‹ Les romanciersChapitre 14 sur 26 · M. EDMOND ABOUT · texte numérisé non relu

M. EDMOND ABOUT

simple de la tuer, elle , et d'emporter avec les cent mille francs tout l'argent et les bijoux qu'elle a traînés, -— sans doute pour cela — jusqu'à Corfou !

Tel est en gros ce livre de Germaine. Alfred de Musset avait inventé la comédie dans un fauteuil, M. About nous donne le mélodrame dans un wagon. C'est un peu moins fin. Encore si dans ce mélodrame il y avait des caractères qui annonceraient l'observateur et le romancier ! Mais il n'y en a pas un seul. Ils sont tous faux, quand ils ne sont pas impossibles. L'honnêteté du médecin qui maquignonne le mariage ressemble à la fierté de celle qui l'accepte. Rien n'est saisi dans sa vérité complexe et profonde, ni vice, ni vertu. Tout est charge ^ même les situations que l'auteur n'invente pas, mais qu'il gâte. Par exemple, le chapitre où madame Chermidy demande des renseignements sur les poisons, est dans les Intimes , sous le titre de Consultation , et là , c'est un chef-d'œuvre. Ici, c'est une bourde à la Paul de Kock. Ainsi toujours c'est le manque de sérieux et de conscience et la démangeaison d'être drôle qui perdent M. Edmond About. Tête de linotte littéraire , qui avait peut-être du talent, si elle avait eu quelque poids! Quant au style de l'auteur de Germaine^ c'est du strass monté dans du Ruolz. Les femmes entretenues doivent le trouver beau , comme les bourgeois le trouvent spirituel. « Elle vit ( c'est un rêve de Germaine ) une autre » femme, dont il lui fut impossible de reconnaître la » figure. Tout ce qu'elle en put distinguer, c'est un » voile de guipure noire, deux grandes ailes de cache-- » mire et deux griffes de diamant. » Ces ailes de cache* mire et ces griffes de diamant Aonneni tout, M. About

et sa manière. Quel goût pour habiller ses fantômes. C'est le Shakespeare de la nouveauté!

Mais nous avons mieux que Germaine» Maître Pierre^ que l'auteur a publié depuis, est un livre presque réussi. Maître Pierre, un Landais, une espèce deRobinson Crusoé de la Lande, est un paysan conçu à Tenvers des paysans de Waller Scott, qui sont les fils respectueux du passé, qui aiment leurs coutumes et meurent pour elles. Maître Pierre rompt avec les siennes et prépare à la Lande, comme on dit maintenant , son avenir. Le roman qui porte son nom est l'histoire de ce défricheur de génie, et quoique cette histoire, trop simple pour qu'on puisse l'analyser, ait moins d'étoffe et de sensibilité que les romans de M. Paul Féval, lorsqu'il fait bien; quoique le sansfaçon, le lâché, le débraillé, se retrouvent dans ce livre comme dans les autres compositions de M. About, cependant il leur est incomparablement supérieur. En sortant de Germaine ^ nous sortons d'une littérature diabétique , et dans Maître Pierre nous entrons dans quelque chose de nouveau, de particulier, de moderne, qui sera peut-être demain toute la littérature de ces derniers temps. En France, M. Edmond About doit être, qui sait? le Maître Pierre de cet avenirA^,

En effet, s'il pouvait se défaire de ce tqn sans gêne qui ne le quitte jamais (littérairement, bien entendu) et qui le ^ \c(mier, la casquette sur la tête et les

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