‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 15 sur 100 · L'ÉPÉE DE L'ENCLUME · texte numérisé non relu

L'ÉPÉE DE L'ENCLUME

seize ans , fort aimable et serviable : il piqua

des deux aussitôt vers leur logis , mais il ne put

trouver l'épée de son frère ni aucune autre , car la dame de la maison les avait toutes rangées dans une chambre , et elle était allée voir la

mêlée . Il revenait , lorsqu'en passant devant l'église il pensa qu'il n'avait pas encore fait l'essai : aussitôt il s'approche du perron et, sans même descendre de cheval , il prend le glaive

merveilleux par la poignée , le tire sans la moindre peine , et l'apporte sous un pan de manteau à son frère , à qui il dit :

- Je n'ai pu trouver ton épée, mais je t'apporte celle de l'enclume .

Keu la saisit sans sonner mot, et se mit à la

recherche de son père .

- Sire,

lui

dit

en le

joignant

serai roi

voici l'épée du perron

Mais Antor

qui était vieil

et

sage

ne le

crut guère

et

n'eut pas beaucoup

peine

lui faire confesser

la

vérité

Alors

appela Artus

et

lui commanda d'aller remettre

le

glaive

où

l'avait pris

l'enfant replongea

la

lame dans l'enclume aussi aisément qu'il eût fait dans

la

glaise

Ce que voyant

, le

prud'homme l'embrassa

Beau fils

, si je

vous faisais élire roi

quel bien m'en reviendrait

- Sire

répondit Artus

, je

ne

saurais avoir rien dont vous

ne

soyez maître

étant mon père

- Cher sire

, je

suis votre père adoptif

mais

MERLIN L'ENCHANTEUR

non celui qui vous a engendré . J'ai confié mon propre fils à une nourrice pour que sa mère vous nourrît de son lait . Et je vous ai élevé aussi doucement que j'ai pu .

- Je vous supplie , dit Artus , de ne pas me renier comme votre fils, car je ne saurais où aller . Et si Dieu veut que j'aie cet honneur d'être roi , vous ne saurez me demander chose que vous ne l'ayez . - Eh bien , je vous demande qu'en récompense de ce que j'ai fait pour vous , Keu soit votre sénéchal tant que vous vivrez , et que , quoi qu'il fasse , il ne puisse perdre sa charge . S'il

est fol , s'il est félon , vous vous direz que peut-

être il ne l'eût point été s'il avait été allaité par

sa propre mère et non par une étrangère , et que

c'est peut - être à cause de vous qu'il est ainsi . - Je vous le promets , dit Artus .

Et Antor lui en fit faire le serment sur l'autel . Il attendit vêpres , et , quand tous les barons furent assemblés dans l'église , il alla trouver l'archevêque et lui demanda de permettre que son plus jeune fils , qui n'était pas encore chevalier ,

fît

l'essai

Et Artus s'avança

ôta l'épée sans peine

et la

bailla

l'archevêque qui entonna

pleine voix

le

Te Deum iaudamus

Cependant les barons murmuraient

disant

ne se

pouvait qu'un garçon

de si

bas lignage

devînt leur seigneur

Dont l'archevêque

se

courrouça

et

leur dit que Dieu savait mieux qu'eux-

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