M. GH. BATAILLE ET M. E. RASETTI
lera certainement, parce qu41 est sur un sujet scabreux et scandaleux. Antoine Quérard est un médecin de village. Le village est la scène du roman de M. Bataille, qui a, je crois, Thonneur d'être villageois et qui connaît bien les paysans, mais comme il connaît tout, par dehors. Antoine Quérard est fort de tête comme de poignet. C'est un homme, c'est-à-dire un mâle, pour M. Bataillé, qui ne voit dans l'homme que la bête puissante, et qui dédouble toujours l'humanité, fier profit pour elle I
Antoine Quérard commence par se croire amoureux d'une belle fille nommée Clémentine Picot, fille d'un vieux retraité, qui s'est fait cafetier et vend du tabac. Vous savez que pour être mis en première ligne dans les romans des réalistes, il faut être vulgaire de nom et faire des choses vulgaires; c'est la suprême caractéristique de ces égalitaires charmants. Quand le nom et les choses sont ignobles, c'est encore mieux. Une fois marié avec cette Picot, et brouillé, à cause de ce mariage, avec un oncle, moitié bourgeois, moitié manant, qui le déshérite, il est devenu un médecin de campagne très-réussissant et très-heureux, avec une femme qui me semble à moi la vraie femme d'un homme d'action et de pensée, mais que M. Bataille, qui manque ici à son tempérament pour n'écouter que la voix d'un esprit faussé par les livres et les idées modernes, fait la galeuse de son roman.
. • Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal !
Inconséquence, pour le dire en passant, d'un homme aussi homme que M. Bataille I II croit à Téga-
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lîté intellectuelle de Thomme et de la femme. Il a, lui, dans la tête, cette idée sans virilité! Mais, oublié un moment, son tempérament se retrouve. Cette Clémentine, qu'il dit si belle, il la peint fort mal. Rubens indigéré, une telle nature brouille sa palette. Il parle de la splendeur épanouie de cette longue figure byzantine, comme si une figure pouvait être byzantine et épanouie tout à la fois. On est épanoui ou byzantin comme on est gras ou maigre, il faut choisir. Et ce n'est pas tout. Cette femme, M. Bataille nous la donne comme ayant la passion du devoir : mais qu'est-ce pour M. Bataille que le devoir dont il l'étiquette?...
Je voudrais bien savoir ce qu'est le devoir pour un homme qui ne croit qu'à la vie, à la génération des êtres, à la reproduction et aux instincts!... Or, par cela môme qu'elle a la passion du devoir.... abstrait, sans doute, l'auteur, qui sait rire comme tout CEgypan, nous fait de Clémentine une caricature ! Il nous montre cette passionnée du devoir ne pensant qu'à ses bas et à sa cuisine, ce qui est un singulier grief pour M. Bataille, qui est, avant et après tout, un esprit de haute graisse^ un Rabelaisien de nature, sensuel jusqu'aux sauces, entendant la ripaille comme un paysan qu'il est, et la peignant bien, et même mieux que ses paysages.
Pour mon compte, je le trouve superbe quand il veut me donner l'idée de quelque boudin crevé dans un plat... Véritablement un talent aussi entripaillé que lui aurait dû élre plus doux à une cuisinière comme Clémentine. Il ne l'a point été et il l'a sacrifiée à sa jeune sœur Rosette, belle nature de femme entretenue, la mademoiselle Bovary du livre, pour laquelle