‹ Les romances du CidChapitre 108 sur 132 · LAVOISIER · texte numérisé non relu

LAVOISIER

19 floréal an 2 (printemps de 1794)-

Dans ces prisons qu'on craint et qu'on abhorre , Où nul espoir désormais n'est resté , Quel homme écrit, pense, calcule encore, Gomme en bonheur et comme en liberté ?

C'est Lavoisier, l'astre de la chimie, Dont il montra les secrets méconnus.

D'un esprit calme et d'une ame affermie , Avant sa mort il en cherche encor plus.

Au temps passé , tel le grand Archimède, Dans la cité que le vainqueur proscrit , Est tout entier à l'art qui le possède , Et ne voit pas le fer dont il périt.

De Lavoisier nul tort et nulle offense Ne l'ont jeté dans ce péril fatal.

Mais Lavoisier, coupable d'opulence , Comme Atticus , est fermier-général.

Ces financiers , dit l'envie inquiète, Sont de l'état débiteurs et fléaux.

Hélas ! l'aveu qu'envers eux est la dette Viendra trop tard consoler leurs tombeaux ' .

On les condamne, à leur seule présence. Mais Lavoisier demande quelques jours ; Faible délai pour une expérience Qui peut , dit-il , à l'homme être un secouj's.

Ciel ! opposé, dans sa rage homicide , A ce délai qui n'allait pas bien loin, « Meurs aujourd'hui , dit celui qui préside, Et de savants nous n'avons plus besoin.»

O honte ! ô crime ! ô fureur téméraire ! On frappe ici qui l'on admire ailleurs; Et Lavoisier rejeté de la terre Emporte, hélas! ses secrets les meilleurs.

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