‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 26 sur 100 · L'ENCHANTEUR · texte numérisé non relu

L'ENCHANTEUR

étincelles en jaillissent . Mais Gaheriet , encore ,

ne riposte pas à son aîné .

- Vous êtes trop orgueilleux , ribaud! crie Gauvain .

Et du pommeau de son épée il frappe Agra-

vain sur l'oreille si rudement qu'il le fait tomber de son cheval tout étourdi . Puis , tandis que

Galessin s'empresse auprès de la victime et l'aide à se remettre en selle :

- Maintenant , rassemblez les sommiers , commande -t -il aux valets .

Ainsi s'en vont les cinq damoiseaux avec leurs

gens , menant le convoi pris aux Saines ; et leur humeur n'est plus à chanter et deviser . Comme ils chevauchaient silencieusement à travers un

bois ,

ils

aperçurent un écuyer qui paraissait

fuir

monté sur un grand

et

fort cheval

, et

portant en travers de sa selle un berceau

- Seigneurs

leur cria l'homme

en nom Dieu

sauvez cet enfant

Et

leur expliqua qu'il était

leur père

, le

roi Lot

Inquiet

voir menacée par

les

Saines

sa

maîtresse cité dont les murs croulaient en maints endroits

celui

s'était résolu

LA REINE D'ORCANIE

mettre en sûreté sa femme et son dernier fils , le petit Mordret , dans sa forteresse de Glocedon .

Il était sorti de la ville avec eux , dans la nuit , par une poterne , escorté de quelques chevaliers . Mais

ils

venaient de rencontrer un gros parti

de

Saines qui les avait déconfits

- Demeure dans ce bois avec ces sommiers

et

nos garçons

dit Gauvain

l'écuyer

et

n'en sors point avant que d'avoir de nos nouvelles

En débouchant du bois

ils

virent au loin

le

roi Lot qui s'enfuyait avec

ce

qui lui restait

de

gens

rudement poursuivi par les païens

Et ,

plus près

une belle dame

tout échevelée

que

deux Saines tiraient par ses tresses derrière leurs chevaux

sa

longue robe

la

faisait trébucher

et

l'empêchait

de

marcher

au

pas

de

leurs montures

Dame Sainte Marie

mère de Dieu

secourez

moi

criait

elle

Et chaque fois qu'elle disait

Sainte Marie

l'un des païens

la

frappait

si

brutalement

de

son gant de fer sur

la

face

qu'il

la

jetait

terre

Parfois

elle demeurait comme pâmée sur

le

sol

alors

le

mécréant

la

prenait

et la

plaçait

en

travers de

sa

selle

mais aussitôt elle

se

laissait couler

bas du cheval

criant comme femme qu'on blesse

- Que

ne

suis

je

morte

Jamais

je

ne

vous céderai

Ce que voyant

, le

Saine recommençait

de la

MERLIN L'ENCHANTEUR

traîner par les cheveux . Et elle était tellement enrouée qu'à peine pouvait -elle encore appeler au secours .

Reconnaissant sa mère , Gauvain sentit son

cœur se serrer au point que pour un peu plus il

en eût perdu le sens .

Mécréant ! cria -t-il en brochant des épe-

rons tant rudement que le sang jaillit des flancs de son destrier , ah ! traître ! Saine ! laissez cette

dame ! Jamais , en nul jour de votre vie , vous n'avez commis folie qui vous doive coûter si cher!

Déjà, suivi des siens , il était sur les païens , qui

tous deux furent tués avant d'avoir pu se reconnaître . Et les quatre frères sautaient de leurs chevaux sur le cadavre du ravisseur de la reine ,

et l'un lui coupait la tête, l'autre lui tranchait

les deux bras , l'autre lui fichait son épée dans

le corps , l'autre le frappait à coups d'estoc . Puis

ils

coururent

leur mère

pleurant

chaudes larmes

et

tordant leurs poings

, si

bien qu'en ouvrant les yeux elle

se

vit entre les bras

de

Gauvain

entourée de ses enfants

Alors

ayant rendu grâce

Notre Seigneur

Beaux fils

Gauvain

dit

elle

ne

pleurez

pas

car

je

suis que blessée

Hélas

si je

n'avais perdu mon fils Mordret

et

votre père

mon seigneur

qui

combattu presque seul contre cinquante païens

durant plus

de

temps qu'il n'en faudrait pour faire une demi

lieue

pieds

ARTUS EN CARMÉLIDE

Longtemps je l'ai supplié de s'enfuir . Les couteaux et les javelots semblaient pleuvoir du ciel sur lui .

Dame , dit Gauvain , du roi notre père nous n'avons nouvelles ; mais Mordret est sauvé .

A ces mots , la reine jeta un soupir et de nouveau pama .

couleurs reparurent , Gauvain lui lava doucement le visage qu'elle

avait tout souillé de sang . Puis on lui

fit

une litière entre deux palefrois

qu'on garnit d'herbe fraîche

et

où

on

l'étendit

Après quoi

compagnie

de

leurs gens

et

de

l'écuyer qui portait l'enfant Mordret

les cinq damoiseaux menèrent

la

reine

et le

butin pris aux Saines dans

ville

de

Logres

en

Bretagne

qui était

quatre lieues de

là .

Et ils

furent reçus

grande joie

et

ne

tardèrent pas

de

s'y faire aimer pour leur grande prud'homie

Mais maintenant

le

conte laisse

ce

propos

devise du roi Artus

et

de

ses qua-

rante compagnons

Lorsqu'ils arrivèrent

Carohaise en Carmélide

le

roi Léodagan était

en

conseil dans son palais avec ses barons

Ils

se

présentèrent

en

se

tenant tous par

la

main

, et

saluèrent

le

roi l'un après l'autre

Puis

le

roi Ban

qui savait très bien

MERLIN L'ENCHANTEUR

discourir , déclara qu'ils venaient offrir leurs services à condition qu'on ne leur demandat point leurs noms ; et Léodagan les ayant acceptés ,

ils

allèrent

conduits par Merlin

se

loger chez un vavasseur appelé Blaire

riche

et

prud'homme

dont

la

femme

bonne

Dieu

et

au

siècle

se

nommait Lionelle

Ils

n'étaient pas arrivés depuis une semaine que l'armée ennemie parut devant Carohaise

Le conseiller

de

Rome Ponce Antoine

qui était un très bon

et

preux chevalier

menait les Romains

le

duc Frolle les Allemands

et le

roi Claudas les

gens

Terre Déserte

C'était un mardi soir

30 avril

Dès que les guetteurs aperçurent

au

loin les premiers coureurs ennemis

et la

fumée des incendies

on

ferma les portes

et

tout

le

monde courut aux armes

Les chevaliers

de

Léodagan

se

formèrent sous l'enseigne

du

roi

d'azur

trois bandes d'or

que portait

le

sénéchal Cléodalis

Artus

et

ses bons compagnons

se

rassemblèrent autour

de la

bannière

de

Merlin

on

voyait un petit dragon

queue longue

et

tortue

qui semblait lancer des flammes

et

dont

eût cru que

la

langue bougeait sans cesse dans

la

gueule béante

Cependant les premiers coureurs ennemis arrivaient au bord du fossé

Ils lancèrent inso-

lemment leurs javelots contre

la

porte

puis

ils

firent tourner leurs chevaux

et

s'occupèrent

rassembler les bestiaux abandonnés dans les

champs par les paysans

BATAILLE DE CAROHAISE

Lorsqu'il

vit

cela

Merlin

suivi

de

sa

compagnie

se

fraya passage jusqu'à

la

porte

Ouvre

et

laisse

nous sortir

commanda-

t-il

au portier

-- Pas avant d'avoir reçu l'ordre du roi

Ouvre

ou

malheur

toi

Et

pose

la

main sur

le

fléau

le

soulève

écarte les battants aussi aisément que s'ils n'eussent été clos par une bonne serrure

fait tomber

le

pont

en le

poussant rudement

et

sort avec les siens

après quoi

le

pont

se

relève

de

lui -

même

la

porte

se

referme toute seule

pène tourne sans aide

et le

fléau retombe

de

son propre mouvement

Cependant

les quarante

et

un compagnons

se

jetaient une troupe d'Allemands qui

emmenaient du bétail

et la

dispersaient

puis

ils

s'occupaient

grouper les bêtes pour les ramener vers

la

cité

Mais

, la

sonnerie des timbres

des cors

des buccines

et

des tambours

les Alle-

mands

se

rassemblèrent rapidement

bientôt

toute l'armée du duc Frolle galopa sur Artus et les siens

- Sainte Marie Notre Dame

priez votre cher Fils qu'il nous aide

et

soutienne

Poignez

francs chevaliers

Ores

on

verra qui preux sera

Ayant dit

Merlin donne un coup de sifflet

aussitôt une rafale de vent soulève un immense

tourbillon

de

poussière

l'abri duquel

lâchant

MERLIN L'ENCHANTEUR

le frein et piquant des deux , les compagnons se précipitent sur les ennemis aveuglés et en font un terrible carnage . A cette vue , Léodagan fait à son tour sortir en rase campagne ses chevaliers en deux corps , l'un sous ses ordres , l'autre sous ceux du sénéchal Cléodalis . Mais il

est rudement reçu par les gens du roi Claudas de la Déserte et de Ponce Antoine ; les lances se

heurtent , les épées frappent les heaumes et les

écus , et le bruit du combat devient tel qu'en

n'eût point entendu Dieu tonner : les habitants de la ville en étaient tout assourdis .

Or, il arriva que les gens de Léodagan furent enfoncés par ceux de la Déserte , et que le roi fut renversé de son cheval et pris . Merlin le sut dans le même instant , à l'autre bout du champ de bataille .

-A moi , francs chevaliers ! cria-t-il en levant

son enseigne flamboyante .

Et les quarante compagnons se rassemblent derrière lui au grand galop . Ils fondent comme une tempête sur les chevaliers qui emmenaient le roi, les tuent ou les dispersent et délivrent Léodagan ; puis , après lui avoir donné de nouvelles armes et un destrier,

ils

repartent

toute allure derrière leur porte

enseigne

sur leurs chevaux dégouttants

de

sueur

s'élancent

à la

rescousse

de

Cléodalis qui avait fort

faire contre les Romains

abattent de leur premier

choc tout

ce

qu'ils trouvent devant eux

, et

se

BATAILLE DE CAROHAISE

mettent à frapper comme charpentiers sur poutres .

Ponce Antoine, qui était un des plus preux

chevaliers du monde , ne put souffrir de les voir ainsi travailler : il rassemblases meilleurs

hommes et chargea avec eux au milieu de la mêlée . A nouveau chevaliers de Cléodalis plièrent et déjà plusieurs des compagnons de Merlin étaient renversés . Mais le roi Artus jura de s'essayer au Romain qui bataillait de la sorte . Il fut prendre de ses écuyers une nouvelle lance , roide , à fer tranchant , et revint au galop . - Sire , lui cria le roi Ban, que voulez -vous faire ? Vous êtes trop jeune et trop petit pour jouter contre un si grand diable . Laissez -moi aller , qui suis votre aîné , et plus fort , et plus haut.-Je ne saurais jamais ce que je vaux , repartit

le roi, si je ne m'essayais contre un chacun . Et il pique des deux si rudement que le sang sort des flancs de son destrier ; sous les fers du

cheval le sol résonne et les pierres volent comme grêle . Le Romain s'adresse à sa rencontre ;

mais Artus lui transperce l'écu, le haubert et le corps , de manière que le fer et une brasse au moins du bois de sa lance passent outre l'échine : et Ponce Antoine tombe mort .

Alors le roi tire sa bonne épée Escalibor dont il

fait merveilles , coupant bras , poings et têtės .

Ah ! le beau damoisel ! A le voir, la fille du rõi

MERLIN L'ENCHANTEUR

Léodagan ,

les

dames

les pucelles

qui regardaient

le

combat sur

le

mur de

la

ville

tendent

leurs mains vers

le

ciel

en

priant Notre Seigneur

et

en pleurant de pitié pour

rude travail d'armes qu'il souffre

, si

jeune encore

et

si

petit

Cependant

, le

roi Ban

de

Benoïc

qui était très grand

et

large d'épaules

cherchait partout son ennemi mortel

le

roi Claudas de

la

Déserte

Midi était déjà passé lorsqu'il l'aperçut

milieu

de

sa

gent

aussitôt

se

précipite droit sur lui

renversant tout au passage

déjà

lève

deux mains son épée

le

roi Claudas jette son écu

à la

parade

mais

le

coup s'abat

si

rudement qu'il tranche l'écu

l'arçon

et le

cheval entre les deux épaules

Et

le

roi Ban allait faire passer son destrier sur son adversaire gisant

et

le

fouler rudement

lorsqu'il vit

quelque distance Bretel

, la

cuisse prise sous son cheval abattu

et

qu'Ulfin défendait de son mieux

s'élance

leur secours

presse

se

referme sur eux

bientôt sa monture

et

celle d'Ulfin sont tuées

les trois chevaliers

se

placent dos

dos

et

se

défendent durement

Hélas

ils

sont bien aventurés

au milieu des ennemis

et

peu s'en faut qu'il n'advienne un dommage qui

sera jamais réparé

ce

moment

Merlin

qui savait toutes choses

appela

le

roi Artus

roi Bohor

et

leur apprit

ce

qui

se

passait

BATAILLE DE CAROHAISE

Ah ! sire , s'écria Bohor, si mon frère était

tué , de ma vie je ne connaîtrais plus la joie ! - Suivez - moi , dit Merlin .

Et le dragon qu'il tenait à la main se mit à jeter par la gueule des brandons de feu , si bien que tout l'air en devint vermeil et que les bannières des ennemis s'enflammèrent . Derrière lui ,

àtravers la mêlée , les Bretons avançaient comme

une vaste nef , laissant dans son sillage une double rangée de chevaliers tombés et de destriers fuyants , les rênes traînant entre leurs pieds .

Enfin

ils

parvinrent

au

roi Ban

et

aux siens qui

pied

leurs heaumes décerclés leur tombant sur

les yeux

leurs écus brisés

leurs hauberts rompus

et

démaillés

se

défendaient encore derrière un monceau de chevaux tués

et ,

tenant

deux poings leurs épées

frappaient furieusement ceux qui tentaient de les approcher

Quand

voit son frère

en

cet état

le

roi Bohor s'appuie

ses deux étriers

si

rudement que

le

fer

en

plie

broche des éperons

vole sur les gens

de

Claudas

bruissant comme un alérion

les

heurte d'un tel élan que leurs rangs

en

tremblent

de

son épée toute souillée

de

sang

et

cervelle

tranche

au

premier qu'il rencontre

la

tête près

de

l'oreille

l'épaule gauche

tout

corps jusqu'à

la

ceinture

au

second

découvre

le

foie

et le

poumon

Et

Artus

ses compagnons

l'imitent

si

bien que Ban

Bretel

et

Ulfin

dégagés

rajustent leurs heaumes

s'arment

de

MERLIN L'ENCHANTEUR

nouveaux écus , et, montant sur des chevaux pris au passage,

ils

se

rejettent dans

la

mêlée

En selle sur un haut destrier très fort et très

allant

le

duc Frolle avait fait tout

le

jour

un

grand massacre des gens de Léodagan

Quand

vit que les Romains

et

les hommes du roi Claudas lâchaient pied

et

gent commençait

de

plier

prit

deux mains

sa

masse

de

cuivre

qu'un homme ordinaire aurait

eu

peine

soulever

etil

se

mit

grand

et

puissant comme

était

asséner de tels coups qu'autour de

lui le

sang coulait

en

ruisseau

Pourtant

lorsque

son enseigne eut été abattue

ce

coup

ceux qui l'entouraient

eux

mêmes

se

mirent

fuir

et

comprit qu'il lui fallait battre

en

retraite

s'il

ne

voulait être pris

Bien dolent

tourna bride

et

s'éloigna

solitaire

au

galop de son grand destrier

Les compagnons de Merlin

et

les chevaliers de Carmélide étaient

si

occupés

pourchasser

les ennemis débandés qu'ils

ne

l'aperçurent pas

Seul

, le

roi Artus

se

mit

à sa

poursuite

l'atteignit dans une obscure vallée

creusée entre deux bois

Le soleil déclinait

cette heure

et

toute

sa

clarté était éteinte par les montagnes qui s'élevaient de chaque côté de

ce

val profond

- Géant félon

cria Artus

retournez

ou vous êtes mort

Voyez qu'un seul homme vous poursuit

MARMIADOISE

Le duc d'Allemagne eut grand dépit quand il connut que le chevalier qui le menaçait ainsi n'était qu'un enfant au prix de lui . Il

fit

tourner

son cheval

et

s'élança

sa

masse

à la

main

couvert de son bouclier fait d'un dos d'olifant

Au

premier choc

Artus de

sa

lance lui traverse l'épaule

pourtant

le

géant

ne

bouge pas plus qu'un rocher

et

lève

sa

masse pour riposter

mais Artus esquive

le

coup

portant son cheval

en

avant

si

roidement que les deux montures

se

heurtent

et

tombent

Frolle

qui était beaucoup plus fort

et

puissant

mais plus lourd

ayant quarante

deux ans

était encore

terre

déjà son jeune adversaire lui courait sus

Escalibor fulgurait

au -

dessus

de

son heaume

pour parer

le

coup

Frolle oppose

masse

elle est tranchée

Alors

dégaîne son épée

C'était une des bonnes lames du monde

celle-

là

même dont Hercule

servit quand

meną Jason

en

l'île

de

Colchide pour conquérir la toison d'or

et

elle avait nom Marmiadoise

Dès qu'elle fut hors du fourreau

elle répandit

une

si

grande clarté que tout

le

pays

en

fut illuminé

et

Artus

en la

voyant flamboyer ainsi

recula d'un pas pour mieux

la

considérer

محمد Sire chevalier

dit

le

géant

, je

ne

sais qui vous êtes

mais vous avez

la

hardiesse

puisque vous avez osé me poursuivre tout seul

Pour cela

, je

vous ferai grâce

baillez

moi vos armes

je

vous laisserai aller

MERLIN L'ENCHANTEUR

-- Vous -même , répondit le roi Artus rougissant de dépit , mettez bas cette épée et rendezvous à merci ; et sachez que le fils du roi Uter Pendragon ne vous assure que de la mort .

- Es -tu le roi Artus ? Apprends donc que je

me nomme Frolle et que je suis duc d'Allemagne . Je tiens tout le pays jusqu'à la terre des Pâtures ; et plus loin elle m'appartiendrait en-

*core , si l'on pouvait y passer , mais on ne saurait à cause d'une statue que Judas mit là en guise de borne et pour marquer jusqu'où s'étendirent ses conquêtes . On la nomme la Laide

Semblance : les anciens disent que , sitôt ôtée , les aventures du royaume de Logres cesseront ;

mais celui qui la voit en prend aussitôt la monstrueuse figure . Et maintenant , fils d'Uter Pendragon , sache que je fais serment de ne plus

connaître le goût du pain et du vin tant que je te saurai vivant .

Il dit , et se jette sur Artus ; mais celui-ci l'évite et riposte à l'œil droit ; si son épée ne lui eût tourné dans la main , le géant eût été tué . Frolle sent son sang couler sur sa joue :

furieux , il court droit sur Artus pour le saisir ,

mais celui-ci recule en se défendant à grands coups d'Escalibor . Et voici que six chevaliers romains apparaissent sur la pente de la montagne , galopant en tempête , poursuivis par Ban , Bohor et Nascien . A la vue des Bretons , le

duc Frolle revient à son destrier ; déjà il l'en-

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