CHAPITRE IL
Pie VII, après quatre ans d'absence, était rentré à Rome le 25 mai 1814. Joachim Murât occupait les deux légations d'Ancône et d'Urbin, et il prétendait les garder, en vertu d'un traité secret signé à Naples avec TAu- Iriche. Par ce traité (11 janvier 1814), l'empereur François, désirant engager Murât dans la coalition, lui avait promis de lui assurer
une acquisition calculée sur le pied de quatre cent mille âmes^ à prendre sur l'Etat romain, et de prêter les bons olfices du cabinet de Vienne pour faire admettre et sanctionner cette concession par le Saint-Père.
De son côté, l'Autriche avait conquis sur le royaume d'Italie les territoires de Fer rare, de Bologne et de Ravenne, qu'elle manifestait hautement Tintention de ne point abandonner. *
Enfin, par le traité de Paris du 50 mai 1814, les cours alliées assuraient à la France la possession de la ville d'Avignon et de tout le comlat Yenaissin.
Le cardinal Gonsalvi, au mois d'août de la même année, adressait aux cours de Paris, de Londres et de Vienne, une note dans laquelle il sollicitait la réintégration du Saint-
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Siège dans toutes ses possessions ^ c< non,
a disait-il, par des motifs temporel, mais « pour le maintien des serments prêtés par le
a Souverain Pontife lors de son exaltation, « serments d'après lesquels il ne pouvait rien « aliéner des domaines de TÉglise dont il « n'était qu'usufruitier. »
Le même argument est reproduit dans Tencyclique du 19 janvier dernier, où Sa Sainteté Pie IX déclare «qu'il ne peut abdiquer des c^ provinces qui relèvent de sa domination « pontificale sans violer les serments qui le « lient. »
Moins favorisée que Louis XVIII, qui garda le comtat Venaissin, l'Autriche, malgré tous ses efforts^ ne put conserver tout le territoire des Légations, qui, du reste, ne furent rendues au Pape qu'après de grandes difficultés. La Prusse proposa d'y transférer le roi de
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Saxe. On agila aussi la question de les constituer en un État indépendaut. Enfin, le cabinet de Vienne les réclamait de la manière la plus énergique. L'opinion la plus générale dans le Congrès, à Fégard de ces provinces, était que, par droit de conquête, elles étaient tombées à la disposition des alliés. Un écrivain qui, à coup sûr, ne peut point passer pour un révolutionnaire, M. Flassan, dans son Histoire du Congrès de Vienne, fait remarquer que « le principe derindivisibilitédulerriloire, « rejeté à l'égard de la France, n'était pas « plus admis pour les domaines du Saint-Père, (I par la raison que tout ce qui est susceptible « d'accroissement temporel peul, dans certains «cas, être susceptible de décroissement". »
HM. Gipriani et Pepoli expriment la même
' Flassan, Hisi. duCongrès de Vienne, t. Il, p. 120.
pensée dans leur Mémorandum du 3 oclobre dernier :
ce Aucune borne absolue n'a été assignée en <c aucun temps à l'État de l'Église. La papauté Ci a perdu et gagné des territoires comme toute « autre souveraineté, et non-seulement ses ce limites ont constamment varié, miais les a prétentions temporelles des papes ont é\é « examinées et jugées dans les conseils des a princes et dans les congrès diplomatiques, a comme celles de tout autre souverain, et en « vertu des mêmes principes. »