LES PRISONS DES PROVINCES
Que direz^vous , races futures , Si quelquefois un vrai discours Vous récite les aventures De nos abominables jours?
Ainsi parlait le vieux Malherbe , Mais , hélas ! sa douleur superbe Se flattait trop dans son orgueil ; Le crime encor mieux nous consacre
' Malgré un vers de mauvais goût , mais qui lui - même expritiic un sentiment amer et juste, cette pièce est admirable, et ne plaint que trop bien une situation trop vraie et trop fréquente dans les proscriptions politiques. Elle n'avait jamais été peinte , et, même, talent poétique à part, elle ne pouvait l'être si bien que par quelqu'un qui l'éprouvait et exprimait sa propre douleur.
Dans les annales du massacre Et dans le luxe du cercueil.
Paris, que le malheur inonde
D'un torrent de sang et de pleurs,
Paris seul fournirait au monde
Une éternité de douleurs.
Mais que de prisons dans nos villes ,
Fruit de nos discordes civiles ,
De terreurs ne s'épuisent pas !
Dans les hameaux même l'on tremble ;
Et c'est aussi là qu'on rassemble
T^es provisions du trépas.
Dans cette fureur infernale Qu'aigrit un démon turbulent , Quelle incroyable saturnale Prolonge son règne insolent !
Fiers de l'échafaud qu'ils amènent , Que de Représentans promènent Leur triviale majesté !
Français , si fiers de vos ancêtres , Voyez-vous quels étranges maîtres Vous a donnés la Liberté !
Je vois sous un rideau funèbre Toulon, Bordeaux, Arras inclus.
fi^t toi, liyon , cité célèbre , On te soutient que tu n'es plus.
On t'égalait à la poussière ; Et tu relèveras plus fière