‹ Les Romagnes: note historiqueChapitre 8 sur 14 · I. Au nord · texte numérisé non relu

I. Au nord

1® L'Autriche en Vénétie jusqu'à l'Adige ;

2* La république cisalpine, depuis l'Adige jusqu'au Piémont, comprenant la Lombardie, l'ancien duché de Modène et les trois Léga-

tions^ appelées aussi Romagnes (Bologne, Ferrare^ Ravenne);

3' La France, maîtresse de l'ancien duché de Parme et du Piémont, y compris la Savoie et le comté de Nice^

IL Au centre :

1" L'ancien grand-duché de Toscane, érigé en royaume d'Étrurie pour le prince Louis de Parme ; '

2** Les États de TÉglise conservant les anciennes possessions du Saint-Siège, moins les , trois Légations de Bologne, Ferrare et Ravenne.

IlL Au sud :

Le royaume des Deux-Siciles.

M. Thiers, en étudiant ces diverses muta-

y Le roi de Piémont était réfugié dans l'ile de Sardaigne.

iS LES ROMAGNES.

lions de territoires, exprime le regret que la France ait gardé pour elle le Piémont et constitué pour un prince espagnol le royaume d'Étrurie. La France se contentant de la Savoie et du comté de Nice, frontière naturelle qui est indispensable à sa sécurité; la république cisalpine annexant à ses possessions (Lombardie, Modène et Romagnes), le duché de Parme et la Toscane, tel eût été, suivant l'illustre historien, le plan le plus logique et le meilleur.

« Les Français, protégeant l'Italie sans la posséder, se l'attachaient pour toujours, et ne s'y préparaient pas ces brusques revirements d'affection dont elle a donné tant d'exemples, depuis que, ballottée entre les Français et les Allemands, elle n'a jamais fait que changer de maîtres. Il aurait fallu dans ce plan ne pas donner l'Etrurie à un prince espagnol. Réu-

nissanl alors la Lombardie, le Piémont, les duchés de Parme et de Modène, le Manlouan, les Légations, la Toscane, on constituait un État superbe, s'étendant depuis les Alpes maritimes jusqu'à l'Âdige, depuis la Suisse jusqu'à l'Etal romain. L'alliance devait être intime entre cet Étal et la France, car il ne pouvait vivre que par elle^ et la France, de son côté, devait avoir à son existence un intérêt immense et invariable *• »

Remarquons que l'État italien rêvé par M. Thiers e$t précisément celui dont la formation va devenir une réalité.

Voyons comment Thistorien du Consulat et de V Empire apprécie les tentatives qui, au commencement du siècle, comme aujourd'hui, furent faites dans le but de rendre la Toscane

Thiers, Hisi, du Consulat etdeVEmpire, t. III, p. 38i.

Ht LES ROMÂGNES.

au grand-duc et les Légations au Saint-Siégc. Voici les paroles de M. Thiers :

c< Morceler les belles provinces qu'on posséa dait actuellement pour construire une petite c( monarchie de plus au proGt d'un prince aua tiîchien (le grand-duc), c'était donner Tllalie « à rAutriche, car ce prince, quoi qu'on fît, « serait toujours Autrichien, elles peuples euxa mêmes . dont on aurait indignement trahi les ce espérances, concevant pour la France une a haine méritée, reviendraient aux Allemands c< par ressentiment et par désespoir. Le général <c Bonaparte, qui avait acquis sa première et « peut-être sa plus belle gloire^ en délivrant ce l'Italie des mains de l'Autriche, ne pouvait « commettre une pareille faute \ »

Il n'est peut-être pas sans intérêt de rappeler ici les tentatives qui furent faites par la cour

* Tliicrs, Consulat et Empire, 1. 111, p. 582.

de Rome iwur rentrer en possession des Légations. Une première démarche eut lieu à l'occasion du Concordat; elle fut renouvelée lors du voyage de Pie VII en France pour le sacre de Napoléon .

Les conseillers de Pie VII essayèrent un instant de poser la restitution des Romagnes comme une condition de la signature du Concordat. Mais le saint Pontife, préoccupé des intérêts de la foi plus que de ses intérêts temporels \ ne voulut pas, pour la possession d'une province, différer l'heure tant désirée de la réconciliation de la France et de l'Eglise. D'ailleurs, le cardinail-légat à latere, Caprara, envoyé par Pie VII en France, écrivait au Saint- Père, en parlant du premier Consul : « N'irric< tons pas cet homme! Lui seul nous soutient

* Thiers, Consulat et Empire, t. Ilf, p. 244.

<c dans ce pays, où tout le monde est contre « nous. Si son zèle se refroidissait un instant, « ou S], par malheur, il venait à mourir, il n'y « aurait plus de religion en France ^ »

ce Les patriotes italiens , dit M. Thiers ,

« voyaient avec désespoir relever chez eux le

« gouvernement des prêtres. 11 était donc im-

« possible au .premier Consul de pousser la

« complaisance jusqu'à rendre au Saint-Siège

« les Légations, qui ne pouvaient supporter le

« gouvernement clérical. Mais la cour de Rome,

« se trouvant à la gêne depuis qu'elle avait été

« privée du revenu de Bologne, de Ferrare et

c( de la Romagne, raisonnait autrement. Du

« reste, le Pape qui, au milieu des pompes du c( Vatican, vivait en anachorète, songeait moins

a à cet intérêt terrestre que le cardinal Con-

Thiers, Consulat et EmpirCy t. III, p. 438.

LES ROHAGNES. 23

ce salvi, et le cardinal Gonsahi moins que « M^" Spina*. »

Le Concordat fut donc signé, sans que les Romagnes eussent été restituées au Saint-Si^e. Et cependant les rapports entre la France et la cour de Ronle devinrent chaque jour plus affectueux. Le Concordat était à peine conclu que Pie VU envoya en France un prince Doria pour porter la barrette aux nouveaux cardinaux français, et l'Église française, revêtue d'une large part de la pourpre romaine, fut une des plus favorisées et des plus éclatantes de la chrétienté.

Le Saint-Siège fit une dernière tentative pour recouvrer les Légations. On rédigea un mémoire que Pie VU, quelque temps après le sacre de Napoléon, remit lui-même à FEmpereur, avant de quitter Paris. Dans ce mémoire, les conseil-

* Thiers, Consulat et Empire, t. ni> p. 232.

lers de Sa Sainteté demandaient la révocalio» des quatre propositions de Bossuet, et insistaient sur la perte du comtal Yenaissin et sur celle des Légations.

L'Empereur refusa de démembrer, par la restitution des Romagnes au Saînt-Siége, la république cisalpine, dont il était le président depuis 1802. a II fit donc la réponse simple^ « et facile qui sortait de la situation même : il « ne pouvait trahir un Etat qui Tavait choisi' « pour chef*. » C'est ainsi que M. Tbiers, plus énergique et plus explicite encore que dans les

passages précédemment cités, apprécie la conduite de l'Empereur : « Rendre les Légations au Pape était chose impossible, à moins de trahir odieusement celle république ilalienue, dont il était le fondateur et dont il allait deve-

Thicrs, Consulat et EmpirCj t. V, y. 516.

niT le monarque \ » Napoléon I", en 1805, était absolument dans la même situation vis-àvis des Romagnes que Sa Majesté le roi de Sardaigneen 1860.

La décision de l'Empereur n'empêcha pas le Pape de lui témoigner la plus vive amitié.

Partis de Paris presque en même temps, ils se rencontrèrent à Turin (mai 1805) et échangèrent alors les paroles les plus affectueuses. A la fin du môme mois, le cardinal Caprara, archevêque de Milan, bénissait la Couronne de fer, selon les anciennes formes en usage pour le couronnement des rois d'Italie, et Napoléon la posait lui-même sur sa tête en disant : « Dieu me l'a donnée ; gare à qui la touche 1 »

* Thiers, Consulat et Empire, t. V, p. 513.

BOTAUHE d'iTaLIE, 26 MAI 1805.

Les Romagnes, jusqu'à la fin de TEmpire, furent partie intégrante du royaume d'Italie substitué à la république cisalpine, et le nouveau royaume, avec son armée nationale, son administration indépendante et exclusiyemenl italienne, avec le Code Napoléon et les principes de 1789, marcha à pas de géant dans la route du prc^rès matériel et moral. « L'Empereur, « en créant ce royaume, obéissait à une pensée « plus haute qu'une ambition dynastique. Il (( concentrait sous sa main puissante les aggloc< mérations éparses pour en faire sortir une «nationalité forte et virile; il songeait moins

(( à fonder un nouveau royaume qu'à régénérer « un peuple ^ *

Le royaume dllalie accueillit avec enthousiasme les bienfaits de son fondateur : «Les

anciennes franchises avaient disparu, mais

> on ne s'en était pas plaint, parce qu'elles avaient

été remplacées par cette iôrte administration qui a partout laissé des traces ineffaçables de son passage, parce que les masses avaient été initiées aux tendances de l'esprit moderne et mêlées à de grands événements, parce qu'enfin le gouvernement du vice-roi avait fait appel à tous les talents et favorisé puissamment le développement individuel. Le pays avait répondu à ces bienfaits en donnant à l'Empereur des hommes d'État, des administrateurs, des généraux et des soldats, fournissant ainsi la preuve qu'il était digne, sous tous les rap-

* Brochure Uempereur Napoléon 111 et VltaUey p. 46.

2S LES ROMâGNES.

ports, de jouir d'un gouvernement rationnel.

Une génération entière avait été élevée sous ce régime et dans les idées nouvelles^. »

D'ailleurs la formation du royaume d'Italie n'avait rien de factice. M. le marquis Pepoli, parfaitement d'accord avec M. Thiers, fait remarquer, dans son Mémorandum du 3 octobre dernier, que la vallée du Pô est destinée à ne composer qu'un seul Etat, que les Romagnes appartiennent, par leur position géographique» à la haute Italie; que, du versant des Apennins jusqu'à Suse, au pied des Alpes, on retrouve partout une même race d'hommes ayant le même caractère, les mêmes habitudes, enhn qu'il y a là, sans aucun doute, les éléments d'une union compacte et naturelle.

Le rovaume d'Italie, accru de la Yénétie de-

*■ Mémorandum du gouveruemeot de^s Romagues, signé Cipriani et Pepoli (Bologne, 3 octobre 1859).

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puis le trailé de Presbourg (26 décembre 1805), jouit des bénéfices d'un régime national jusqu'à la chute de l'Empire, et c'est durant cette période que furent déposés sur le sol des Roniagnes les germes d'une politique vraiment, italienne et libérale. L'année 1814 mit un terme à cette ère de renaissance et de prospérité.

L'Autriche conquit sur le royaume d'Italie les Légations de Bologne, de Ferrare et de Ra* venne, qu'elle occupa d'abord en souveraine, puis comme alliée du Pape. A l'égalilé devant la loi allait succéder la domination de caste, au Code Napoléon le droit canonique, à la lumière le chaos, à l'armée nationale les laïonneltes étrangères.

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