‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 27 sur 100 · FUITE DU DUC D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

FUITE DU DUC D'ALLEMAGNE

fourche , lorsque le roi Artus l'atteint et lui décharge un si grand coup sur le bras que le géant laisse choir son épée et , tout étourdi ,

s'incline sur l'arçon. Mais le cheval , qui était le plus grand et le meilleur du monde , saute , tout effrayé du choc , et emporte à travers la sombre forêt le duc mugissant comme un taureau .

La nuit était venue . Ban et Bohor demandè-

rent au roi Artus s'il n'avait point de mal . - Au contraire , répondit le roi , car j'ai fait aujourd'hui une conquête que je ne changerais pas pour la plus riche cité du monde .

Et , après avoir nettoyé soigneusement Escalibor du sang dont elle était souillée , il la remit

au fourreau et ramassa l'épée du géant qui étincelait comme un diamant dans l'ombre . Puis les

trois rois , en compagnie de Nascien , reprirent le chemin de Carohaise .

Quand

ils y

arrivèrent

ils

trouvèrent

la

ville en fête

cause de la déconfiture dés

ennemis

Et le

roi Léodogan leur

fit , à

eux

leurs compagnons

, le

plus bel accueil qu'il put

Par son ordre

quand

ils

furent désarmés

sa

fille Guenièvre vint elle -même , vêtue des plus riches habits qu'elle cut, présenter aux trois rois l'eau chaude dans un bassin d'ar-

gent . Elle leur lava de sa main le visage et le cou , et les essuya très doucement d'une serviette blanche et bien ouvrée ; puis elle leur mit à chacun un manteau au col ; et, quand elle vit ainsi le roi Artus , elle pensa que la dame qu'un

si beau et si bon chevalier requerrait d'amour serait heureuse . Et lui , de son côté , il la regardait très tendrement , car elle était la plus belle femme qui fût alors en la Bretagne bleue : sous sa couronne d'or et de pierreries , son visage

était frais et justement coloré de blanc et de vermeil ; quant à son corps , il n'était ni trop gras ni trop maigre , les épaules droites et polies ,

les

flancs étroits

les hanches basses

les

pieds blancs

et

voûtés

les bras longs

gros

les mains blanches

et

grassettes

c'était unejoie

Mais

, si

en

elle était

la

beauté

davantage encore s'y trouvaient bonté

largesse

courtoisie

sens

valeur

douceur

et

débonnaireté

le

manger fut prêt

on

mit les tables

et

les chevaliers prirent place

Le

roi Bohor

et

le

roi Ban firent asseoir

roi Artus entre eux

par honneur

, et

Léodagan remarqua cela

Ce

doit être leur seigneur

pensa

-t-il .

Plût

Dieu qu'il épousât ma fille

Car tant de chevalerie

ne

saurait

se

trouver qu'en un haut homme

Cependant Guenièvre offrait

le

vin

Artus dans "

GUENIÉVRE DE CARMÉLIDE

la coupe du roi , et tandis qu'elle la lui tendait , agenouillée devant lui, il regardait ses seins durs comme pommelettes et sa chair plus blanche que neige nouvelle , et il la convoitait si fort qu'il

oubliait le boire et le manger . Il tourna légère-

ment son siège pour que ses voisins n'en vissent rien , mais Guenièvre s'en aperçut très bien . Sire damoisel , buvez , lui dit-elle , et ne

m'en veuillez point si je ne vous appelle par

votre nom , car je l'ignore . Ne soyez point distrait à table , car vous ne l'êtes point aux armes ,

comme il y parut assez aujourd'hui .

Alors il prit la coupe et but . Puis il la pria de s'asseoir en disant qu'elle avait été trop longtemps à genoux . Mais Léodagan ne le voulut souffrir.

Lorsque les nappes furent ôtées , le bon roi vint se placer à côté de Ban, qui lui dit :

- Sire , je m'étonne que vous n'ayez pas

encore marié votre fille à quelque haut homme , car elle est très gente pucelle et sage , et vous n'avez d'autre enfant à qui votre terre puisse

échoir après votre mort ; vous devriez déjà vous être pourvu .

- Voire , sire , répondit Léodagan ; mais la guerre m'a empêché ; il y a sept ans que le roi Claudas de la Déserte ne cesse de me guerroyer . Certes , si Dieu voulait que je trouvasse quelque prud'homme qui pût me défendre , je lui donnerais ma fille et toute ma terre après moi ,

MERLIN L'ENCHANTEUR

et je ne regarderais ni au lignage , ni au rang . En l'entendant , Merlin sourit et

fit

un signe

au

roi Bohor

Mais

se

mirent

parler d'autre chose

et

Léodagan

ne

put retourner leurs paroles

et

ramener

sujet

de

conversation

Les tables levées

Merlin prit

part les trois rois

ses compagnons

et

leur demanda s'il voulaient savoir

ce

qui

se

passait

en

Bretagne

- Certes

répondit

le

roi Artus

s'il vous plaisait de nous

le

dire

Alors Merlin leur conta comment Gauvain

Agravain

Guerrehès

Gaheriet

et

leur cousin Galessin avaient quitté leur pères

les rois Lot

et

Nantre

sans en avoir congé

et

comment

après avoir défait les Saines

ils

se

tenaient pré-

sentement

Logres

et

gardaient vaillamment

le

royaume contre les païens

Puis comment Yvain

le

Grand

fils du roi Urien de Gorre

d'une sœur d'Artus

et

Yvain

son frère

qu'on

appelait l'avoutre parce qu'il était

le

bâtard

du

roi Urien

la

femme de son sénéchal

avaient juré comme leurs cousins qu'ils

ne

seraient chevaliers que

de la

main d'Artus

, et

s'étaient mis

en

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