LE 9 THERMIDOR
"Victoire, amis! dans sa bonté Le ciel finit notre souffrance.
C'est le jour de riiumanité, Amis , et le jour de la France !
Quand nul espoir n'était resté , Il est brisé , notre esclavage !
On dit que c'est de la Beauté Qu'est venu l'élan du courage.
... De ses forfaits on fait l'aveu, Et sous son vrai titre on le nomme , Le monstre qui reconnut Dieu Qui le méconnaissait pour homme.
Ce tyran, au loin redouté, De la peur a subi l'entrave; Qui montra tant de cruauté Ne méritait pas d'être brave.
Et tout son cortège abhorré , Espèce aussi lâche qu'immonde, Prend le chemin inespéré Qu'il faisait prendre à tout le monde ;
Et ce rebut du genre humain , Ce Gouthon , pétri d'insolence , Cul-de-jatte républicain , Un des nouveaux rois de la France ;
Et Saint-.Tust, jeune fanfaron Qui ne redoutait point d'obstacles , Et froidement, Caton-Néron, Du trépas dictait les oracles.
... Ghers compagnons, entendez- vous?
Et voyez- vous ouvrir les portes?
Ah ! tous nos amis, près de nous, Vont bientôt venir en cohortes.
...Oui : notre succès est certain; Le crime a fini sa carrière.
Dans la boue a croulé soudain La majesté de Robespierre.
Arrêt, trop juste arrêt du sort !
On m'apprend que la même table D'où partaient ses arrêts de mort, Porte mourant ce misérable.
Lui-même , à l'échafaud soumis , Va payer nos douleurs amères , Ce fléau de tous les amis, Ce Maudit de toutes les mères'.
Et nous, qui par lui périssions, Nous voyons son heure dernière.
Dans Fabîme nous succombions, Nous remontons à la lumière.
O neuf tfiermidor, sois béni, La plus belle entre les journées , Par qui le supplice est fini , Les proscriptions terminées !
Les gens de bien vont être exclus De ces demeures funéraires ; Et les prisons ne verront plus Que leurs habitans nécessaires.
' Au moment où Robespierre blessé partait pour l'échafaud aux acclamations universelles, une femme en deuil les fit taire en arrêtant le char, et dit avec une exaltation extraordinaire au tyran déchu : « Scélérat, je te maudis au nom de toutes les mères! » elles acclamations redoublèrent.
O moment de félicité
Qu'on sent mieux qu'on ne peut le rendre !
Vive, vive la liberté !
Mais tâchons enjfîn de l'entendre. »