‹ Les romances du CidChapitre 4 sur 132 · PALAIS-ROYAL, PÉRISTYLE VALOIS · texte numérisé non relu

PALAIS-ROYAL, PÉRISTYLE VALOIS

Paris, ce 20 avril 181 4'

Rien ne ressemble moinsà ce qu'on entend ordinairement chez nous par romances , que la plupart de ces romances espagnoles, dont l'ensemble a dans son antiquité une forme et une physionomie si neuves. Il ne s'agit pas seulement ici des amours et des premiers hauts faits du Cid, comme dans l'immortelle et incomparable tragédie de notre grand Corneille. Tout ce sujet, d'ailleurs si différemment traité, et présenté ici dans sa simplicité primitive, est contenu dans le premier des six Livres de cet ouvrage. Voici la vie poétique du Cid, toute sa noble vie jusqu'à son dernier jour, chantée par ses compatriotes et presque par ses contemporains. Il y a peu de circonstances qui puissent détruire entièrement l'intérêt d'un tel recueil ; et si au milieu d'une guerre terrible plusieurs de nos généraux ont cherché à ajouter des respects et des hommages à ceux que l'Espagne a rendus au Cid , combien ce monument si ancien, élevé à sa gloire, n'est-il pas par-tout et à jamais digne de l'attention des âmes élevées ! C'est ce qui m'a fait peaser que la lecture de cet ouvrage ne paraîtrait pas une distraction trop disparate au inilieu des pensées sérieuses qui nous occupent , et des espérances qui nous consolent.

On n'est pas tout-à-fait d'accord, même en Espagne, sur le lieu et sur l'époque de la naissance du Cid. Les uns le font naître près de Burgos, au château de Bivar; mais il

semble qu'il ne devrait pas rester d'incertitude à ce sujet, d'après l'inscription suivante qu'on peut lire à Burgos :

Ici eit sa mn,

et naquit, en 1026, Rodrisne Dias de Bivai, appelé le Cii Campeata.

Iliiioiinitle7[émerl099.

Son corps lot transporté an nnnastère k Saint-Pierre Je Carienia, près k cette ville;

laipielle, poor perpétuer la lémoire h lien où reçat le jonr nn de ses enfans, le héros de BoijK,

érigea snr les rnines anciennes ce monoment, l'an 1784 ,

sons le réjne de Charles!.

Cependant il ne serait pas impossible que Rodrigue fût né, en effet, comme quelques historiens le disent , au château de ses pères, Bivar, près de Burgos, et qu'après tant de siècles cette antique cité ait cédé à la prétention bien naturelle d'être la patrie de cet homme, qui, comme Turenne , fait honneur à fhomme. On pourrait taxer de partialité ce que je dirais du héros qui est le sujet de mon livre ; et j'aime bien mieux transcrire une partie de ce qu'en dit M. Simonde-Sismondi, dans son intéressant ouvrage sur la littérature du midi de l'Europe.

« Le Cid , ce héros des Espagnols, qui , plus que les mo- « narques sous lesquels il servit , fonda la monarchie de « Castille, et qui , dans sa longue vie, étendit les conquêtes (1 de son souverain sur un quart de l'Espagne, se trouve « lié à tous les souvenirs de gloire , d'amour et de chevalerie « de sa nation... Dans les trois siècles qui précédèrent sa « vie, dans les deux siècles qui la suivirent, l'histoire d'Es- » pagne ne contient autre chose qu'une lutte sans relâche •< avec les Maures; et la mémoire ne saurait saisir une dif- (( férence entre les souverains qui se succédèrent pendant « cinq siècles, si l'éclat du Cid et de ses compagnons n'at- <i tirait pas les regards... Aucune gloire n'est plus complè- " tement nationale; aucun héros espagnol, dans l'estimation « des hommes , n'a été égalé à don Rodrigue, Il est sur le « devant de la scène dans l'histoire et dans la poésie... (1 l'Espagne est encore pleine de son nom et de ses souve-

« nirs. Valence, sa principale conquête, est souvent ap- (I pelée la Valence du Cid... Mais voici le plus beau monu- « ment élevé à la mémoire de ce héros : l'engagement le « plus sacré de l'honneur, celui dont rien ne peut délier, « se prend encore en son nom ; affé de Rodrigo , foi de Ro- « drigue, disent les Espagnols lorsqu'ils invoquent sur « leurs promesses le souvenir de son ancienne loyauté. »

Ce grand homme si cher aux Espagnols a été célébré par eux avec tout l'amour qu'ils lui portent. Rodrigue Diaz , que souvent, par abréviation, ils appelent Ruy- Dîaz, et plus souvent encore le Cid, leur a, de temps immémorial , inspiré des poèmes , des tragédies , des histoires ; mais, ce qu'ils ont fait de mieux pour lui, ce sont incontestablement leurs romances.

Je serais trop content du succès du livre que je publie , s'il causait à ses lecteurs la dixième partie du plaisir que j'éprouvai la première fois que je lus ces romances. Encore ne fut-ce que sur une traduction en prose française , qui est cachée et comme perdue dans les derniers volumes très peu estimés de la Ribliothèque des Romans ( décembre 1782, juillet 1783 principalement, et octobre 1784). Cette traduction, dont j'ignore l'auteur, offre plus d'énergie que de correction. Mais qu'était pour moi la correction au milieu des beautés plus originales, plus naïves, plus touchantes les unes que les autres , que cette traduction me faisait connaître ! Peu de livres m'ont fait une aussi vive impression. Elle le fut d'autant plus , que je m'y attendais moins. J'étais comme un homme qui, en cherchant un coquillage, vient de découvrir un trésor. De ce moment, je formai le projet de dégager cet or si pur du sable qui le cach» quelquefois, et d'offrir à ma patrie une imitation des romances du Cid, production d'autant plus singulière, qu'elle est le fruit de plusieurs siècles, et le travail de plusieurs hommes; étrange Iliade qui n'a point d'HoiTière ',

' i836. J'ai été bien étonné de voir M. Dugaz-Montbcl , dans

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