenaient encore, mais à la suite du régime français dans lequel la jeune génération avait été élevée, devait rencontrer une répugnance universelle et ne ponv.iit amener que des troubles. Telle est en effet en deux mois l'histoire desRomagnespendantk'S quarante-cinq ans qui outsuiviletraitcde Vienne. Les soulèvements sont suivis de réactions ; celles-ci de nouvelles tentatives de révolte, qui sont réprimées par l'intervention étrangcro. La perturbation pénètre dans toutes les sphères de la vie

sociale. La corruption administrative, les assassinais politiques, l'extension des sociétés secrètes, l'absence eomplète de sécurité» se réunissent pour accabler ce malheureux pays. Nous n'en faisons pas mystère : Tétat des Romagnesa été déplorable depuis la restauration papale. Mais en imputera-t>on la cause aux populations? Que Ton consulte Thistoire. Elle attestera la vivacité d'intelligence, l'énergie de caractère des Romagnols, mais dans aucune époque elle ne les montrera tels qu'on les voit dans la période néfaste dont nous analysons les effets. N'est-ce pas là la preuve éclatante que cet étnt anormal a sa cause dans les vices des inslitulious, dans le mauvais gouvernement, et non pas dans te caractère des populations?

Quel remède le gouvernement a-t-il employé contre cet état de choses? A-t-il favorisé le développement de l'instruction publique? amélioré l'administration de la justice? s'est-il en un mot servi de moyens moraux pour mettre insensiblement fin à la crise? Nous ne dirons pas qu'il- n'en ait jamais eu l'intention : il serait peu équitable de se refuser à distinguer entre les diiïérentes époques du régime pontifical et de ne pas séparer nettement les commencements du règne de Pie IX des années qui suivirent le retour de Gaêtc.

Néanmoins, il est impossible de nier que la règle générale suivie par le gouvernement pontifical a été de réprimer et non pas de prévenir. On n'améliora ni Tinslruc-

tll'''^

lion, ni Tadministration ; on ne fit droit à aucune réclamation, mais on multiplia les châtiments. Nous ne savons s'il est un pays en Europe, qui, proportion gardée, compte un aussi grand nombre de condamnations à mort, aux galères et à Texil que les Romagnes.

Le résultat du système suivi fut d'établir une incompatibilité absolue et irrémédiable entre le gouvernement et les gouvernés.

De chaque côté on entra plu? avant dans les voies ouvertes, les uns dans celles de la répression, les autres dans celles de la résistance ou de l'opposition passive.

Un pareil état de choses ne laisse qu'une solution possible : remploi de la force.

Impuissant lui-même, le gouvernement papal avait dans l'armée antrichienneun moyen de coercition coûteux sans doute, mais toujours prêt. Invariablement disposé à accorder son secours et cela le plus longtemps possible, l'Autriche habitua la cour de Rome à s'en remettre à autrui du soin de sauvegarder sa propre souveraineté. Les Légations furent occupées par l'Autriche de 1815 à 1818, mais en partie seulement; elles le furent entièrement en 1821, 1831; de 1832 à 1838; de 1849 à 1859, jusqu'aux jours qui suivirent la victoire de Magenta.

L'administration de la justice marcha de pair avec les moyens militaires. De même que TEtat avait renonce a se maintenir sans des forces étrangères, de même il recou-

rut pour la répression pénale aux tribunaux exceptionnels et aux commissions militaires.

Notre but n'est pas de faire un tableau historique détaillé des Romagnes depuis un demi-siècle. Il suffira de dire que depuis 1852 jusqu'à la fin du règne de Gré* goire ÎVI le pays ne fut jamais entièrement pacifié et qu'il resta soumis à un régime exccptionel. Des lors, à peu d'années près, le gouYemement pontifical n'a pu y maintenir sa domination que par la force des baïonnettes étrangères. Pour obtenir leur appui, il a accepté des humiliations de tout genre. Chose remarquable, ce pouvoir, qui refusait tout à ses sujets, accordait tout aux étrangers. Pour continuer un système ruineux et détesté, il aglissé sur la pente rapide qui, de l'abandon d'un droit i l'abandon d'un autre, conduit les gouvernements jusqu'à l'abdication.

Cest ainsi que l'on a vu l'autorité militaire autrichienne prendre le titre de gouYcmement civil et militaire* se chaîner de la rentrée des impMs en occupant ks localités, faire rendre la justice par des tribunaux composés de juges allemands qui faisaient signer à 3Ian~ tone et à Vérone par l'autorité militaire supérieure les seotcnees prononcées par eux contre des sujets pontificaux. Nous le demandons : est-il po&ûble d'imaginer de la part d'un gouvernement une abdication plus complète? Non-seulement à Fintérienr les droits essentiels do pouvoir sont abandonnés à une autorité étrangère.

qui concentre tout dans ses mains, mais les frontières disparaissent, les limites des États sont confondues, et les arrêts de la justice vont chercher leur confirmation sur un territoire étranger.

Il y a de la part du gouvernemenl du Pape, dans l'ensemble de ces faits, un aveu complet de son impuissance à gouverner le pays. L'autorité nominale de Rome et le gouvernement effectir de l'Autriche étaient deux faits tellement connexes, que l'on ne pouvait plus supposer l'un sans l'autre. Aussi le jour qui mit fin à l'occupation étrangère vît-il aussi celle de la domination pontificale. Les Aulrictiiens sortirent de Bologne le matin à sept heures, et le légat en partit à midi. Il se rendit non pas à Borne, mais à Padoue, et c'est là, sur les derrières de l'armée autrichienne, qu'il atlcndit, comme les archiducs, le résultat de la hataille de Solferino.

Si par révolution on entend un changement radical dans les conditions de la vie d'un peuple, jamais dénomination ne fut plus à sa place que pour le régime qui suivit le départ du gouvernement austro-pontifical. Si l'on .lUachc, au contraire, à ce mot l'idée de désordre, aucun ne le mérite mains. En effet, le gouvernement qui a surgi n'a pas éprouvé un seul instant de diFRculté à se constituer, car il reposait sur la base la plus solide, l'assentiment universel. Celte population, que la force étrangère contenait avec peine, s'est trouvée calmée comme p.ir enchantement dès qu'elle a été libre. Depuis

le 12 juin, date de sa délivrance» pas un désordre n'a eu lieu, et dans ce pays, qui consenre un souvenir aussi vivant et aussi répulsif du gouvernement clérical* pas un seul prêtre n'a reçu dMnsulte. Les membres du clergé sont protégés par la liberté de tous mieux qu'ils ne l'étaient par leur propre gouvernement, dont le patronage ne pouvait avoir pour résultat que d'attirer sur eux l'aversion qu'il inspirait lui-même. Le nombre des crimes et des délîls a sensiblement diminué. Toutes les classes de la société, unies dans un esprit de concorde, marchent ensemble vers le grand but qu'elles vont s'efforcer d'atteindre, la régénération du pays, son développement moral et matériel.

Les événements des quatre derniers mois, l'babitnde prise par la population de r^ir elle-même ses affaires, ainsi que la sagesse et la modération dont elle a fait preuve, nous semblent autant de garanties contre le retour dupasse. Que l'Europe juge; qu'elle compare l'état actuel du pays à l'état antérieur, et qu'elle se demande si une restauration est possible. La séparation de l'Élat pontiGcal, que le congrès de Vienne fut sur le point de décider en faveur des Romagnes, dans un temps où Yon tenait si peu compte des vœux des peuples, pourrait-elle être refusée aujourd'hui que Texpérienoe est complète, et qu'il ne s'agit que de reconnaître un des faits les plus justes qui se soient accomplis depuis 1815?

An fond toute la question se réduit à ces termes : Cn

gouTernement qui ne peut accorder à sea sujets les garanties les plus élémentaires de l'ordre public doit-il être soutenu, et, dans le cas où le pouvoir viendrait à lui échapper, doit-il être rétal>U? — Quelque système que l'on admette, celui de l'interrontion ou de la nonînt^rvention ne serait-il pas dangereux pour le repos général de vouloir perpétuer et d'aggraver par conséquent une situation où l'incompatibilité entre les gouvernants et les gouvernés n'est égalée que par l'impuifrsance dans laquelle se trouvent les premiers de venir à bout des seconds? L'Europe a vu le péril, ,ct ce n'est pas aujourd'hui seulement qu'elle a cherché à y parer. Les conseils n'ont pas manqué à la cour de Borne depuis 1815. Le mémorandum de 1831, les conFérences de Gaëte, la lettre du Président de la République française à Edgar Ney, les protocoles'de Paris en 1856, les avertissements constants du gouvernement français, dès le commencement de l'occupation, sont autant de témo ignages de la sollicitude éclairée des souverains. I^es supplications des peuples sont venues se joindre aux réclamations des princes. Comment se fait-il que tant d'efforts combinés soient restés sans résultats?

I,e gouvernement pontificat a lui-même reconnu, à différentes reprises, la nécessité des réformes. Avant de monter sur le trône, Pie IX avait été témoin, comme évêque d'Imola, de l'état des Légations, et c'est encore ému du spectacle des souffrances auxquelles il avait as-

APPENDICE. i07

sisté qu'il prit la résolution d'être un prince réformateur. On sait ce qui suiyit et comment le Souverain Pontife se crut forcé de rétablir Tancien régime. Cette impuissance à se maintenir dans le chemin qu'il avait voulu suivre n'est-elle pas une preuve de plus, après bien d'autreS) que les intentions des hommes ne peuvent même réussir à pallier les vices du système, bien loin de les faire disparaître? Combien de solutions n'a-t-on pas cherchées à 1a question romaine ? Aucune n'a triomphé de la force des choses.

Les partisans du gouvernement pontiOcal en sont venus eux-mêmes à désespérer de résoudre le problème. C'est ainsi que l'on a vu un diplomate favorable au Saint-Siège, dans une noie très-connue du public, arriver à la conclusion qu'il nN a qu'une seule chose à faire, prolonger le provisoire tant qu'on pourra, — « ajourner la catastrophe, ajoute-t-il, c'est tout ce qu'il est possible de faire en ce moment à la sagesse humaine. » — Nous ne venons point à notre tour proposer une solution générale. Nous demandons simplement à conserver la position que les événements nous ont faite, et à ne plus être soumis à un gouvernement qui a fourni la preuve qu'il était incapable de satisfaire les besoins de ses administrés.

Lorsque, dan^ sa lettre à Edgar Ney, le Président de la République résumait ses demandes en trois mots :

- Code Napoléon, — gouvernement lit les vœux des populations, des Romagnes demandent à introduire incipes admis dans les pajs civilisés, I loi, la liberté civile et politique. Ils lisser an clergé le privilège de régler à |uî concerne l'état civil, les mariages, les institutions de cli-irité. ils veulent nement libéral, le droit de voter les ent et d'en contrôler l'empioi.

nandes découlent des grands principes

cour de Rome no peut y faire droit, iicipcs sont en contradiction avec celui luvernemenl. Elle ne peut accorder de ritable, car celle-ci ne consiste pas dans e quelques laïques aux fonctions de is l'introduclion de l'esprit moderno ms. C'est en vaia que le gouvernement Ltra des réformes ; il ne pourra donner i contradiction avec sa propre existence,

réclamées par l'Empereur , quelque iples qu'elles paraissent, sont inconciuvcrnement clérical.

ju'un moyen pour les Romagnes d'obfeemandent, c'est de rester indépendantes lise.

iser même que toutes les réformes inté-

Heures fussent accordées, un doutciiu motif J'incompiitibilité sorgiraîl de la question Je natîonalilé qut aujourd'hui domine toutes les autres.

En vuG de l'indépendance nationale, les Romagnols auraient pu se rcBif^uer à faire des sacrifices sur les réformes, même les plus prcRSonles. Que le Papo se fât montré prince italien, et il aurait rencontré des $fmj>athies malgré les vicea de son gouvernement. Mais à l'extérieur comme à l'intérieur la scission est dorcnuc complète.

Pie IX avait cru pouvoir marcher dans le sens de t'indépeadance nationale comme dans celui des réformes; mais, lorsqu'il se trouva en face de sa double mission de chef de l'Eglise et de prince, il sncrifia la dernière, et, paraa fameuse encyclique du 29 avril 4848, il tit subir le premier échec à la cause italienne. Dès lors la poli- Uquede Pie IXn'a plus varié, si ce n'est pour subir les conséquences d'une impitoyable logique. Plus ses sujets sont animés d'un amour ardent pour la patrie italienne, plus il se rattache d'une manière exclusive à sa mission de chef de l'Eglise. En 1848 il tolère au moins que ses sujets prennent part, sous le drapeau piémonlais, à la lutte contre l'Autriche. En 1859 il condamne à l'exil et à la prison ceux d'entre eux qui vont offrir leurs bras et leur sang à la patiie. Ainsi ce qui partout est un litre à la reconnaissance du pays était un crime chez nous.

ilO

Ce qui précède justifie surabondamment la décision prise par rassemblée de déclarer qu'elle se refuse à reconnaître désormais le pouvoir temporel du Pape dans les Légations.

Il nous reste à exposer les motifs de la déclaration ^lative à l'annexion au Piémont.

La position prise par le Piémont depuis 1849, la gloire dont son armée s'est couverte, la loyauté et la bravoure de son roi, devaient nécessairement lui attirer les sympathies des Italiens. Les Romagnes, en proie à Tagitation et à un malaise, en apparence, sans remède, avaient, non loin d'elles, un Etat constitutionnel qui présentait le spectacle de Valliance de Tordre avec la liberté. Le Piémont était dans le présent l'espoir des populations opprimées et leur centre de ralliement dans Tavenir. On se tromperait cependant en ne voyant dans le mouvement qui entraîne les populations des Romagnes de ce côté que l'élan d'un enthousiasme passager. Ses raisons d'être sont tellement dans la nature des choises, qu'à nos yeux toute solution donnée à la question des Légations, en dehors- de celle indiquée par l'assemblée, serait dépourvue d'un caractère définitif.

Les Romagnes appartiennent par leur position géographique à la haute Italie. La vallée du Pô est destinée à ne composer qu'un seul Etat, dont font naturellement partie Parme, Modène, Ferrare, Bologne, les Légations depuis les Apennins jusqu'à l'Adriatique. A ces considé*

rations, tirées des indications extérieures, viennent se joindre celles prises dans le caractère du peuple. Du versant des Apennins jusqu^à Suse, au pied des Alpcs^ on retrouve partout une race d'hommes ayant le même caractère, les mêmes habitudes et des conditions de vie identiques. 11 y a là sans aucun doute les éléments d'une union compacte et naturelle. Que l'on ajoute les souvenirs historiques, les traditions vivantes encore de ce royaume d'Italie qui, malgré sa courte durée, a laissé sa marque dans les idées et dans les mœurs. Notre agriculture, notrp commerce, tous nos intérêts, nous portent vers la plaine lombarde. Nos regards sont tournés du côté de Turin et de Milan. Nous sommes appelés non pas à former une confédération avec les habitants du Piémont et de la Lombardie, mais à nous fusionner avec eux.

Des raisons politiques de la plus haute importance rendent cette combinaison nécessaire. Que faut-il en effet à ces populations si profondément remuées par les agitations révolutionnaires? Un gouvernement fortement organisé, ayant des habitudes militaires et un esprit d'ordre sévère. Le Piémont seul peut répondre à ces exigences ; seul il a la force de nous protéger sérieusement, de former une armée nationale, et de faire dispa^ raitre les dernières traces de nos discordes. Si l'Europe Veut véritablement constituer ces provinces d'une manière durable, et faire en sorte qu'elles ne soient pljus

î APPENDICE.

(lungcr pour la paix de l'Italie, elle n'a qu'un moyen, ' stde sanctionner les vœux du pays. Toute autre comlaison laisserait subsister les germes de révolutions iiTetIcs, L'esprit subtcrsif, le» passions violenter, trou- 'aient constamment un terrain favorable, et aucun iiTernement ne saurait acquérir une force suflisanle ur maîtriser la situation. L'annesion est la seule solun qui puisse réunir dans une même pensée les convateurs et les libéraux. Les uns voient dans le Pîéint la sauvegarde de l'ordre et de la stabilité, lesautret précient ^e» îustitutions, seis tendances et son espann nationnie. Tous comprennent que pour les Roma- Es il n'y a rien de possible en dehors de la réunion is le sceptre de la maison de Savoie ; et que le raome de la haule Italie est )e terme fixé aux efforts pays. En satisfaisant la volonté delà population des galions, l'Europe accomplira une œuvre de sage poliue, elle fera acte de prévoyance, et elle assurera la nquillilé de ces provinces.

lÎous ne croj'ons jias sortir des limites du sujet eo niant une dernière considération.

Le Congres proposé par la Russie devait prendre pour ie de ses délibérations la liberté de la rive droite du , L'Autriche devait être renfermée dans les limites B lui assignaient les traités de 1815 et renoncer à la jpondérance illégitime qu'elle avait conquise sur le

reste de Tltalie. Les préliminaires de Yillarranca lui ont fixé de nouvelles limites qu'elle devra respecter. Qui peut cependant garantir Tltalie méridionale contre révcutualité d'une future intervention autrichienne ? 11 n'est qu'un moyen de conjurer ce danger, c'est de constituer un puissant royaume, qui séparerait l'Autriche des États de Rome et de Naples. Les Légations ont sous ce rapport une importance stratégique immense. Qu'une puissance militaire barre le chemin, et Ton aura délivré du coup l'Italie méridionale. Un État faible, au contraire, et i^ans ressources, laisserait ouverte la route qui conduit de la Yénétie à Rome ci à Naples. Sans aucun doute les puissances ne voudront pas voir renaître ce danger, et l'empereur Napoléon ne permettra jamais à rAutriche de reprendre sa prépondérance en Italie. Il est d'une bonne politique non-seulement de s'occuper du présent, mais aussi de sauvegarder l'avenir, et on y parviendrait en plaçant l'obstacle dans la nature des choses plutôt que dans la volonté des hommes. De cette façon, on serait assuré contre le retour des difficultés politiques qui ont amené la guerre de 1859.

En résumé : la restauration du gouvernement pontifical dans les Romagnes ne peut avoir lieu qu'au moyen d'une intervention étrangère et à la suite d'une lulte acharnée. Cette restauration ne ferait qu'empirer l'état des choses et qu'augmenter la tension (|ui a précédé la

ule restauration ne produirait qu'un efTet , et serait remplie de dangers pour l'avenir. t que l'on est décidé à trancher h question es traités de 1815, il n'est qu'une seule sorépondû aux vœux des peuples, c'est l'an- Piémont. Toute autre combinaison sortirait du texte des traités, mais avec le désavané de n'offrir ni satisfaction aux vœux popuarantie au repos de l'Italie et de l'Europe, étions les considérations qui précèdent à la c appréciation des puissances.

présentons surtout à celle du généreux "Suulet ritiitie doit de pouvoir délibérer en paix près deslinées. L'empereur Napoléon, qui, lendance de l'Italie, a hasardé une vie si pré- ''rance, ne trouvcra-t-U pas dans le consenrdé par lui aux vœux de l'Italie le plus digne nt de son entreprise? Ne restera-t-îl pas, en ii, fidèle à la devise de la France, qu'elle a à remplir partout où il y a une cause juste

moments heureux dans l'histoire otl il est luverains et aux hommes d'État de redresser s aux peuples et de produire des bienfaits ins faire couler une larme ni une goutte de ameuts i^ont rares, mais l'actuel en est un.

Que l'Europe sanctionne les «ceux légitimes de l'Italie centrale, et elle aura accompli une grande œuvre cle justice et de paix.

Bologne, 5 octobre 181

Le gmverneur général de» Romagnet, LEONETTO CIPRIkNI.

Le ministre des affaires étrangères, JOieHII-HftPOLÉON PEPOU.

re d« Bob SBeallenoe M. Ibomanel aux ag«nti

Monsieur,

VouB connaissez la lettre encyclique que le papo a adressée à tous les patriarches, évèques «t primats de la catholicité, et dans laquelle Sa Sainteté, exposant k un point de vue exclusif l'origiae et la nature des difficultés que présente la situation actuelle des Bomagaes, exhorte les pasteurs et les fidèles dans le monde entier à cooeourir de tons les efTorls de leur lèle au maintien et à la défense du droit du Saint-Siège sur cea provinces.

Ne doutant pas que ce document n'ait attiré la se-

rieuse attention du gouvenieinent, je crois devoir vous mettre en mesure de faire connaître comment le gouvernement deSa Majesté l'a lui-nième apprécié.

Je ne m'arrêterai pas, pour le moment, à relever les reproches plus ou moins articulés qui sont dirigés par l'encyclique contre la ligne de conduite suivie par l'Empereur à l'égard du Saint-Siège dans les difficiles conjonctures de ces derniers temps. L'histoire, dans son impartialité, dira un jour à qui doit appartenir la responsabilité des événements, ou du Souverain dont lesefTorts ont constamment tendu à les prévenir, ou do ceux qui. se refusant à toute concession et à toute réforme, et se renfermant clans une inexplicable inaction, ont laissé l'état des choses empirer jusqu'à ce point où le mal devient souvent irrémédiable.

Ce qui a surtout frappé d'une façon pénible le Gouvernement de Sa Majesté, c'est l'oubli que, dans une circonstance aussi importante, la cour de Bome a fait des usages diplomatiques, en transportant directement sur le terrain de la religion une question qui appartient, avant tout, à l'ordre temporel. Nous voyons avec un sentiment de regret, aussi sincère que profond, le Sainl- Père faire appel à la conscience dn clergé et excita- l'ardeur des fidèles à l'occasion d'une affaire dont la discussion nesaurait utilement avoir lieu que de gouver* nement à gouvcrnemei^t.

Il ne s'agit point, en effet, de porter la plus légère

atteinte à la puissance spirituelle du Souverain Pontife, ni à rindépendance dont elle a besoin pour s'exercer dans les limites de ses droits. La question des Romagnes, aujourd'hui comme à d'autres époques, est née de circonstances politiques; c'est également sous son aspect politique qu'il conyient de l'examiner, en recherchant les meilleurs moyens de satisfaire à des nécessités en présence desquelles le gouvernement pontifical ne se trouverait pas étalement amené, je le répète, si, au lieu d'attendre avec imprévoyance le développement de la situation, il eût écouté nos conseils et secondé nos efforts. Non, quoi qu'en puisse dire l'esprit de parti, qui né craint pas d'aifecter les apparences du zèle religieux; non, quoi que Von iasse pour laisser croire que les intérêts de la foi sont en péril, il ne se traite. Dieu merci, entre le gouvernement de Sa Sainteté et celui de l'Empereur, qu'une question purement temporelle. Nous pouvons donc la discuter sans manquer aux sentiments de déférence et de respect que la France entière s'honore de porter au Père commun des fidèles, et dont Sa Majesté est toujours heureuse d'être la première à donner l'exemple.

Je n'hésite pas a le dire, monsieur... la cour de Rome n'a pas été bien inspirée en essayant d'établir, ainsi que le bit reocyclîqne, une sorte de connexité indissoluble entre deux ordres d'intérêts qui ne sauraient être mêlés et confondus sans danger. Dans les premiers

ili!

âges de l'Eglise, alors que les tendances de Li civilisation étaient théocratiques, cette confusion était naturelle et possible ; elle était sans peine acceptée par tout le monde parce qu'elle répondait à l'état des esprits et des consciences. C*est ainsi qu'elle fut dans l'origine un des élémenls de la puissance de la papauté, et qu'elle concourut à la formation et au développement de sa souveraineté territoriale. Cependant, si Ton voulait interroger l'histoire avec attention , on verrait bien que ce ne fut pas uniquement en invoquant des motifs empruntés à sa mission divine, et en réclamant, en quelque sorte, au nom du ciel, que la papauté, tantôt avec Tappui des populations elles-mêmes, tantôt avec le secours de souverains étrangers, parvint à se mettre en possession d'une partie de l'Italie. On reconnallrait en même temps, il faut le proclamer à l'honneur du saint-siégc, que les papes trouvèrent dans leur sagesse, leurs lumières, leur amour de l'ordre et de la justice, en un mot dans le gouvernement meilleur qu'ils offraient aux peuples, dans ces temps de violences et d'anarchie, un des éléments essentiels de leur autorité politique.

Je n'insisterai pas sur ce point de vue, craignant, si je m'y arrêtais davantage, de laisser croire que j'ai voulu chercher dans le contraste une allusion et emprunter au passé une leçon applicable au temps présent : rien n'est plus loin de ma pensée. Il me sera toutefois permis de dire que, de » os jours, par suite d'un progrès

que le gouvernement de l'Empereur ne saurait considérer autrement que comme un bienfait réciproque irrévocablement acquis aux sociétés modernes, la séparation s'est accomplie entre les deux domaines de Tordre leligieux et de l'ordre politique et civil. Le saint*siége ne s'est donc pas moins mis en désaccord avec l'esprit général de l'époque qu'avec les règles internationales, en faisant appel aux consciences, au nom de la foi, pour un intérêt qui, à le bien prendre, est simplement temporel.

J'ajoute que celte tentative est loin d'avoir pour elle l'autorité et les précédents de Thisloire. En effet, ce n'est pas la première fois que, dans des temps voisins de nous, la situation des Romagnes et leur état de possession ont élé l'objet d'un débat politique. En 1797, à la suite d'événements dont il lui fallait bien , comme souverain, accepter la responsabilité, le pape cédait ces provinces à la France par le traité de Tolentino, en même temps qu'il renonçait aux anciens droits du Saint-Sicge sur le territoire d^vignon , et, si vif que fut pour lui le regret d'une diminution de ses domaines. Pie VI croyait sans doute pouvoir souscrire à cette convention sans manquer à ses devoirs comme souverain pontife et gardien de la foi. Les deux parties contractantes ne furent pas seules à ne voir dans cette transaction qu'un fiiit temporel, nullement attentatoire à la religion.

Les préliminaires signés à Léoben, deux mois plus

ii;!

tard, entre la France et rAutricbe, attestent que la cour de Vienne ne pensait pas autrement que la France à ce

sujet. Après avoir entretenu pendant la guerre des relations étroites avec la cour de Rome, elle se prêta néanmoins à une combinaison qui, lui attribuant une partie des États de Venise, indemnisait cette république en lui transférant la possession des trois légations de la Romagne, de Ferrare et de Bologne. Les traités de Campo- Formio et de Lunéville vinrent encore consacrer, sous une autre forme, la séparation de ces provinces, et, dans les divers arrangements qui furent alors convenus, on n'aperçoit jamais que les gouvernements qui y prenaient part aient eu à se préoccuper des prérogatives du Saint-Siège au point de vue de son pouvoir spirituel et des intérêts religieux.

Si Ton voulait interroger sur d'autres points l'histoire contemporaine, qui ne se rappellerait qu'au com^ mencemont de ce siècle, des territoires ecclésiastiques, tels que Tcvêché de Salzbourg, la prévôté de Bercbtelsgaden, lesévêchés »le Trente, de Brixen et d'Eicbstsedt, servirent, à la demande de l'Autriche, à indemniser ses archiducs dépossédés en Italie? A l'égard de ces territoires comme pour les Ijégations, comme pour l'électorat de Mayence, aucune solidarité ne fut reconnue entre le droit temporel du possesseur et l'intérêt de la religion; le caractère ecclésiastique des souverains ne fut pas un obstacle aux combinaisons que les circon-

ly '

stances avaient rendues nécessaires. La participation de la cour de Vienne à ces diverses transactions ne permet pas assurément d*y voir une application de nouveaux principes à Tusage de la France. Rien ne saurait mieux l'attester que ce qui s'est passé quelques années plus tard. Le pape Pic YII rentrait à Rome et reprenait l'exercice de son pouvoir tenlporel, lorsque, par un traité secret, signé à Naples le il janvier 1814, l'empereur François, dans le but d'attacher le roi Joachim à la cause de la coalition européenne, s'engageait, a afin de lui procurer une forte frontière militaire en accord avec les^ besoins politiques des deux puissances^ à lui assurer une acquisition calculée sur le pied de 400,000 âmes, à prendre sur TÉtat romain, et à prêter ses bons offices pour faire admettre et sanctionner celte concession par le Saint-Père. »

Ainsi donc, le principe du partage des Légations et même des Marches, entre le royaume de Naples et l'Autriche, se trouvait franchement posé, et l'application en semblait tellement indépendante de toute circonstance particulière, que l'on vit, l'année suivante, le roi des Deux-Siciles, restauré à Naples sur son trône, essayer de maintenir à son bénéfice la clause que nous venons de citer. L'Autriche, de son côté, était plus heureuse dans ses prétentions^, puisqu'elle conservait, aux dépens du Saint-Siège, une partie de la légation de Ferrare, sur la rive gauche du Pô, territoire qui n'avait pas appartenu

à l'Etat de Venise. Le pape protesta Taincmenl contre cette disposition, de même qu'il protesta contre la nonrestitution du comté d'Avignon et du lerritoirG de Parme au Saint-Siège. Ses réclamations , qu'il Tondait à la fois sur ses droits anciens et sur des motifs d'utilité pour l'Église, ne furent point admises par les puissances, et nous ne serons pas démentis par les documents relatifs aux négociations de 1815 si nous ajoutons qu'il ne s'en fallut pas de beaucoup que les Rnmagnes ne demeurassent alors séparées des Étals ponlilicauii.

Plus d'une combinaison, conçuû dans ce sens, fut agilée au sein du congrès de Vienne, et l'on sait que la Prusse, par exemple , proposa de disposer des Légations un faveur du roi de Saie, qui les aurait reçues ii titr«! de compensation. Ce ne fut pas sans difficulté «{ue le pape parvint à les conserver, ei à faire prévaloir le droit qu'il invoquait contie l'opinion, si digne de remarque, adoptée par les plénipotentiaires, que les Légations étaient, par droit de conquête, tombées à la disposition des alliés. Quoi qu'il en soit, la discussion, par rapport aux Elats romains, fut constamment maintenue, même par les |)uissanc('s catholiques, dans un ordre de considérations exclusivement temporelles.

C'est là, monsieur..., le seul enseignement que je veuille tirei' des exemples que j'ai rappelés et qui établissent à quel point la doctrine exposée dans la dernière euc;fclique, si elle est aujourd'hui conforme aux

APPENDICE. ISS

idées de la cour de Rome, se trouve en conlradidîon avec les données lesplus positives delà politique. Mon intention n'est nullemenl d'en faire ressortir des arguments contre les droits reconnus 3u Saiol-Siége ; mais j'ai tenu à TOUS fournir le moyen de rectifier autour de vous les impressions erronées qui lendraientà faire considérer une opinion émise sur une question temporelle comme une atteinte aux prérogatives imprescriptibles et sacrées de l'Église catholique.

Agréez, monsieur, etc.

Dépêche adressée par M. le mlnîttre des affaires étrangères à M. rambassadeur de Franœ près, le Saîni-rgiége.

Paris, le 12 Cerner 1860.

Monsieur le duc, je vous ai fait connaitre l'impression que nous a causée Tencyclique du Saint-Père aux évêques, et je ne vous ai point dissimulé le regret sincère que nous en avons ressenti. Je crois devoir aujourd'hui compléter la circulaire que j'ai adressée aux agents diplomatiques de TEmpereur, sous la date du 8 de ce mois, en examinant avec vous les faits récents qui ont amené la situation actuelle dans les Légations, aGn d'é-

tablir il'où vient le mal et à qui incombent les responsabilités.

Comment Jonc ont éclaté les événements de la Romagne et comment les choses en sont-elles venues au point oiî nous les vo'pns en ce moment ? Esl-ce seulement à la dernière guerre qu'il convient de faire remonter l'état des choses dansée pays? Il m'en coûterait de m'étendrc sur des délails présents à l'esprit de quiconque n'est pas entièrement étrang(.<r ^lux afTaires de son temps, et. bifn que l'encjclique nous donnât le droit de rappeUr le passé et de juger, comme les grandes puissances l'ont fait dès 1851, le régime politique ;)ppliqué aux Légations, je m'abstiendrai de me placer sur ce terrain . Je me bornerai simplement à Taire observer que, du jour où les Autrichiens se reliraient, les événements qui se sont accomplis après leur départ étaient certains et inévitables. Nous avons, au surplus, la conviction que te gouvernement pontifical ne serait fondé, à aucun point de vue, à nous reprocher d'avoir manqué à son égard de sollicitude et de prévoyance.

Au début des hoslihtés, la neutralité du Saint-Siège avait été proclamée et reconnue par les belligérants. Ils continuaient d'occuper les positions dont ils se trouvaient les gardiens avant la guurri'. Ils renonçaient à s'y forlilier de manière à pouvoir de la se nuire l'un à l'autre. Ils semblaient, en un mol, pénétiés de cette peneéc qu'au-dessus de leurs dissentiments passagers s'éle-

-vait un intéi^t supérieur, également cher à tous les deux, celui du maintien de l'ordre dans les Étals du Saint-Père. Les garnisons de Fcrrare, de Comacchio, de Bologne et d'Âncône pouvaient , en toute sûreté, veiller au maintien de la tranquillité dans les Légations et les Marches, pendant que la garnison française y veillait à Home. Il ne m'appartient pas d'apprécier les circonstances très-certainement impérieuses à ses yeux qui ont déterminé TAutriche à ne plus continuer son rôle , mais j'ai le droit de rappeler que la France est restée fidèle nu sien. Les ttoupes autrichiennes éloignées, les populations ont profité des conjonctures sans avoir besoin d'y être entraînées par aucune excitation particulière, et l'on peut dire qu'elles se sont trouvées plutôt encore qu'elles ne se sont rendues indépendantes. Voilà tout le secret du soulèvement des Romagnes.

Ce soulèvement, monsieur le duc, ne saurait donc être imputé à la France, ni autoriser un doute quel* conque sur la sincérité des assurances de sympathie et de bon vouloir que l'Empereur avait données à Pie IX à l'origine de la guerre. Mais l'Empereur devait-il ne point prendre en considération les faits nouveaux qui ont surgi contrairement à ses vœux? Sa Majesté, envisageant comme Elle le devait les difficultés de la situation et jugeant, cependant, que la paix conclue à Villafranca pouvait produire toutes les conséquences qu'EIlc en attendait, si la cour de Rome secondait ses efforts,

ressaît, de Dezenzano, au pape, le 1*4 Juillet, pour !n faire connaitie les conditions :

Dans ce nouvel ordre de choses , ajoutait l'Empeur, Votre Sainteté peut exercer la plus grande iniience et faire cesser pour l'avenir toute cause de aubles. Qu'Elle consente, ou fXaUit que , de molu opi-io, Elle veuille bien accorder aux Légations une ministration séparée avec un gouvernement laïque mmc par Elle, mais entouré d'un conseil formé r l'élection ; que cette province paye au Saint-Siège e redevance fixe, et Votre Sainteté aura assuré le }ios de ses Etats et pourra se passer de troupes étranres...

Je supplie Votre Sainteté d'écouter la voix d'un (ils roué à l'Église, mais qui comprend les nécessités de n époque et qui sait que la force ne suffît pas pour ioudre les questions et aplanir les difTicultés... Je vois dans la décision de Votre Sainteté ou le l'me d 'un avenir de paix et de tranquillité, ou bien continualion d'un état violent et calamiteux. »

DUS savez, monsieur le duc, que ces suggestions ne it point accueillies. Pendant que les événements, 3 succédant, multipliaient les diflicultés, la cour orne persistait à se renfermer dans une abstention uement propre à aggraver un état de choses qui ne pouvait plus se concilier avec son autorité sans

loi

sacrifices ou sans compensation. C'est ainsi qu'on a laissé échapper toutes les circonstances opportunes pour rattacher les Légations au Saint-Siège ; c'est ainsi qu'où s'est trouvé en présence d'une évenlualité que TEmpereur a vainement voulu conjurer, et que Sa Majesté a été amenée k adresser au Saint-Père sa lettre du 31 décembre.

Et maintenant, je le demande, les choses s'étant passées comme je viens de le rappeler, les conseils que Ton a repoussés étaient-ils donc si étranges? Certes, la sincérité des sentiments dans lesquels ils ont été donnés est, du moins, bien démontrée. Les égards, disons mieux, le dévouement que le Gouvernement impérial a montrés, en toute occasion, au chef de TËglise, sont un des traits do-minants de l'histoire des dix années qui viennent de s'écouler. Le clergé de France sait avec quelle bienveillance et avec quelle largeur de vues le Gouvernement impérial a toujours pratiqué les lois qui règlent ses rapports avec la cour de Rome. Il sait qu'il a trouvé, lui aussi, dans l'Empire un pouvoir réparateur, et que, sous cet appui tutélaire, il a repris dans la société française Tinfluence et l'autorité que d'autres régimes lui avaient disputées. Ces faits seuls suffiraient pour attester de quelles dispositions le Gouvernementf impériad était animé à Té* gard de la papauté, lors même qu'il ne lui en aurait point donné des preuves directes et incessantes. Nous ne contestons point que Toccupation de Rome, à l'époque

où elle a clé entreprise, n*ait été dictée par des considérations politiques en même temps que religieuses ; mais qui peut nier que le Gouvernement de l'Empereur n'ait été déterminé à continuer, d'année en année, les sacri' fioes que cette mesure impose à la France , avant tout par une sollicitude aiïectueuse et persévérante pour les intérêts du Saint-Siège? Qui ne reconnaît les ménagements au moyen desquels nous avons atténué ou même prévenu les inconvénients que l'occupation de Rome était de nature à entraîner, dans le fond comme dans la forme, pour la souveraineté du Saînt-Pére? Qui peut se refuser à voir dans cet ensemble de faits un témoignage des intentions li's plus cordiales et de la volonté la plus • formelle, non-seulement de protéger la position personnelle du Saint-Père, mais d'étendre, s'il était possible , son influence morale? C'est à cet ordre d'idôes notamment que se rattache le concours prêté par la diplomatie française nu Saint-Père, dans toutes les contrées oîi il ; a des intérêts religieux à défendre, et que se relient, dans une large mesure , les espédilions accomplies ou entamées dans les mers de la Chine et du Japon. Et enfin, monsieur le duc, quelle meilleure preuve à fournir de cette préoccupation constante que la stipulation de Villa franca par laquelle l'Empereur, en déférant MuSaint-Pére la présidence honoraire de la confédération, voulait le pincera la lél£ de l'Italie régénérée? On peut déduire de cet exposé combien le Gouverne-

ment impérial eût été heureux et le serait encore, dans les conjonctures présentes, de rencontrer une combinaison capable de diminuer les embarras du Saint-Siège. Mais ici le lion vouloir de la France risque d'échouer contre d'insurmontables difficultés.

En effet, il ne s'agit pas seulement de rendre les Tjégalions au Pape, il faut encore trouver le moyen de les maintenir entre ses mains sans Faire succéder une nouvelle occupation à une nouvelle intervention. Les événements ont assez démontré combien cette mesura serait impuissante à remédier au mal. L'opinion de l'Europe est formée sur ce point, et l'occupation, condamnée par les leçons du passé dans les Légations mêmes, est un expédient auquel personne ne pourrait plus songer à recourir, à moins de méconnaître des nécessités qui s'imposent à la sagesse et à la prévoyance de tous les gouvernements. Une telle politique est inadmissible aujourd'hui. L'autorité monarchique ni la ma- Jestéde l'Église n'auraient rien à y gagner ; la religion et la raison se réunissent pour la repousser avec une égale énwgie.

Ainsi donc, monsieur le duc, le moment était bien venu de se préoccuper de combinaisons difTérentcs lorsque l'Empereur en a signalé la nécessité au Pape. Les intérêt les plus évidents, les considérations les plus pressantes, y convient le Saint-Siège. Un parti pris absolu de se refuser à reconnailre le caioctère vrai de l'état de

choses actuel ne ferait que l'aggraver de plus en plus et finirait par créer des impossibilités également insurmontables. Au contraire, si le Saint-Siège se décidait enfin à quitter la région religieuse, où la question n'est pas réellement placée, pour revenir sur le terrain des intérêts temporels, seuls engagés dans le débat» peut-être apporterait-il, quoiqu'il soit bien tard, un changement favorable à sa cause. Il permettrait en tout cas au Gouvernement de ITmpereur de prêter son appui à une politique conciliante et raisonnable.

Vous êtes autorisé à donner lecture de cette dépêche au cardinal Antonelli, et à lui en laisser copie, s'il vous en exprime le désir.

Agréez, monsieur le duc, les assurances de ma haute considération.

Thoitvenel.

Seigneur illuBtrissime et révéreiidissime, La dépêche du i'i de ce mois, dont Son Excellence le ministre des atTaires étrangères de France m'a fait donner lecturaet laisser copie, et que Votre Seigneurie doit connaître par la publication qni en a été faite dans \e Moniteur Au il dudit mois, contient des allégations de telle nature, qu'il m'est impossible de les laisser sans quelques observaliona, surtout dans les temps actuels, oij, dans tous les pays, ne manifeste une si grande aniiété pour un intérêt suprême de l'Eglise catholique

' son auguste chef. Je crois donc me Irouverdansiion de vous adresser quelques considéralions sur de cette dépêche eL de la lettre circulaire que le ambassadeur a envoyée précédemment aux représ de la France dans les cours étrangères et qui & aru dans les journaux.

it tout, sans examiner la qualité du régime poliipliquéaux Légations, il est certain que ce régime provoquer les mouvements qui ont eu lieu, vu régime appliqué à plusieurs autres États ponlin'y a pas eu le même efli;t. Au contraire, ci; effet, c'esl-â-dire ces mouvements se sont proeaucoup plus tôt et dans des proportions bien stes que dans les Romagnes, dans le grund-duchécane et dans le duché de Parme, pays qui paspour être gouvernés de la manière la plus con~ mxvœux qu'on a coutume d'attribuer aux popu-

)nvient donc de dire que le régime politique pour rien dans ces mouvements, mais que ces ments doivent être ' attribués à une cause, la pour tous les Étals qui en furent victimes. Or, il. i'avoir demeuré en Italie ces quatre dernières ou d'avoir suivi au moins avec quelque attention rses phases malheureuses de ce pays, pour savoir i et par quels moyens la révolte contre les souveit préparée, accomplie et soutenue. La question.

aii bono ? (au profit de qui?) préjugé si important en matière pénale, peut recevoir ici une application d'au* tant plus évidente que sont plus manifestes les manigances de celui qui fait tout afin de s'emparer des provinces dont on voudrait dépouiller le Sainl-Pcre, ou plutôt qu'on voudrait détacher du patrimoine de TÉglise catholique. Par ce qu'on veut faire à la fin, on comprend ce qu'on a voulu faire dès le commencement. De longue main on a prévu et préparé ces mêmes difficultés qu'on dit maintenant insurmontables et imprévues. Je ne crois manquer d'égards envers personne, si, contraint par les devoirs de ma charge, je suis dans la nécessité de rappeler certains faits particuliers et même des noms propres. Du reste, les uns et les autres sont notoires de Tun à l'autre bout de la Péninsule.

Pour ne pas remonter trop haut et pour abréger, je me contenterai de faire remarquer un acte du comte de Cavour au congrès de Paris, en 1856. Dans cette circonstance, il lança une sorte de programme de ce qu*il y aurait à faire en Italie, el déclara bientôt après, dans les Chambres piémontaises, vouloir pousser, bon gré, mal gré, à la réalisation de ce programme. Dès ce mo* ment, le lent travail entrepris depuis longtemps, et dont le but était d'amener l'annexion de l'Italie centrale, commença à devenir plus actif dans ce pays. En réalité, ce serait trop long et trop ennuyeux que d'énumérer ici tous les moyens qui furent employés dans ce dessein ;

mais les émissaires qui parcouraient celle partie de l'I- Ulie dans tous les sens, mais l'or distribué avec proFusion, mais les écrits clandestins mis en circulation, mais les ades d'insubordination militaire, surtout dans les derniers temps, doivent être comptés au nombre des principaux.

Dans plusieurs villes des États pontilicaux, des personnes, enhardies par l'importance de leurs relations sociales, se mirent eu avant. Ainsi, à Bologne. le marquis Fepoli se constitua cbef du parti. Il tint dans sa propre maison des assemblées d'hommes du parti, s'entoura de centaines d'ouvriers et rassembla des armes. Le gouvernement, informé de tout, fut sur le point de s'assurer de sa personne, lorsque, pour des motirs faciles à imaginer, il se contenta de donner avis de ce qui se passait à l'ambassadeur de France a Borne. Celui-ci, à la suite d'une cont'érence qu'il eut avec Pepoli, à Livuurne, donna au gouvernement pontifical l'assurance, malheureusement trahie par les faits, que nous pouvions nous tranquilliser sur le compte audit marquis.

Mais ce qui sera dans l'Iiistoire d'un exemple trèsrnre et peut-être unique, c'est ce que les agents diplomatiques de la Sardaigne firent au détriment des autres Etat» italiens dans le but de seconder les desseins ambitieux de leur propre gouvernement. La conduite du GominanJeurBuoncompagni en Toscane n'a pas de nom, au ua nom tel, que je me garderai bien de l'employer, et,

si 1*011 excepte la dernière démarche du commandeur, ce que les sieurs Migliorati et Pos délia Mincrva firent à Rome n'est guère diiTérent de ce que fit M. Buoncompagni. Le premier alla jusqu'à employer les mois de Tété pour organiser, dans quelques provinces, des clubs en faveur du parti piémontais.

Des excitations, entreprises avec tant de peine et de persévérance devaient avoir leur effet, et elles l'eurent, en réalité, soit en créant, soit en augmentant un peu le petit parti piémontais qui pouvait y exister, et auquel s'associèrent presque tous les mécontents, race d'hommes qu'on trouve dans tous les pays, sans compter ceux pour lesquels les aspirations vers une Italie une et indépendante étaient une séduisante illusion.

Mais tous ces hommes furent toujours bien loin d'être le peuple, j'entends le peuple honnête, moral et chrétien; surtout ils né furent pas le peuple des campagnes^ Le vrai peuple se leva avec une joie indescriptible et par milliers et milliers, lorsque notre Saint-Père alla le visiter, il n'y a pas encore trois ans. Est- ce la première fois que cette classe du peuple, qui forme dans le fond l'immense majorité, se laisse maîtriser par un parti qui, suppléant au nombre par Taudace, profite de circonstances souvent imprévues pour imposefr sa domination? N'â-t-on pas vu dans d'autres contrées de l'Europe la partie honnête et tranquille de la population se laisser

lit :i

me opprimer? N'est-ce pas là un dTet de ses qua-

18 semble pas que dans la ilépéche prémeDtionnée ^té tenu assez compte de ces circonstances, quand 1 été dit que, par le seul fait de la retraite des Au- :ns, (le Bologne, leê populations se troiwèreiU inianles saju avoir besoin de quelque excitation parre.

téritc est que les populations, comme dans tous cas ables, n'en surent que peu ou rien. Mais comme,

retraite subite des Autrichiens, la ville demeurait >ment dégarnie de troupes, le parti qui était tout ^râce aux menées précédentes, et rendu de plus 18 hardi par une proclamation d'une des parties rantes, s'empara du pouToir et imposa sa domi-

au vrai peuple, qui, pour son dommage inappréet avec une douleur qui n'est pas moindre, conlila subir. Peut-être ne serait-ce pas aller trop loin

penser que, si ailleurs on relirait tout à coup de taie la garnison qui la protège, il arriverait cerleut quelque chose comme à Bologne, sans qu'on duire d'un tel Tait que le gouvernement a été jus- -8 mauvais ou <\a% les gouvernants sont inca-

irait inutile d'indiquer ici pour quel motif les Auns se retirèrent des Bomagnes. Qu'il suffise de er que le prince Napoléon, dans un rapport, daté

APPENDICE. Ul

de son quartier général de Goito, le 4 juillet 1869, et adressé à Sa Majesté l'Empereur des Français, dans le but de rendre compte de ses opérations, dit d'abord que lo cinquième corps d'armée, en se réunissnnt en Toscane, avait entre autres choses, pour mission de contraindre le gouvernement autrichien, par la présente du drapeau français sur les frontières des Romagnes, d'observer strictement la neutrdUé dans les États du Pape; puis il ajoute que la présence de son cinquième corps prêt à débouelier sur l'armée autrichienne avait àtspiré à cette armée une crmnte assez vive pour quelle se hâtât iTabandonner Ancône, Bologne et successivement toutes les positions sur la rive droite du Pô.

Quoique ledit parti fût fortifié par les promesses, les encouragements, les subsides et mille autres moyens, qui lui venaient incessamment du Piémont, cependant, lejouroiî il s'empara du pouvoir, il se trouva si peu nombreux et si faible, qu'à peine il put réunir quelques centaines d'adeptes sur la place de Bologne. Encore, lorsqu'il fallut entraîner ceux-ci à descendre des bâtiments publics les armoiries pontilicales, le marquis Pepoli dut leur faire croire que c'était pour prémunir ces armoiries d'insultes possibles, selon lui, quoique personne ne fût alors dans la disposition de commettre ce méfait.

La révolte avait été préparée du dehors : aussi, dès qu'elle fut accomplie, ce fut du dehors qu'elle reçut tous

les secours dont elle avait besoin pour se consolider. Munitions, argent, soldats, administrateurs, tout lui venait du dehors.

Parmi ces administrateurs, on voit figurer, en qualité d'intendant d'une des quatre Légations, le même Migliorati dont il a été question. A tout cela, les populations ne prirent aucune part. Elles s'abstinrent, dans la proportion de cinquante-neuf sur soixante, de participer à l'élection qui eut lieu. Elles furent en butte à toutes sortes de vexations. On leur dénia jusqu'au droit de manifester leurs sentiments. Les menaces, l'emprisonnement, les proscriptions, tous les moyens dont les factions victorieuses savent se servir furent mis en usage.

Si on eût fait attention à ces faits, on n'aurait certes pas affirmé que les habitants des Romagnes, sans avoir besoin d'excitations particulières et comme sans s'en apercevoir, se trouvèrent indépendants. Des faits mêmes tout le monde pourra facilement conclure si c'est le gouvernement qui doit être rendu responsable de la révolte qui a eu lieu dans cette province.

Je suis loin d'accuser les armes françaises, et beaucoup moins la France, qui a rendu au Saint-Siège et à l'ÉgUse des services si insignes, mais je ne puis cependant m'empêcher de rappeler au souvenir de Votre Seigneurie illustrissime cette inévitable logique des faits en vertu de laquelle TEmpereur des Français dit dans sa dernière lettre qu'i/ ne peut décliner une certaine soli-

darité des effets du mouvement national jyrovoqué en Italie par la guerre contre r Autriche. Or, parmi ces effets, ne fauUil pas, peut-être, ranger la révolte des quatre Légations?

Mais, quelle que soit la cause ou Toccasion des malheurs qui ont eu lieu, faudra-t-il attribuer au Saint- Père ou a son gouvernement la prolongation de ce déplorable état de choses? C'est ce qu'on semble vouloir établir dans la dépêche plusieurs fois citée. Mais, en lisant cette dépêche, les considérations qui montrent Tévidente fausseté de cette allégation se seront présentées spontanément à l'esprit de Votre Seigneurie, qui désire avec plus d'ardeur que le Saint-Père de voir mettre un terme à une scission qui est la source de tant de malheurs et de tant de scandales chez la troisième partie de ses sujets, le triste objet des angoisses de tout le catholicisme et le motif de l'affliction la plus profonde pour le chef de l'Église.

Si donc Sa Sainteté refuse son assentiment à quelquesuns des moyens proposés, ce seul refus devrait être un indice suffisant pour montrer que ces moyens sont en opposition avec quelque principe supérieur aux inclinations affectueuses de son cœur, ainsi qu'aux jugements plus ou moins vrais du monde.

Mais quels sont les moyens proposés pour rétablir Tunité dans les Etals de l'Eglise et pour le refus desquels on veut mettre à la charge du Saint-Père les bouleverse-

i APPENDICE.

nia qui ont eu lîeu ces huit derniers mois, et d'autres «s encore qui peavent suivre?

Dans la dépêche susdite, on rappelle, d'une part, les nntages que l'Église a obtenus en France sous l'Em- ■e actuel, les témoignages de dévouement filial que le uverain Pontife a reçus de l'Empereur, la promptîle généreuse avec laquelle les armes françaises recoiw isirent le Pape sur son trône ; d'autre part, on fait loir les avantages que retirera l'Eglise des expéditions mtaines en Chine et en Cochînchinc.

Le Saint-Père professe les plus hauts sentiments pour !!mpereur ries Français et pour la nation gu'il gourne, et personne n'ignore la délicate attention, le soin ec lequel il a cherché et cherche encore toutes les ocsions les plus favorables de témoigner à l'Empereur, la France, la reconnaissance qu'il leur conserve pour s services rendus et la confiance avec laquelle il en tend de plus grands encore.

Pour passer soue silence d'autres preuves, rappelons- )us l'allocution consisloriale du 20 juin de l'année pas- G et la note diplomatique adressée, en date du 1 1 mars i la même année, aux ambassadeurs d'Autriche et de rance, note dans laquelle il s'agit des mesures conceres pour mettre un terme à l'assistance précieuse que s troupes françaises et autrichiennes ont prêtée au luvemcment pontifical.

Mais tout le monde voit que ceci n'a aucun rapport

avec les moyens les plus propres pour faire rendre au Sainl-Pcre, selon les^déclarations faites à cette époque, le patrimoine de l'Eglise dans toute son intégrité.

Relativement à ce but suprême, le passé offre plusieurs souvenirs qui peuvent aplanir la voie ; le présent se compose de refus de secours efBcaces. On oppose des difficultés à quiconque veut entreprendre Toeuvrc ; on impose des délais préjudiciables ; on donne le conseil de se soumettre à des gens qu'on sait d'avance décidés à ne pas se soumettre; on propose des réformes que le Saint- Père a dû peser devant Dieu avant de les accueillir; enfin on suggère Tavis d'abdiquer en partie à celui qui ne le peut en aucune manière.

S'il était encore possible, il y a quelques mois, de se faire illusion sur la possibilité de pacifier, au moyen de réformes et de concessions, divers États de l'Italie, une telle illusion ne saurait plus se produire depuis que ces partis ont déclaré hautement, comme ils l'ont fait dans le Mémoire du prétendu gouvernement de Bologne, et comme un des principaux auteurs de l'agitation l'a fait dans un de ses derniers écrits, qu'aucune réforme ne peut les contenter, si ce n'est la pl^ne et absolue destruction du pouvoir temporel de l'Église. Avec des hommes ainsi disposés» est-il possible d'en venir à un accommodement au moyen de réformes?

Malgré tout cda, le Saint-Père n'a pas fermé l'oreille à la proposition de réformes qui lui a été soumise par le

iO

gouvernement français. Il a même ancudlli œtte proposition avec avidité; il n'y a mis qu'une condition, c'est que ces réformes ne fussent pas en contradiction avec sa conscience et avec le vrai bien-être de ses sujets.

M. Thouvenel ne peut ignorer les négociations qui eurent lieu à Rome entre le gouvernement pontifical et l'ambassadeur français, et il doit connaître ce qui Fut arrêté. Le gouvernement impérial en fut satisfait. Cela conste clairement d'abord d'une déclaration que M- le comle Walcwski fit relativement à cet objet, ensuite de sa dépêcbe datée du 15 octobre de l'année passée, et enfin des pressants désirs que témoigna, il y a à peine quelques mois, )e même gouvernement de voir les mêmes réformes immédiatement publiées et mises à exécution. Les raisons, toutefois, pour lesquelles le Saint-Père se crut obligé de différer de faire ce pas, jusqu'à ce que les provinces révoltées fussent retournées à l'ordre légal, ne sauraient échapper à personne.

Agir dilTé'rcmment n'eût été ni conforme à la dignité du Souverain Pontife, ni convenable pour atteindre le but qu'on avait en vue. D'une part, les concessions auraient eu l'air d'avoir été faites plutôt sous l'empire de puissantes exi}jences que de bon gré ; d'autre part, il y avait danger de voir accueillir les réformes par un orgueilleux dédain. Dans l'un et l'autre cas, l'autorité était amoindnc. Le gouvernement français reconnut la force de CCS raisons.

Aussi, par l'intermédiaire dudit comte Walev>ki, il nous fit connaître, à cette époque, qu'il cesserait d'insister jusqu'à ce que de nouvelles conjonctures impérieuses lui conseillassent une conduite diiïérente. prévision qui ne s'est pas vérifiée. Au reste, ta publication de ces réformes n'était en aucune façon un moyen de ramener à l'obéissance les révoltés des Romagnes. Dans leur prétendu mémorandum ils ont dit ce qu'ils demandaient.

Mi)is, si le Saint-Père peut consentir à ce qu'il soit traité de réformes, il lui est impossible d'entendre parler d'une abdication partielle. Des motik d'une tout autre portée que ne sont les intérêts terrestres le lui défendent. Or rien de moins qu'une abdication partielle n'est suggéré dans la lettre expédice de Desenzano en date du 14 juillet de l'année passée. La partie principale de cette lettre est rapportée textuellement dnns la dépêche de M. le ministre des aiïaires étrangères; par là on semble vouloir relever cette proposition, ou du moins faire croire que, si la révolte n'est pas encore comprimée dans les Romagnes, la cause en est le refus d'adbérer à cette proposition.

Or Votre Seigneurie voit facilement qu'une administration séparée avec un conseil formé par l'élection, sans autre dépendance du Souverain Pontife que de recevoir de lui un gouverneur laïque et de payer une redevance, équivaudrait à une abdication absolue. Il resterait, à la

vérité, une certaine suzeraiaeté, mais, dans les temps actuels, ce lien serait sans aucun eFTet.

Je ne veux pas démontrer, comme 'ce serait bien facile, quel vain espoir ce serait que d'attendre d'une semblable combinaison la fin de tout trouble, la sécurité du repos dans le reste des Etals Pontificaux, le germe d'un avenir de paix et de tranquillité ; il est clair que ce serait précisément le contraire qu'il faudrait craindre. Je me contenterai de vous faire remarquer que le Saint- Père ne peut consentir à une abdication d'aucun genre, et qu'il ne le pourra jamais, pour les motiis indiqué» ' dans son encyclique en date du 19 Janvier dernier.

li ne le peut, parce que ses États ne sont pas sa propriété pen^onnelle, mais qu'ils appartiennent à l'Église, à l'avantage de laquelle ils furent constitués; il ne le peut, parce que, par des serments solennels, il a promis à Dieu de les transmettre à ses successeurs intacts et tels qu'il les a reçus; il ne le peut, parce que, vu que les motifs de renoncer aux Romagnes peuvent s'appliquer ou se I dans le reste de ses Etals, cette renonciation Tail, en certaine fa<;An, la renonciation à tout loine de l'Église; il ne le peut, parce que, pèie I de ses vingt et une provinces, il doit, ou procurer le bien qu'il destine aux quatre provinces des es, au écarter de celles-ci le malheur qu'il ne pas voir fondre sur les autres; il ne le peut, l'il ne peut lui cire indifférent de voir la ruine

«pîritnelle d'un million de ses sujets, qui seraient abandonnés à la merci d'un parti qui commencerait par tendre des pièges à sa foi et par corrompre les mceurs; il ne ie peut enfin à cause du scandale qui s'ensuivrait au détriment des princes italiens dépossédés do fait, et même au détriment de tous les princes chrétiens et de la Eoâété civile entière, scandale qui ne manquerait pas de se produire, lorsqu'on verrait la félonie d'un parti couronnée d'un succès si heureus.

Pie VI , après avoir essayé en vain de se défendre contre les armes d'un ennemi puissant, pulcéderà une violence irrésÏBlible, et, pour ne pas voir le reste de ses domaines «nvahtsparles armes Trançaiscs, se résigner à l'abandon d'une partie de ses États par le traité de paix de Tolentino. Mais, si l'on considère la diversité de cas, on verra facilement que le même motif qui engagea ce Pape à céder, oblige le pontife régnant à répondre par un refus absolu.

Pie VI, dans des circonstances complètement différentes des drconslances actuelles, se trouvait en face d'une violence insurmontable el d'une force matérielle ; Pic IX, au contraire, est aux prises avec un principe qu'on voudrait faire prévaloir. Or la force malérielle n'est qu'un fait ; de sa nature elle est limitée et ne se fait sentir que dans le cercle de son action, qu'elle ne peut outrepasser; mais il en est tout autrement des principes. Ha leur nature, ils sont universels ; ils sont d'une fécondité inépuisable, ils ne s'arrêtent pas au point auquel on

veut restreindre leur action, mais ils demandent à être appliqués à tout.

Ainsi Pie VI, en cédant à la force matérielle, pouvait espérer raisonnablement de sauver le reste de ses États, tandis que le Souverain Pontife régnant, cédant à un prétendu principe, abdiquerait virtuellement la souveraineté de tous ses États, et autoriserait une spoliation contre tout principe de justice et de raison. Par là, on peut voir que Texemple allégué dans la circulaire conduit plutôt à une conclusion tout opposée à celle qu'on a en vue.

Ainsi, si jusqu'ici on n'a pas trouvé un remède efficace pour faire cesser la révolte des Romagnes, la faute doit en être attribuée à d'autres qu'au Saint-Père, qui ne put obtenir pour la réduction de cette révolte quelque soutien que ce soit ; qui se montra tout disposé à condescendre à la proposition de réformes, ne demandant qu'à attendre le temps opportun pour les réaliser, et qui, à la proposition d'une abdication partielle, ne put répondre que par un refus, sans que l'exemple d'un pontife qui céda à la violence et aux conséquences de la guerre pût lui suggérer une autre conduite.

Les motifs déduits plus haut pour démontrer Timpos- * sibilité dans laquelle se trouve le Saint-Père d'abdiquer une partie de ses États font en même temps voir combien sont mal fondés l'étonnement que l'on affecte et la

APPENDICE. ih\

plainte que Ton fait de ce que, dans son encyclique, il a présenté au monde catholique comme matière religieuse, une question qui ne sort pas du cercle des affaires purement politiques, et qui devrait, par conséquent, se discuter et s'arranger entre le gouvernement pontifical et le gouvernement français, sans qu'aucun autre en sût ou y vît quelque chose. Si le Saint-Père voulait donner les mains à cette ouverture, il parait à M. Thouvcnel que les négociations pourraient être reprises, et, quoique ce soit un peu tard, il ne voit pas cependant d'obstacle insurmontable à un arrangement.

Sans rappeler la formation même des Etats pontificaux, formation due à un sentiment et à un but religieux, le seul nom, du reste d'accord avec la chose, à'Êtats de VÉglise, la garantie et le moyen qu'ils fournissent au vicaire de Jésus-Christ d*avoir l'indépendance nécessaire pour exercer son ministère apostolique, le patrimoine qu'y trouve le chef de l'Église, qui, à la différence d'autres souverains se disant, à titre de princes, chefs de leurs Eglises, devient, lui, prince en sa qualité de Pontife ; toutes ces considérations n'auraient-elles point dû convaincre que la présente question renferme les éléments d'une question religieuse, en tant qu'elle touche de près aux intérêts les plus vitaux de l'Eglise catholique et de tous ses membres en général et en patticulier? Or, si les intérêts des catholiques sont gravement compromis dans cette question, il

i5S APPENDICE.

semble qu'ils aient le droit et en partie le devoir d'entrer dans cette qoertion un peu plus que dans une question purement politique.

?r est-il pas clair que, par le fait de la séparation des Romagnes et des déchirements subséquents qui pourraient provenir de cette séparation, tous les catholiques seraient lésés dans leurs droits, en tant qu'ik ont droit, dans Tordre actuel établi par la Providence, à ce que leur docteur suprême, sans être soumis à aucun pouvoir humain, jouisse d'une indépendance absolue dans l'exercice de sou ministère apostolique? Par là même, il est facile de voir quelle convenance et même quelle nécessité exigeait que les ayants-droit fussent avertis du dommage qui les menace et des pertes qui en résulteraient. Cet avertissement ne pouvait leur être donne qu^au point de vue de la religion, sur laquelle se fonde ce droit ; car ce droit a précisément pour objet la dignité et l'indépendance des consciences catholiques.

Le motif que le Saint-Père avait de s'adresser à l'univers catholique était d'autant plus pressant que la publicité donnée à la lettre de Sa Majesté l'Empereur des Français était plus capable de faire naître dans l'esprit des hommes qui se tiennent moins sur leurs gardes des doutes analogues aux insinuations que renferme la dépêche qui m'occupe en ce moment, ou même de faire croire que le refus d'accéder aux propositions impériales

était la seule cause de la persistance du désordre exis tant ou de maux plus grands qui pourraient s'ensuivre. Il deyait donc, avec ce calme et cette dignité qui lui sont propres, faire connaître au monde catholique le véritable état de la question. Puis l'Encyclique se contente d'énumérer les raisons par lesquelles le Saint-Pére avait dû repousser certaines propositions qui lui avaient été faites. Dans cette encyclique la question politique et la question religieuse n*ont point été confondues; mais elles ont été trés-bicn distinguées Tune et l'autre.

La question religieuse y est traitée à part, en même temps qu'il y est fait mention de la mission céleste qu*a reçue Tauguste Pontife de rappeler à la mémoire des souverains et des peuples les règles éternelles de la vérité et de la justice au reste des fidèles. Sa Sainteté ne demande pas d'autre assistance que celle de leurs prières. Si les ennemis du Saint-Siège ne trouvent ni leur compte ni leur satisfaction dans le sentiment qui, d'un bout du monde à l'autre, s'est manifesté en sa faveur et auquel s'associent les catholiques les plus marquants de notre époque, tant laïques qu'ecclésiastiques, et auquel les hétérodoxes mêmes prennent part, le Saiiit-Père y voit une raison de bénir la Providence, qui a préparé peutêtre dans cette manifestation pacifique et dévouée le plus fort soutien que dans les conjonctures présentes possède la juste cause de l'Église.

Je ne veux pas terminer cette dépêche sans vous pro-

poser une dernière considération touchant Vimpossibilité qu'on dit exister de faire retourner les Romagnes sous l'autorité légitime du Saint-Père, sans intervention étrangère, ou de les y maintenir sans nouvelles occupations : choses qu'on assure êlre impossibles, insurmontables. Mais, s*il est vrai, et il est impossible d'en douter, que la révolte des quatre Légations s'est faite et se maintient par le moyen d'un parti qui doit sa puissance aux secour^* qu'il a reçus du dehors et à de plus grands qu'il espère recevoir également du dehors, je ne vois pas quel inconvénient il y aurait à ce qu'une rébellion consommée avec l'aide inique de l'étranger fût réprimée et éteinte par de légitimes secours venus de l'étranger. Encore peut-on dire que des secours prêtés par des nations catholiques à leur père commun et dans un intérêt qui importe à tout l'univers chrétien sont des secours venus de l'étranger?

Du reste, si l'on éloignait des Romagnes tout ce qui s'y trouve d'étranger, hommes, argent, influence, aides de toute sorte, il y aurait lieu d'espérer que le gouvernement du Saint-Père parviendrait, avec les ressources qu'il possède, à contenir dans l'ordre le peu d'éléments révolulionnaires qui y sont, malgré l'accroissement qu'ils ont reçu par suite des désordres graves qui s'y prolongent si longtemps.

Ce que j'ai exposé jusqu'ici me semble plus que suf-

fire pour éclaîràr les doutes auxquels pouTaient donner lieu la dépêche et la leftre circulaire qui m'occupent ici. Par rapport à la dernière dépêche, j'ajouterai seulement que, si, malgré l'assurance donnée de meltreà exécution, dès que les Romagnes reviendraient à la soumission, les réformes arrêtées, on proposait au Saint-Siège, en respectant toujours les principes de la religion, delà justice et de l'ordre, de nouvelles propositions admissibles et ayant pour but de faire cesser le Iriste état actuel des choses en ces provinces, il n'y a nul doute que le Saint- Père, qui plus que tout aulre désire de voir la fin de la révolte dans une partie de ses Etats, source continuelle de tant de maux pour l'Eglise et le Saint-Siège, se prêterait de bon gré à s'en occuper et à les accueillir. Mab quelles pourraient être ces propositions?

Pour le reste, si d^une part le Saint-Père est disposé à admettre de nouvelles négociations sur les bases indiquées, d'autre part il est fermement décidé (comme il Ta déjà manifesté publiquement et entend le manifester maintenant de nouveau) à soutenir avec l'aide de Dieu, dont il est le vicaire sur la terie, les droits du patrimoine de rÊglise catholique, quelles que soient les attaques de ses adversaires et quelles que soient les oppositions qu'on voudrait malheureusement lui faire dans les tristes conjonctures présentes.

Je vous autorise à donner lecture de la présente dé-

pèche à Son Excellence le minîglre des affaires étrangères de France et à lui en laisser copie en cas qu'il le désire.

Je suis, avec les senliments de la considération la plus dislinguée,

l)e Votre Seigneurie illustrissime et réTcrendissime, Signé : G. Cahd. AErronELU.

FIN DE L APFEflDICE.

Page 1