‹ Les romances du CidChapitre 29 sur 132 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Par vous Rodrigue, alors plus tendre,

Sut me gagner.

Fallait-il, pour me le reprendre,

Me V donner!

Le bonjour est loin de son ame;

Toujours adieu.

Enlever l'époux à sa femme.

C'est fâcher Dieu.

Rodrigue, pour vous sur la terre

Semant l'effroi , Est désormais tout pour la guerre,

Et rien pour moi.

O roi, sans Rodrigue invincible,

Faut-il ainsi Changer en un lion terrible

Mon bel ami '

Depuis six mois que je l'appelle.

On le retient; Ou, quittant la guerre cruelle.

S'il me revient, Il revient, quand le jour nous quitte

Plus qu'à moitié, Et dans mes bras s'endort si vite, •

Que c'est pitié.

Toujours occupé de son glaive.

Haussant la voix, Dans son lit paisible il ne rêve

Que des exploits; Et voilà, dès l'aube vermeille.

Qu'il est dehors, Sans s'inquiéter si je veille.

Ou si je dors.

Étouffant ma douleur amère,

Pour lui, pour vous, Je croyais retrouver mon père

Dans mon époux :

Je n'ai rien de ce que j'espère,

Et j'ai péri ; Et je ne trouve ni le père,

Ni le mari.

Désirant le faire connaître

Et l'illustrer.

Vous me le ravissez peut-être

Pour l'honorer; Mais déjà Rodrigue s'honore

De tant d'exploits, Qu il avait, presque enfant encore,

Vaincu cinq rois.

• Consolez-moi, je vous conjure,

Par son retour.

Une innocente créature

Attend le jour.

Puisse votre ordre ici conduire

Le père absent.

Page 1