M. GH. BATAILLE ET H. E. RASETTI
ci est profonde. Celle-ci accuse le sémge de l 'esprit dans la conception de Théroïne d'un livre, c'est-à-dire dans son personnage le plus important. Ce personnage manque de nouveauté, et la situation seule dans laquelle il est placé diffère de la situation de M°® Bovary dans M. Flaubert. C'est là-dessus que les auteurs du livre se sont retirés. Il y a, comment dirai-je? deux situations ou deux spectacles dans le livre d'Antoine Quérardy que M. Flaubert n'a point abordés et devant lesquels peut-être aurait-il reculé. Ce sont les deux infanticides, accomplis l'un après l'autre par le docteur Quérard. Le premier réussit, mais au second la malheureuse Rosette succombe. 11 fallait bien que le roman finit, et on ne pouvait pas, quelque talent qu'on eût pour peindre ces hideurs physiques, prolonger indéfiniment le pathétique des avortements I
Tel est ce livre d* Antoine Quérard^ je ne dirai pas dans sa pensée, car j'en ignore la pensée, et dont je vous ai épargné les détails. La pensée d'un livre, l'idée qu'il exprime, la notion de vérité qu'il laisse dans l'esprit, une fois l'émotion apaisée, toutes ces choses, les réalistes en font peu de cas. Peindre pour peindre, décrire pour décrire, voilà leur visée, une visée trèscourte, quand on l'entend comme eux, car ce n'est
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pfts la main qui peint, c'est la tète. C'est la tête qui peint avec la main I Dans un roman d'observation humaine et sociale, vous ne pouvez pas faire abstraction de tout ce qui n'est pas l'objet même que vous devez peindre.
La morale, la religion, la métaphysique, toutes les conditions de la nature humaine intellectuelle pèsent sur vous. Elles s'infiltrent dans votre couleur, maîtrisent votre coup de pinceau! les Réalistes restant toujours moins bas qu'ils ne voudraient l'être... Malgré l'enivrement de ce tempérament à la Mirabeau, qm fait encore sa seule individualité littéraire, M. Bataille n'arrivera jamais, je l'espère, à ce degré de bestialité délirante qui doit être pour lui l'idéal. Le livre qu'il vient de publier, ce livre révolutionnaire sans but et moraliste sans foi, n'a pas d'autre explication et d'autre signification que le bonheur de se vautrer là dedans^ comme un bœuf dans un pâturage ! En dehors des sens sur lesquels il frappe, il n'existe plus comme portée. Est-il dangereux? Tout peut l'être. La nature humaine en chute est si misérablement bâtie, que le dégoût ne sauve pas toujours du dégoûtant... Malgré l'ignominie des situations du livre de MM. Bataille et Rasetti, et malgré la pureté de l'adolescence des jeunes filles, je ne jetterais pas ce roman par-dessus les murs de leurs pensions. Je m'arrêterais. Je croirais à un danger certain. Et MM. Bataille et Rasetti auraient beau rire, comme tous les diables, de ce danger, moi, j'y croirais I
Quant aux détails du livre en question, sont-ils assez soignés, assez trouvés, assez puissants du reste, pour que l'art ait caché de son voile de prestiges les