FUITE DU DUC D'ALLEMAGNE
fourche , lorsque le roi Artus l'atteint et lui décharge un si grand coup sur le bras que le géant laisse choir son épée et , tout étourdi ,
s'incline sur l'arçon. Mais le cheval , qui était le plus grand et le meilleur du monde , saute , tout effrayé du choc , et emporte à travers la sombre forêt le duc mugissant comme un taureau .
La nuit était venue . Ban et Bohor demandè-
rent au roi Artus s'il n'avait point de mal . - Au contraire , répondit le roi , car j'ai fait aujourd'hui une conquête que je ne changerais pas pour la plus riche cité du monde .
Et , après avoir nettoyé soigneusement Escalibor du sang dont elle était souillée , il la remit
au fourreau et ramassa l'épée du géant qui étincelait comme un diamant dans l'ombre . Puis les
trois rois , en compagnie de Nascien , reprirent le chemin de Carohaise .
Quand
ils y
arrivèrent
ils
trouvèrent
la
ville en fête
cause de la déconfiture dés
ennemis
Et le
roi Léodogan leur
fit , à
eux
leurs compagnons
, le
plus bel accueil qu'il put
Par son ordre
quand
ils
furent désarmés
sa
fille Guenièvre vint elle -même , vêtue des plus riches habits qu'elle cut, présenter aux trois rois l'eau chaude dans un bassin d'ar-
gent . Elle leur lava de sa main le visage et le cou , et les essuya très doucement d'une serviette blanche et bien ouvrée ; puis elle leur mit à chacun un manteau au col ; et, quand elle vit ainsi le roi Artus , elle pensa que la dame qu'un
si beau et si bon chevalier requerrait d'amour serait heureuse . Et lui , de son côté , il la regardait très tendrement , car elle était la plus belle femme qui fût alors en la Bretagne bleue : sous sa couronne d'or et de pierreries , son visage
était frais et justement coloré de blanc et de vermeil ; quant à son corps , il n'était ni trop gras ni trop maigre , les épaules droites et polies ,
les
flancs étroits
les hanches basses
les
pieds blancs
et
voûtés
les bras longs
gros
les mains blanches
et
grassettes
c'était unejoie
Mais
, si
en
elle était
la
beauté
davantage encore s'y trouvaient bonté
largesse
courtoisie
sens
valeur
douceur
et
débonnaireté
le
manger fut prêt
on
mit les tables
et
les chevaliers prirent place
Le
roi Bohor
et
le
roi Ban firent asseoir
roi Artus entre eux
par honneur
, et
Léodagan remarqua cela
Ce
doit être leur seigneur
pensa
-t-il .
Plût
Dieu qu'il épousât ma fille
Car tant de chevalerie
ne
saurait
se
trouver qu'en un haut homme
Cependant Guenièvre offrait
le
vin
Artus dans "
GUENIÉVRE DE CARMÉLIDE
la coupe du roi , et tandis qu'elle la lui tendait , agenouillée devant lui, il regardait ses seins durs comme pommelettes et sa chair plus blanche que neige nouvelle , et il la convoitait si fort qu'il
oubliait le boire et le manger . Il tourna légère-
ment son siège pour que ses voisins n'en vissent rien , mais Guenièvre s'en aperçut très bien . Sire damoisel , buvez , lui dit-elle , et ne
m'en veuillez point si je ne vous appelle par
votre nom , car je l'ignore . Ne soyez point distrait à table , car vous ne l'êtes point aux armes ,
comme il y parut assez aujourd'hui .
Alors il prit la coupe et but . Puis il la pria de s'asseoir en disant qu'elle avait été trop longtemps à genoux . Mais Léodagan ne le voulut souffrir.
Lorsque les nappes furent ôtées , le bon roi vint se placer à côté de Ban, qui lui dit :
- Sire , je m'étonne que vous n'ayez pas
encore marié votre fille à quelque haut homme , car elle est très gente pucelle et sage , et vous n'avez d'autre enfant à qui votre terre puisse
échoir après votre mort ; vous devriez déjà vous être pourvu .
- Voire , sire , répondit Léodagan ; mais la guerre m'a empêché ; il y a sept ans que le roi Claudas de la Déserte ne cesse de me guerroyer . Certes , si Dieu voulait que je trouvasse quelque prud'homme qui pût me défendre , je lui donnerais ma fille et toute ma terre après moi ,
MERLIN L'ENCHANTEUR
et je ne regarderais ni au lignage , ni au rang . En l'entendant , Merlin sourit et
fit
un signe
au
roi Bohor
Mais
se
mirent
parler d'autre chose
et
Léodagan
ne
put retourner leurs paroles
et
ramener
sujet
de
conversation
Les tables levées
Merlin prit
part les trois rois
ses compagnons
et
leur demanda s'il voulaient savoir
ce
qui
se
passait
en
Bretagne
- Certes
répondit
le
roi Artus
s'il vous plaisait de nous
le
dire
Alors Merlin leur conta comment Gauvain
Agravain
Guerrehès
Gaheriet
et
leur cousin Galessin avaient quitté leur pères
les rois Lot
et
Nantre
sans en avoir congé
et
comment
après avoir défait les Saines
ils
se
tenaient pré-
sentement
Logres
et
gardaient vaillamment
le
royaume contre les païens
Puis comment Yvain
le
Grand
fils du roi Urien de Gorre
d'une sœur d'Artus
et
Yvain
son frère
qu'on
appelait l'avoutre parce qu'il était
le
bâtard
du
roi Urien
la
femme de son sénéchal
avaient juré comme leurs cousins qu'ils
ne
seraient chevaliers que
de la
main d'Artus
, et
s'étaient mis
en