‹ Les romanciersChapitre 13 sur 26 · M. EDMOND AB0I3T · texte numérisé non relu

M. EDMOND AB0I3T

frac, souffre beaucoup dans son sentiment paternel de impossibilité où il est de reconnaître son enfant qui est adultérin, mais la Chermidy en souffre, ellel bien davantage. Elle en souffre dans son orgueil, dans ses ambitions, dans toutes ses cupidités, et elle cherche avec l'aide du diable, c'est-à-dire d'une sœur à elle, dont elle a fait sa femme de chambre, le moyen de légitimer son bâtard. Ce qu'elles imaginent, vous allez l'apprendre. Il y a au faubourg Saint-Germain une illustre et antique maison , — la maison de La Tour-d'Embleuse, — laquelle est tombée de la splendeur dans la misère et qui n'a pour tout rejeton qu'une fille de quatorze ans minée de consomption et qui va mourir. Si le comte de La Villanera épousait cette jeune fille à la condition qu'elle adopterait le petit bâtard de madame Chermidy, l'enfant aurait un titre, une possession d'état et une fortune. Eh bien! grâce à la misère du duc de La Tourd'Embleuse et à la piété filiale de sa fille Germaine, Antigone sans fierté; grâce surtout aux plaidoiries d'un médecin, espèce de Figaro soi-disant honnête dans toute cette intrigue, l'immonde mariage s'accomplit. Dans la pensée de madame Chermidy et aussi, hélas ! dans celle de cet Espagnol que M. About, qui conçoit ses chevaliers avec une tache au milieu du cœur, nous donne pour un Cid de noblesse , Germaine n'a pas trois mois à vivre. Mais (vous vous en doutez sans doute? Ce n'était pas fort difficile à deviner, cette péripétie) Germaine ne meurt pas, et son mari se met sincèrement à l'aimer.

Tout l'intérêt et le secret du roman sont là. Que fera la Chermidy quand elle apprendra à Paris que

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Germaine va mieux à Gorfou , car pour sa poitrine et pour les besoins de description de M. About, qui est allé en Grèce, Germaine est à respirer l'air des îles Ioniennes et à dialoguer tendrement avec son mari sous les lauriers-roses... Ce que fera laChermidy, demandez à la Gazette des Tribunaux! Elle résoudra avec son monstre de sœur, femme de chambre, d'empoisonner la belle phthisique , et , pour exécuter ce dessein, elles choisiront un forçat libéré qu'elles introduiront dans la domesticité du comte de La Villanera, par le duc de La Tour-d'Embleuse, devenu le baron Hulot de La Marneffe de M. About. Seulement, le forçat libéré , qui ne veut pas trop s'exposer en tuant d'un coup sa jeune maîtresse, l'empoisonnera par de l'arsenic à petites doses et, péripétie scientifique! l'arsenic ne se trouvera- t-il pas le meilleur remède contre les phthisies pulmonaires? Ici le médecin lui-même est en déroute comme le lecteur. 11 perd la tôle, ce grand médecin, devant la crise finale qui doit sauver Germaine, et il écrit à madame Chermidy qu'enfin la malade est perdue ; agréable nouvelle qui arrive à la Chermidy accompagnée d'une autre, la mort de son mari , tué par les Chinois ! Ivre de cette double délivrance, la Chermidy bondit jusqu'à Corfou pour y reprendre son fils et son amant, et les millions et les titres. Mais, tonnerre du ciel! quand elle arrive, Germaine est guérie , heureuse, aimée de son mari, aimée du bâtard qu'elle élève et qui la préfère à sa mère! Alors l'idée d'égorger cette femme, qui lui prend tout, la remord au cœur avec plus de rage que jamais. Elle offre cent mille francs au forçat qui a déjà manqué Germaine > et qui trouve plus

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