ACTE TROISIEME
SYLVETTE.
Non, le cher souvenir n'est plus ; ces torches folles, Ces masques, ces manteaux, et ces musiques molles, Ce combat, tout ce charme enfin, c'est trop cruel De penser que cela fut fait par Straforel 1
PERCINET
Et la Nuit de Printemps, est-ce lui qui Ta faite?
Est-ce lui qui régla l'inoubliable fête
Que l'amitié d'Avril nous donna ce soir-là?
Est-ce lui qui, le ciel étoile, l'étoila?
Lui, qui d'ombre effaça si bien les rosiers grêles
Que les roses semblaient, comme surnaturelles,
Se tenir en suspens dans l'air mystérieux?
Dispensa-t-il les frissons gris, les reflets bleus?
Versa-t-il les langueurs? Fut-il pour quelque chose
Dans l'apparition de l'Astre d'argent rose?
SYLVETTE.
Non ccrte...
Et fît-il donc, dans la Nuit de Printemps, Dis-moi, que nous étions deux enfants de vingt ans.
Ii8 LES ROMANESQUES
E[ que nous nous aimions, car ce fut là le charme, l'oul le charme l
SYLVETTE.
Tout le... c'est vrai, mais...
PERCINET
Une larme?
Il est donc pardonné, le méchant qui partit ?
SYLVETTE.
Je t'ai toujours aimé, va, mon pauvre petit.
PERCINET
J'ai retrouvé ton front, sa puérile frange, Et ton jeune parfum qui fait un fin mélange Avec tous les parfums des cytises voisins... Ah ! les Anges, ce soir, ne sont pas mes cousins I
Il joue avec le voile de Sylvette.
Oh î laisse-moi baiser le liséré frivole Du voile aérien qui de ton front s'envole! Gomme il me rafraîchit les lèvres, ce tissu, Ce tendre et clair tissu, pour qui je n'ai pas su Vous dédaigner, satins et velours équivoques!