LE CERF A DIX CORS
un cerf à dix cors , d'une hauteur merveilleuse , qui se faisait chasser dans les rues de Rome . Tout le peuple le poursuivait à grands cris et huées . Ayant assez couru , le cerf franchit la maî-
tresse porte du palais suivi des chasseurs , entra dans la salle , renversant les tables , les vins , les
viandes , les pots et la vaisselle , s'agenouilla
devant l'empereur et dit :
Julius Cesar , laisse tes pensées , qui ne te valent rien : car tu ne trouveras personne qui t'explique ta vision , hors l'homme sauvage .
Là-dessus , les portes qu'on avait pourtant
fermées derrière lui s'ouvrent toutes seules , et le cerf s'enfuit à nouveau , court par les rues , toujours chassé, gagne les champs , et s'évanouit comme par enchantement .
L'empereur fut bien courroucé quand apprit que l'animal avait échappé . Il
fit
crier par
la
ville que celui qui lui ramènerait soit l'homme sauvage
ou le
cerf
aurait
sa
fille
et la
moitié
de
ses terres
pourvu qu'il fût gentilhomme
Aussitôt maints riches damoiseaux de monter
cheval
et
de courir les bois de Ro-
manie
mais nul ne trouva rien
et
leur fallut revenir
Seul demeura Grisandole
le
sénéchal
qui était parti avec eux
Huit jours
erra dans une hante forêt
Une fois qu'il était descendu de son cheval pour prier Notre Seigneur
de le
guider dans
sa
quète
, le
cerf lui apparut soudain et lui dit
- Avenable , tu chasses la folie, car tu ne trouveras pas ce que tu cherches si tu n'apportes chair de porc , purée au poivre, lait , miel et pain chaud . Amène avec toi quatre compagnons et un garçon qui fera cuire la viande devant le feu . Puis tu dresseras le repas sur une table dans l'endroit le plus retiré de la forêt .
Vous vous cacherez tout auprès , et vous verrez l'homme sauvage .
Là-dessus , le cerf s'enfuit , et Grisandole de remonter à cheval et d'aller chercher ce qu'on
lui avait dit . La viande grilla sous un beau chéne , et le fumet qui s'en répandit dans toute la forêt attira bientôt l'homme sauvage . Quand
ils le
virent
Grisandole
ses compagnons faillirent
de
frayeur
perdre
le
sens
En effet
avait
la
tête grosse comme celle d'un veau
les yeux ronds
et
saillants
, la
bouche fendue jusqu'aux oreilles
des lèvres épaisses
toujours
entr'ouvertes
qui laissaient passer ses dents
les pieds retournés
et
les mains
l'envers
les cheveux noirs
durs
et si
longs qu'ils tombaient sur
sa
ceinture
était grand
courbé
velu
et
vieux
merveille
vêtu d'une peau de loup
et
oreilles
larges comme vans
pendaient jusqu'à
ses genoux
de
manière qu'il pouvait s'en envelopper quand
pleuvait
enfin
laid
regarder qu'il n'était homme vivant qui n'en dût avoir grand'peur
avançait
en
frappant
les chênes
grands coups
de
sa
massue
, et
me-