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de ce genre chez les Latins, et si nous voulons apprécier les différences qui existent entre les romans de la Grèce et ceux de Rome, nous devons comparer le Satijricon aux œuvres que nous avons étudiées dans notre première partie. L'ouvrage de Pétrone ne ressemble guère que par le titre aux compositions des écrivains grecs : il s'en éloigne complètement pour l'exécution. Sauf quelques rares exceptions que nous avons signalées à l'occasion, les romans grecs ne sont, pour la plupart, que des bavardages plus ou moins fades destinés à l'amusement des oisifs. C'est toujours la même intrigue amoureuse incessamment répétée, les mêmes voyages, les mêmes scènes de brigands, les mêmes naufrages. C'est partout la même succession monotone d'aventures sans suite et sans lien, à travers lesquelles l'auteur promène le lecteur pour arriver à une conclusion prévue longtemps d'avance. Cette uniformité déjà si fatigante le devient bien plus encore par la nullité des personnages |qui s'agitent froids et ternes dans un mondç imaginaire et factice.
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Le roman latin, au contraire, nous jette au cœur même de la société contemporaine ; les héros ne sont point des abstractions : ils ont une individualité nettement dessinée : on trouve chez eux le mouvement et la vie. Cela est si vrai que nous avons considéré le Satyricon comme un roman, à caust de l'action qui sert de cadre à l'ouvrage ; mais, en réalité, c'est une véritable satire des mœurs de l'époque ; c'est une Ménippée qui n'est pas moins mordante que ï Apocolokijntose, Cette tendance à la satire, cette peinture impitoyable des vices et des travers du temps, est le caractère distinctif du roman latin. On le retrouve aussi, quoique moins marqué, chez Apulée.
Il résulte de là nécessairement que le roman latin a plus de naturel et de vérité que le roman grec ; qu'il est, par cela même, plus intéressant ; qu'il a, chez Pétrone surtout, une valeur littéraire incontestable.
L'immoralité, déjà si grande dans les romans grecs , s'étale avec plus d'effronterie encore chez les romanciers latins. C'est encore une
conséquence du système adopté par ces derniers : ils se traînent dans des détails obscènes pour plaire à l'imagination corrompue de leurs lecteurs, mais ils sont surtout entraînés à cet abus par l'exactitude de leurs peintures. Ils pèchent par excès de réalisme, car, si l'expression est née d'hier, l'idée qu elle représente est loin d'être aussi moderne.
En somme,^ie roman, chez les Latins, tel que Ta compris Pétrone , est supérieur aux longues et froides rapsodies de la plupart des romanciers grecs. Toutefois, cette supériorité n'est que relative et, de même que Y Iliade et Y Odyssée laissent bien loin derrière elles les faibles conceptions du roman en prose, la littérature latine n'a point de roman qu'on puisse comparer aux fictions inimitables et aux éternelles beautés de V Enéide,