M. GH. BATAILLE ET M. £• RASETTI
le docteur Quérard se prend d'un imour qu'il faut bien appeler incestueux. Je l'écris donc, ce mot-là, sans aucune pruderie. D'ailleurs, si ma morale, qui n'est pas mienne, mais celle de Notre Seigneur Jésus- Christ, parait duriuscule à d'aucuns, ma poétique a quelque hardiesse.
Ma poétique est que le droit du romancier et du poëte est de tout peindre en s'y prenant bien. Je ne crains pas plus l'inceste qu'autre chose dans un roman courageux, écrit pour les forts, et qui pourrait être d'une terrible et accablante moralité! Seulement, pour le risquer, il faut avoir dans des proportions exorbitantes ce qui manque à M. Bataille, et môme à M, Rasetti, mais principalement à M. Bataille, que je n'ai pas suivi dans les bois réels, mais dans le livre d'aujourd'hui, et qui, je l'ai dit, ne me fait pas l'effet d'avoir une autre morale que les Faunes pétulants dans le fond des bois I
Ainsi l'inceste, Tadultère en famille, avec ses transes, ses infamies, ses lâchetés, ses intimités haletantes, ses horreurs de toute espèce, voilà le sujet du livre de MM. Bataille et Basetti. Sujet épouvantable, qu'il fallait toucher avec les mains pures, passées au charbon d'Isaïe, d'un artiste consommé. Ce ne sont pas là les quatre mains de ces messieurs. J'en connais deux parmi ces quatre, et je vous jure que le pouls y bat trop vite, que le sang les infiltre trop, que la passion y met des tremblements trop convulsifs pour avoir cette domination et cette sûreté des mains pures qu'ont les grands artistes, quand ils touchent à des sujets ardents et fangeux.
Le docteur Quérard a pour sa belle-sœur la passion
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qui conduit à ttus les crimes. Une fois qu'il l'aime , il ne la séduit pas : il se jetj^ dessus. Séduire! allons donc! c'est de l'âme encore! corrompue peut-être, mais intelligentielle ; c'est de la combinaison, détestable, il est vrai, mais spirituelle et volontaire, et ce forcené de chair et de sang qui s'appelle Bataille et qui ne conçoit que comme une bataille la volupté, ne se donne pas la peine d'en chercher si long... Premier bond de dégoût pour le cœur et l'esprit , quand on lit ce livre ; premier bond suivi de bien d'autres, quand on s'obstine à cette lecture, et on s'y obstine ; la violence du talent vous tient... Pas de séduction! Une surprise ! une surprise qu'on ne peut pardonner, même à la bête humaine, car elle devient un arrangement et le plus honteux des esclavages entre ce mâle et cette femelle que l'on nous donne pour un homme mûr et pour une jeune fille 1
L'amour même, comme les auteurs semblent l'admettre un instant, l'amour virginal de Rosette pour le jeune Paul ne la purifie point, ne l'arrache point à l'abominable concubinage dans lequel elle vit avec son beau-frère. M. Bataille, l'adorateur de M. Hugo, ne croit pas comme M. Hugo aux miracles purificateurs de l'amour, et il a raison. Rosette» la concubine d'Antoine Quérard, reste donc sa concubine, mais, comme elle aime Paul et qu'elle le lui a dit, elle se dégrade de plus en plus, et, dès cette heure, elle passe à l'état de bovarisme absolu.
Voilà, en efi'et, le rapport intime du roman de MlVf . Bataille et Rasetti avec le roman de M. Flaubert! Il y a encore d'autres ressemblances entre ces deux romans, mais elles ne sont qu'à fleur de peau, et celle-