‹ Les Romains d'Orient: aperçu de l'ethnographie de la RoumanieChapitre 5 sur 16 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Origines et évolutions ethniques

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L'esprit populaire, l'esprit scientifique et positiviste lui-même, se complaît dans Fétude des questions d'origine et s'y laisse entraîner souvent sans réfléchir combien le terrain sur lequel il s'engage est, par sa nature, mouvant et périlleux. L'ethnogénie d'un peuple repose parfois sur quelques données vraies, mais ces données vraies sont excessivement rares, plus rares de beaucoup qu'on ne consent d'ordinaire à le reconnaître ; et, en somme, Térudition lancée sur cette voie, ne faire guère autre chose que de composer des romans plus ou moins vraisemblables, mais en majeure partie bien certainement fantaisistes et imaginaires.

Ces romans ont néanmoins une utilité dont on ne tient pas toujours suffisamment compte. Ils deviennent Tévangile patriotique des na-

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lions ; et c'est par la connaissance de cet évangile que Tethnographie et l'histoire peuvent le le mieux juge^ de leur évolution, de leur développement continu et de leurs destinées probables. Les nations grandissent et prospèrent sous l'influence de ces romans ; et c'est pour défendre l'idée qui les anime et Tapothéose de cette idée, qu'eUes combattent, se sacrifient, et même meurent et disparaissent. Les peuples qui se disent les plus pratiques n'échappent pas plus que les autres à cette loi, parce que cette loi est une loi du cœur humain : Tidéal est nécessaire aux nations, et il n'est pas jusqu'à la pratique Angleterre qui n*ait éprouvé la nécessité impérieuse d'idéaliser le commerce et d'ouvrir à la poésie un compte courant sur le grand livre de ses merchants.

L'incertitude des données ethnogéniques n'est donc pas un motif pour que ces données ne soient pas recueillies avec soin et critiquées. De leur ensemble, des discussions qu'elles provoquent, naît une doctrine qui, quelle qu'en soit au fond la légitimité, n'en pèse pas moins d'un grand poids sur le sort d'une nation. Voltaire, qui soutenait que l'histoire ne méritait guère plus de confiance que les cancans de son quartier, ne cultivait

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pas moins pour cela l'histoire dont il aimait à recueillir les traditions plus ou moins réelles, plus ou moins légendaires. Tout en avouant la fragilité des indices ethnogéniques, il n'est pas malséant de s'attacher à les rechercher et à les approfondir, L'ethnogénie devient une grande et belle science, en tant qu'elle prête son concours à Tétude psychologique de l'humanité. Ce mérite, il est difficîîg de ne point le lui reconnaître.

Les théories les plus diverses ont été énoncées au sujet de la nationalité roumaine. On aurait tort de s'en étonner. La nationalité roumaine est une création contemporaine, et ridée d'une nation roumaine ne remonte guère au delà de notre siècle. Ce qui est beaucoup plus ancien, — mais ce qui rt'est évidemment pas la même chose, — c'est l'existence d'une population parlant 'une langue néo-latine, au milieu d'un ensemble de populations appartenant aux souches ethniques les plus diverses*. L'ethnogénie

1. On enseigne, dans les écoles roumaines, que les Daces, en se mêlant avec les Roumains, commencèrent à parler une langue latine, et qu'ils changèrent peu à peu les formes de cette langue, de façon à créer une langue nouvelle et un peuple nouveau qui fut le peuple rouoiain (DaciY amestecându-se eu Romanil, au inceput a vorbi limba latineascâ, schimbànd eu incetul formele vorbirei, ast>fel c& àû dat nascere uneï noue limbi si

des Romains d'Orient repose donc au plus haut degré sur une question de linguistique. J^ai montré ailleurs combien la linguistique pouvait causer de méprises au point de vue de Torigine et de la filiation des peuples ; mais du moment où l'on étudie un groupe humain, eu égard au mouvement intellectuel qui le caractérise et à la pensée prédominante qui le fait vivre et agir, ce qu'il importe de constater, c'est ce qu'il croit être et ce qu'il veut être. Les faits recueillis par rérudition et appréciés tant hien que mal par ce qu'on 'appelle « la critique », ne modifient que faiblement l'expression de cette croyance, parce que cette croyance représente une volonté.

Quels étaient les plus anciens habitants de la région située au nord de l'Ister ou du Danube ? C'est là une de ces questions sur lesquelles on pourra discuter longtemps encore, mais qu'on n'arrivera jamais à résoudre d'une façon positive. On trouve bien, dans les auteurs de l'antiquité, des noms de peuples, mais ces noms nous apprennent peu de chose sur leur caractère ethnique et sur les liens

nnui noû popor, cel Romànesc. — Xenopol, htoria Românilor ventru clasele primare ambele-sexe, 5« édil. , Bacarest, 1883, p. 12.

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de parent^ qu'ils pouvaient avoir les uns avec les autres ; et Ton doit savoir gré à Tethnographe qui a dit : « Il faut reconnaître qu'aujourd'hui, malgré tant de travaux entrepris pour^ Télucidation de ce problème, nous n'en savons pas beaucoup plus que n'en savait il y a 400 ans, l'écrivain byzantin Chalkokondylas, lorsqu'il écrivit son livre De rébus Turcicis * . »

Un savant roumain, M. G. Tocilescu, qui a réuni avec une louable patience et un remarquable esprit d'érudition tout ce qui peut contribuer à nous éclairer sur les origines et les antiquités roumaines*, s'est fait un devoir de résumer les doctrines de ses devanciers sur l'ethnogénie de son pays.

L'examen de tant de plaidoyers reconventionnels ne prouve qu'une chose; c'est la possibilité de donner, dans ce débat, une apparence de vérité aux systèmes les plus discordants.

Ce qui semble établi, c'est que, dans la haute antiquité, sur le territoire de l'ancienne Turquie d'Europe et de la Russie méridionale, la majeure partie, sinon la totalité de la

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