‹ Les romances du CidChapitre 132 sur 132 · LE 9 THERMIDOR · texte numérisé non relu

LE 9 THERMIDOR

"Victoire, amis! dans sa bonté Le ciel finit notre souffrance.

C'est le jour de riiumanité, Amis , et le jour de la France !

Quand nul espoir n'était resté , Il est brisé , notre esclavage !

On dit que c'est de la Beauté Qu'est venu l'élan du courage.

... De ses forfaits on fait l'aveu, Et sous son vrai titre on le nomme , Le monstre qui reconnut Dieu Qui le méconnaissait pour homme.

Ce tyran, au loin redouté, De la peur a subi l'entrave; Qui montra tant de cruauté Ne méritait pas d'être brave.

Et tout son cortège abhorré , Espèce aussi lâche qu'immonde, Prend le chemin inespéré Qu'il faisait prendre à tout le monde ;

Et ce rebut du genre humain , Ce Gouthon , pétri d'insolence , Cul-de-jatte républicain , Un des nouveaux rois de la France ;

Et Saint-.Tust, jeune fanfaron Qui ne redoutait point d'obstacles , Et froidement, Caton-Néron, Du trépas dictait les oracles.

... Ghers compagnons, entendez- vous?

Et voyez- vous ouvrir les portes?

Ah ! tous nos amis, près de nous, Vont bientôt venir en cohortes.

...Oui : notre succès est certain; Le crime a fini sa carrière.

Dans la boue a croulé soudain La majesté de Robespierre.

Arrêt, trop juste arrêt du sort !

On m'apprend que la même table D'où partaient ses arrêts de mort, Porte mourant ce misérable.

Lui-même , à l'échafaud soumis , Va payer nos douleurs amères , Ce fléau de tous les amis, Ce Maudit de toutes les mères'.

Et nous, qui par lui périssions, Nous voyons son heure dernière.

Dans Fabîme nous succombions, Nous remontons à la lumière.

O neuf tfiermidor, sois béni, La plus belle entre les journées , Par qui le supplice est fini , Les proscriptions terminées !

Les gens de bien vont être exclus De ces demeures funéraires ; Et les prisons ne verront plus Que leurs habitans nécessaires.

' Au moment où Robespierre blessé partait pour l'échafaud aux acclamations universelles, une femme en deuil les fit taire en arrêtant le char, et dit avec une exaltation extraordinaire au tyran déchu : « Scélérat, je te maudis au nom de toutes les mères! » elles acclamations redoublèrent.

O moment de félicité

Qu'on sent mieux qu'on ne peut le rendre !

Vive, vive la liberté !

Mais tâchons enjfîn de l'entendre. »

Page 1