CHAPITRE m
Caractères physiques et aiorMi:
Du moment où j*ai adopté pour plan de cet ouvrage l'étude de la civilisation roumaine, on comprendra qu'il n'entre pas dans ma pensée de m'appesantir longtemps sur ce qu'on peut appeler les caractères somatologiques des peuples moldo*valaques. Ce à quoi je m'intéresse, ce à quoi je désire inté* resser le lecteur, ce n'est pas au Roumain considéré comme une variété de l'espèce animale appelée a homme »; c'est au Roumain doué de facultés et d'aptitudes morales qui lui sont particulières et essentielles ; c'est au Roumain qui, par sa persévérance à culti* ver une grande et noble idée patriotique, est parvenu, après de long siècles d'opprobres, de souffrances et de servitude, à conquérir une place désormais assurée dans l'arène du progrès moderne.
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Si Foo voulait étiidB'^ Fanlbropolope de la Roomame^ en faisast altstractîon omiplète de son histoire^ on ]dutôt si Ton essayait de définir les caractères pbysiqnes des lloldo- Yalaqnes sans se laisser diriger par les bits historiques consignés dans leurs annales, on aboutirait, — il ne but pas se dissimuler, — aux conclusions les plus étranges, les plus discordantes, et évidemment les plus inadmissibles. Procéder de la sorte, serait agir peutêtre avec une touchante loyauté, mais à coup sûr avec une incroyable insouciance de ]a logique et du bon sens. La seule manière avantageuse de procéder, la seule manière qui ait été adoptée par les esprits ingénieux, a été d'une simplicité élémentaire. On a examiné les diverses opinions en présence ; on a adopté celle qui fournissait le roman ethnographique le plus intéressant ou le plus vraisemblable ; et, partant de là, on a demandé à la crâniométrie les arguments qu'elle
pouvait fournir à telle ou telle théorie préconçue et imaginaire. Ce n'est pas là précisément ce qu'on appelle la méthode scientifique; mais c'est une méthode qui n'est pas sans rapport avec celle des alchimistes, et les alchimistes, — nul ne le conteste plus aujourd'hui, — ont été des hommes utiles à la science.
Les données de l'histoire, sur le sol roumain, sont d'une exceptionnelle complaisance : elles fournissent des arguments pour une foule de systèmes contradictoires. Ce qu'elles nous apprennent de plus clair, lorsqu'il s'agit des temps reculés et même des périodes relativement modernes, c'est que dans les régions riveraines du Danube et de la mer Noire, les races les plus diverses ont vécu côte à côte, se sont mêlées ou superposées, et ont produit les plus nombreux métissages. Les Roumains auraient grand tort de se trouver offensés quand on soutient qu'ils ne sont point une race pure; il n^ a plus de races pures depuis longtemps, ou du moins il ne s'en rencontre plus dans les pays civilisées. Qui dit « race pure », dit une race inculte, sauvage, demeurée tout au plus au niveaudesPapous/desBétchouanasou des Esquimaux. Le peuple roumain possède une itoii*
nante vigueur juvénile, malgréles désastresde sou passé, en dépit des dangers qui ont menacé ou menacent encore son indépendance et son autonomie; et cette vigueur juvénile, garantie de sa durée et de son avenir, il la doit certainement à l'infusion du sang étranger qui, d'âge en âge, s'est introduit dans ses veines. Les unions consanguines trop souvent renouvelées affaiblissent les familles; les métissages sont presque toujours àl'avantage du peuple qui, grâce à un idéal qu'il s'est créé, s'est assuré des garanties contre tout péril d^absorption hétérogène.
Un type très connu, ou du moins sur lequel on s'est fait des idées conventionnelles bien arrêtées, le type Tatare, qui évidemment s*est infiltré dans une forte proportion au sein des populations danubiennes, a été altéré, sur la région des Carpathes etduBalkan, au point de devenir parfois méconnaissable.
Le beau type romain de la colonne Trajane, qu'on trouve à chaque pas dans les campagnes et particulièrement dans les régions des montagnes éloignées des grands centres, est de toute rarçté à Bucarest et dans les villes principales de la Roumanie.
« L'anthropologie, dit M. Obédénare, trouve une similitude entre les caractères
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des Valaques et ceux des Celtes de la haute Italie, du Laoguedoc et du Limouain. » Cette observation repose sur une certaine somme de vérité, mais surtout, je crois, lorsqu'il s'agit de la population rurale de la Roumanie du nord-ouest que j'ai particulièreinent observée, ou bien de celle de la Transylvanie, si je
Fie. G. — Psysao RoaiDaiu de Jidava.
m'en rapporte aux renseignements que j'ai recueillis. Dans les grandes villes, à Bucarest, par exemple, on chercherait en vain un type prédominant : la variété, au point de vue de la forme du crâne et des particularités de la face, est irréductible à toute apprécia-
lion générale. Il en est de même à Pitesci, à Galatz, à lasi, à Piatra, à Roman, etc., etc. A Giurgiu, j'ai été frappé par la vue de quelques hommes à type Celte très prononcé ; mais, après information, j'ai appris que ces Bretons du Danube étaient des Bulgares et non des Roumains. A Tchernavoda, j'ai vu des hommes de peine qui affirmaient ne compter que des Yalaques parmi leurs aïeux et qui offraient une ressemblance étonnante avec certains Tatars que j'avais examinés peu de temps auparavant à Babadagh et à Médjidieh. On m'a expliqué que ces individus, en général, ne connaissaient rien de leur généalogie et qu'ils avaient certainement du sang mongol dans les veines. Mon attention a été appelée dans plusieurs localités, notamment à Constantza, sur quelques métis de Roumains et de Grecs. Chez ces métis, les traits helléniques, si frappants dans la Dobroudja, étaient absolument méconnaissables : ils avaient tous la tête allongée, un front peu développé, une dolicocéphalie occipitale des plus prononcées ; ils ressemblaient à l'un des prétendus types caractéristiques de la population Bulgare, reconnu par M. Kopernicki.
Le seul indice anthropologique que renferment les auteurs de l'antiquité classique
au sujet des Scythes> c'est que ces peuples avaient des yeux bleus et des cheveux orangés ; mais ces caractères sont ceux que les anciens attribuaient en général aux peuples du Nord, et leur mention vague ne permet guère de les mettre au service d'aucune théorie.
Les crânes, au nombre de cinq, découverts dans un tertre à Alexandropol, dans la Russie méridionale, et qu'on a cru pouvoir assigner à des Scythes, présentent entre eux les plus grandes différences. M. Baer, qui les a examinés avec soin, les répartit en deux groupes: l'un, comprenant trois brachycéphales ; l'autre, deux dolicocéphales. Les premiers seraient des Scythes-Tatars, ressemblant beaucoup aux Bachkirs ; les seconds, des Celto-Scythes du nord de la Scythie. Il est évident que ces données sont des plus incertaines, et, comme le dit fort bien M. Tocilescu % ne fournissent que des hypothèses
1. L'éminent secrétaire-f^énéral de la Société d*Antiiropologie de Paris, M. le D' Paul Topinard. qae je me sois fait un devoir de consalter au sujet des résultats qui avaient pu être obtenus dans le domaine de la somatologie roumaine, m'écrit à ce sujet : « Quant à la crâniologie, de ce côté, je ne prendrais aucune responsabilité. Pour en dire deux mot^, il me faudrait un mois de tra- Tail. » On sait que M. le D' Topinard est un de ces rares anthropologistes qui ont compris combien étaient exagérées les tendances de la somatométrie, et qui a tu
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qu'il est bien difficile de prendre au sérieux. En résumé, Tanthropologie ne nous apporte que de très maigres ressources pour élucider le problème qui nous occupe; et, jusqu'à présent, ces ressources ont le défaut de pouvoir servir également aux théories les plus diverses et parfois même les plus contradictoires. Nous ne nous y arrêterons pas davantage.
On n*est pas héritier d'un grand nom, sans avoir à supporter les conséquences d'un passé glorieux. Un peuple, auquel est échu le nom de la Rome antique, ne saurait conserver de droit au soleil qu^à la condition de laisser, sur son passage, une trace lumineuse dans le domaine des sciences et de la littérature. La jeune Roumanie, aussitôt qu'elle eut recouvré son indépendance, a compris qu'il lui était au moins aussi nécessaire de posséder des savants éminents, des écrivains dis-
se mettre à l'abri de cette épouvantable épidémie de la mensuration qui, depuis quelques années, foit de si funestes ravages dans une certaine classe distinguée du monde savent.
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ting^és^ des artistes remarquables, que de réunir, au besoin, sur les champs de bataille, d'habiles stratégiciens et de braves soldats. En quelques années, elle a accompli des progrès signalés dans Tordre intellectuel. D lui reste cependant beaucoup à faire pour s'élever au niveau qu'elle a la noble ambition d'atteindre et de dépasser.
La langue Roumaine, par exemple, malgré de louables efforts, n'est pas encore définitivement fixée, et son orthographe demeure vague et incertaine. L'alphabet latin, qu'employaient jadis les populations valaques, Q*a été substitué qu'à notre époque à Talphabet slave, pendant de longs siècles en usage dans le pays. La substitution des caractères cyrilliens aux lettres latines, vers le milieu du XV* siècle, fut une œuvre de protestation religieuse, plus passionnée que rationnelle, contre la cour de Rome. Elle eut pour effet de faire disparaître à peu près tous les anciens manuscrits qui furent impitoyablement livrés aux flammes. On n'écrivit plus qu'en slavon, et les offices religieux furent récités dans celte langue que le peuple et les prêtres euxmêmes ne comprenaient pas.
Non seulement l'alphabet Cyrillien était impropre à la notation de la langue roumaine
dont il défigurait le phonétisme , mais il apportait avec lui tout un bagage de mots barbares de nature à Taltérer et à l'abâtardir. Il avait, en outre, pour conséquence, défaire peser sur l'idée nationale tout le poids d'une suprématie religieuse étrangère. Aussi, dès que la jeune Roumanie eut repris possession d'elle-même, elle se préoccupa non seulement de revenir à l'emploi de l'écriture latine qui, de nos jours, est seule pratiquée dans le pays, mais encore de purger sa langue de tous les mots bâtards introduits dans des temps de décadence morale et d^asservissement.
Au point de vue de la philologie, le Roumain est encore loin d^avoir été étudié d'une manière satisfaisante. Négligé à peu près complètement par les linguistes les plus connus qui ont traité des idiomes de la famille indo-européenne, Bopp ne la point admis parmi les langues dont il s'est occupé dans sa célèbre Grammaire comparée.
Malgré quelques théories fantaisistes, imaginées avec la préoccupation d'une idée politique, et suivant lesquelles la langue roumaine serait slave dans une forte proportion, il est incontestable que cette langue appartient essentiellement au groupe néo-latin, et que le génie du peuple qui la parle le porte
sans cesse à se rapprocher de ce gronpe et à s'éloigner du rameau esclavon. D'après une statistique qui date déjà de près de trente ans, il y aurait, en roumain, 6/10 de mots dérivés du latin ou des langues autochtones de ritalie ; 2/10 de mots slaves, et 2/10 de mots grecs, hongrois ou turcs. Si Ton recommençait, de nos jours, une telle statistique, elle établirait certainement que l'élément romain est de près de 8/10 dans la langue valaque actuelle.
Il serait fort intéressant de se livrer à une étude approfondie sur les mots rou* mains étrangers à la source latine. De eupieuses recherches ont déjà été entreprises à cet égard, mais elles manquent de la précision qu'on est en droit d'exiger aujourd'hui pour de pareilles matières ^ Le poète roumain Basile Alecsandri a communiqué à Ubicini une liste de plus de deux cents mots rabelaisiens qui sont oubliés en français et persistent dans la langue roumaine. H. Poissonnier, auteur d'une notice sur les Tziganes de Yalachie, aurait trouvé de grandes affi-
1. Uu travail considérable, destiné à remplir la lacune que je signale ici. Tient d*être entrepris à Bucarest, par M. B. Petriceicu-Hasdeu. La première livraison a paru, cette année, sous le titre de Dictionarul limbei istonce si poporane a Romdnilor.
nilés entre le moldo-valaque et le patois du Limousin ; enfin M. Castaingacru découvrir des preuves que, dans Tancien Dace, il y avait des mots directement empruntés à la branche celtique des langues indo-européennes.
L'ancien idiome Dace nous est à peu près complètement inconnu, et tout ce qu'on en a conservé se réduit à quelques noms propres et à une trentaine de mots cités dans les écrits des vieux lexicographes, tels que Suidas et Hésychius. La seule donnée qui parait acceptée, c'est que cet idiome était un dialecte thracique, Strabon ayant dit que les Gètes et les Thraces parlaient une seule et même langue.
Au point de vue grammatical, le Roumain apporte un nouvel argument contre la théorie linguistique qui veut que le système grammatical soit ce qui change le moins dans les langues. Ce système est profondément différent dans les divers idiomes dits indo-européens. Ces idiomes ayant été les premiers étudiés d'une façon scientifique, il est assez singulier qu'une telle théorie ait pu rester aussi longtemps en faveur.
En voici un exemple : tandis que le latin ne fait pas usage d'articles, le grec en emploie
trois pour les différents genres et les place devant le substantif; le roumain, au contraire, place ses articles en postfixes, après le substantif. Ex. om « homme » ; om-ul « Thomme » ; — soâre « soleil »; soâre-le « le soleil >».
La physiologie du verbe auxiliaire « être », dont les singulières irrégularités dans tous les idiomes ariens ont trouvé leur explication par le sanscrit, est particulièrement intéressante en roumain. Dans cette dernière langue, comme dans toutes les autres langues de la même famille, ce verbe serait défectueux si quelques-uns de ses temps n'avaient été empruntés à un autre verbe auxiliaire également incomplet. L'infinitif a fi appartient au même thème qui a donné à l'anglais to be, au russe buit^ au persan bûden (sanscrit :
bhû) , tandis qu'il provient de Tauxiliaire en s dans le latin esse^ l'italien essere^ l'espagnol et le portugais ser et estar^ le français être (estre), l'allemand sein^ le grec eîvai. — La première personne du présent, sint «je suis >», en roumain, renferme^les consonnes de la troisième personne pluriel du latin surU^ comme la seconde personne esti « tu es », en roumain, les]consonnes de la troisième personne du latin est. Tandis que la caractéristique de la première personne est m, en anglais {l€nn)y
en lithuanien {esmi), en russe [eseme), en gothique {i-m), en ancien slave {iesmi), en polonais [j^stem)^ en latin (swm), en grec (ei[ji.(,) en persan (em), en arménien [em), en sanscrit [asmi)^ — et la caractéristique de la seconde personne 5, en français {tu es)^ en ancien slave [iesî)^ en russe (esi), en latin {es)^ en arménien {es)y en sanscrit {asi)^ les deux consonnes st du roumain se retrouvent dans l'allemand {du bist). Le roumain a d'ailleurs pour la troisième personne également la caractéristique t (sanscrit : /«), et sa forme este répond au français [il est), à l'allemand [er ist), à l'ancien slave [iesti), au russe (este)^ au latin {est\ au grec (è<TT{), au sanscrit [asti), au zend (asti). — L'imparfait roumain eram, erai, era, eramUy eratiy eraUy concorde avec le latin eram^ erâs, etc. Il en est de même au parfait, fuiUy fuséssi, fu^ où reparaît la racine du second auxiliaire « être » (latin : fui^ ftiisti, fuit; français :je fus, tu fus, il fut).
Bien qu'on ait retrouvé, dans ces derniers, temps, quelques écrits moldo-valaques d'un âge respectable, on peut dire sans hésiter que la littérature roumaine est née d'hier. Quoique peu étendue jusqu'à présent, elle se distingue cependant par un certain nombre de productions d'un mérite incontestable. Les vieux
chants populaires, transmis religieusement de père en fils par les montagnards des Carpathes, qu'on a considérés ajuste titre comme les véritables bardes de la nouvelle Dacie, figurent, non sans valeur, au point de départ de cette littérature naissante. Un poète contemporain, Basile Alecsandri, y a puisé ses premières inspirations, et il est devenu luimême, par la suite. Tune des plus remarquables figures du Parnasse roumainmodeme.
Le théâtre, sur lequel on représente trop souvent des œuvres d'origine étrangère, commence à se former un agréable répertoire de productions purement roumaines ; et certaines pièces de ce répertoire ont obtenu, sur la scène de Bucarest et ailleurs, des applaudissements mérités.
Mais c'est surtout dans le domaine de Férudition, dans la recherche des origines et des antiquités roumaines, que s'est manifesté le mouvement le plus remarquable, à Bucarest et dans un petit nombre d'autres localités de la monarchie moldo-valaque. La Société Académique, qui est devenue YAcademiaRomâna^ s'est signalée par une activité digne des plus grands éloges; et elle a publié, en quelques années, une somme de travaux de valeur qui lui assurent déjà une place distinguée parmi
toutes les académies du monde. Plusieurs de ses membres ont acquis en même temps une véritable notoriété scientifique en Europe. L'Académie Roumaine mérite, sans conteste, toutes les sympathies et tous les encouragements du peuple et du gouvernement roumains.
Les sciences et les beaux-arts, sans avoir fait, en Roumanie, des progrès comparables à ceux de Térudition proprement dite, ont obtenu déjà des résultats dont il est juste de tenir compte au jeune royaume. Le service des observations météorologiques, par exemple, est organisé d'une façon satisfaisante, et l'observatoire de Braïla publie périodiquement des documents dont on peut faire usage avec confiance. Quelques bons travaux de botanique ont paru dans ces derniers temps, et l'enseignement de la médecine, longtemps négligé dans le pays, a été depuis peu l'objet de sérieuses améliorations.
Les monuments de l'art architectural, de la sculpture et de la statuaire, assez rares en Roumanie, sont pour la plupart d'un assez médiocre mérite. Il faut cependant faire exception pour la basilique de Curtea-de-Argès, où la richesse décorative s'allie merveilleusement à l'excellente économie et au bon goût
qui ont présidé à sa construction. Cette basilique, dont on doit l'origine à Neagoe Bassaraba, a été construite, dit-on, en 1517, sur les ruines de Tun des deux évèchés qui existaient à l'époque où saint Nicolas était évèqne de la Dacie (396). On rapporte qu'elle fut édifiée par les soins d'un artiste espagnol.
Manuel Gomez, surnommé maître Manole.
Cet artiste éminent, après avoir assassiné Tabbé Urbain, inquisiteur des Asturies, qui avait outragé sa fiancée, s'était enfui à Constantinople où il avait bâti Sainte-Sophie, et s'était ensuite retiré à Bucarest ^ Appelé par Neagoe, il se rendit avec dix de ses élèves, Roumains d'origine, sur le lieu choisi par ce prince et se mit à l'œuvre. Une bande de brigands hongrois minèrent l'édifice, qui dut être réédifié quatre fois consécutivement en deux années. D'après la légende, msdtre Manole, découragé de son insuccès et craignant un châtiment du prince qui lui avait témoigné son mécontentement, fit un vœu qui l'obligea d'enterrer vivante son épouse dévouée, la belle Éléonore , dans une des murailles de l'église*.
1. Dé m. Butcalescu, M, de Rosny et ses Eludes ethnographiques en Roumanie. Première excursion, p. 14.