L'ENCHANTEUR
étincelles en jaillissent . Mais Gaheriet , encore ,
ne riposte pas à son aîné .
- Vous êtes trop orgueilleux , ribaud! crie Gauvain .
Et du pommeau de son épée il frappe Agra-
vain sur l'oreille si rudement qu'il le fait tomber de son cheval tout étourdi . Puis , tandis que
Galessin s'empresse auprès de la victime et l'aide à se remettre en selle :
- Maintenant , rassemblez les sommiers , commande -t -il aux valets .
Ainsi s'en vont les cinq damoiseaux avec leurs
gens , menant le convoi pris aux Saines ; et leur humeur n'est plus à chanter et deviser . Comme ils chevauchaient silencieusement à travers un
bois ,
ils
aperçurent un écuyer qui paraissait
fuir
monté sur un grand
et
fort cheval
, et
portant en travers de sa selle un berceau
- Seigneurs
leur cria l'homme
en nom Dieu
sauvez cet enfant
Et
leur expliqua qu'il était
leur père
, le
roi Lot
Inquiet
voir menacée par
les
Saines
sa
maîtresse cité dont les murs croulaient en maints endroits
celui
s'était résolu
LA REINE D'ORCANIE
mettre en sûreté sa femme et son dernier fils , le petit Mordret , dans sa forteresse de Glocedon .
Il était sorti de la ville avec eux , dans la nuit , par une poterne , escorté de quelques chevaliers . Mais
ils
venaient de rencontrer un gros parti
de
Saines qui les avait déconfits
- Demeure dans ce bois avec ces sommiers
et
nos garçons
dit Gauvain
l'écuyer
et
n'en sors point avant que d'avoir de nos nouvelles
En débouchant du bois
ils
virent au loin
le
roi Lot qui s'enfuyait avec
ce
qui lui restait
de
gens
rudement poursuivi par les païens
Et ,
plus près
une belle dame
tout échevelée
que
deux Saines tiraient par ses tresses derrière leurs chevaux
sa
longue robe
la
faisait trébucher
et
l'empêchait
de
marcher
au
pas
de
leurs montures
Dame Sainte Marie
mère de Dieu
secourez
moi
criait
elle
Et chaque fois qu'elle disait
Sainte Marie
l'un des païens
la
frappait
si
brutalement
de
son gant de fer sur
la
face
qu'il
la
jetait
terre
Parfois
elle demeurait comme pâmée sur
le
sol
alors
le
mécréant
la
prenait
et la
plaçait
en
travers de
sa
selle
mais aussitôt elle
se
laissait couler
bas du cheval
criant comme femme qu'on blesse
- Que
ne
suis
je
morte
Jamais
je
ne
vous céderai
Ce que voyant
, le
Saine recommençait
de la
MERLIN L'ENCHANTEUR
traîner par les cheveux . Et elle était tellement enrouée qu'à peine pouvait -elle encore appeler au secours .
Reconnaissant sa mère , Gauvain sentit son
cœur se serrer au point que pour un peu plus il
en eût perdu le sens .
Mécréant ! cria -t-il en brochant des épe-
rons tant rudement que le sang jaillit des flancs de son destrier , ah ! traître ! Saine ! laissez cette
dame ! Jamais , en nul jour de votre vie , vous n'avez commis folie qui vous doive coûter si cher!
Déjà, suivi des siens , il était sur les païens , qui
tous deux furent tués avant d'avoir pu se reconnaître . Et les quatre frères sautaient de leurs chevaux sur le cadavre du ravisseur de la reine ,
et l'un lui coupait la tête, l'autre lui tranchait
les deux bras , l'autre lui fichait son épée dans
le corps , l'autre le frappait à coups d'estoc . Puis
ils
coururent
leur mère
pleurant
chaudes larmes
et
tordant leurs poings
, si
bien qu'en ouvrant les yeux elle
se
vit entre les bras
de
Gauvain
entourée de ses enfants
Alors
ayant rendu grâce
Notre Seigneur
Beaux fils
Gauvain
dit
elle
ne
pleurez
pas
car
je
suis que blessée
Hélas
si je
n'avais perdu mon fils Mordret
et
votre père
mon seigneur
qui
combattu presque seul contre cinquante païens
durant plus
de
temps qu'il n'en faudrait pour faire une demi
lieue
pieds
ARTUS EN CARMÉLIDE
Longtemps je l'ai supplié de s'enfuir . Les couteaux et les javelots semblaient pleuvoir du ciel sur lui .
Dame , dit Gauvain , du roi notre père nous n'avons nouvelles ; mais Mordret est sauvé .
A ces mots , la reine jeta un soupir et de nouveau pama .
couleurs reparurent , Gauvain lui lava doucement le visage qu'elle
avait tout souillé de sang . Puis on lui
fit
une litière entre deux palefrois
qu'on garnit d'herbe fraîche
et
où
on
l'étendit
Après quoi
compagnie
de
leurs gens
et
de
l'écuyer qui portait l'enfant Mordret
les cinq damoiseaux menèrent
la
reine
et le
butin pris aux Saines dans
ville
de
Logres
en
Bretagne
qui était
quatre lieues de
là .
Et ils
furent reçus
grande joie
et
ne
tardèrent pas
de
s'y faire aimer pour leur grande prud'homie
Mais maintenant
le
conte laisse
ce
propos
devise du roi Artus
et
de
ses qua-
rante compagnons
Lorsqu'ils arrivèrent
Carohaise en Carmélide
le
roi Léodagan était
en
conseil dans son palais avec ses barons
Ils
se
présentèrent
en
se
tenant tous par
la
main
, et
saluèrent
le
roi l'un après l'autre
Puis
le
roi Ban
qui savait très bien
MERLIN L'ENCHANTEUR
discourir , déclara qu'ils venaient offrir leurs services à condition qu'on ne leur demandat point leurs noms ; et Léodagan les ayant acceptés ,
ils
allèrent
conduits par Merlin
se
loger chez un vavasseur appelé Blaire
riche
et
prud'homme
dont
la
femme
bonne
Dieu
et
au
siècle
se
nommait Lionelle
Ils
n'étaient pas arrivés depuis une semaine que l'armée ennemie parut devant Carohaise
Le conseiller
de
Rome Ponce Antoine
qui était un très bon
et
preux chevalier
menait les Romains
le
duc Frolle les Allemands
et le
roi Claudas les
gens
Terre Déserte
C'était un mardi soir
30 avril
Dès que les guetteurs aperçurent
au
loin les premiers coureurs ennemis
et la
fumée des incendies
on
ferma les portes
et
tout
le
monde courut aux armes
Les chevaliers
de
Léodagan
se
formèrent sous l'enseigne
du
roi
d'azur
trois bandes d'or
que portait
le
sénéchal Cléodalis
Artus
et
ses bons compagnons
se
rassemblèrent autour
de la
bannière
de
Merlin
on
voyait un petit dragon
queue longue
et
tortue
qui semblait lancer des flammes
et
dont
eût cru que
la
langue bougeait sans cesse dans
la
gueule béante
Cependant les premiers coureurs ennemis arrivaient au bord du fossé
Ils lancèrent inso-
lemment leurs javelots contre
la
porte
puis
ils
firent tourner leurs chevaux
et
s'occupèrent
rassembler les bestiaux abandonnés dans les
champs par les paysans
BATAILLE DE CAROHAISE
Lorsqu'il
vit
cela
Merlin
suivi
de
sa
compagnie
se
fraya passage jusqu'à
la
porte
Ouvre
et
laisse
nous sortir
commanda-
t-il
au portier
-- Pas avant d'avoir reçu l'ordre du roi
Ouvre
ou
malheur
toi
Et
pose
la
main sur
le
fléau
le
soulève
écarte les battants aussi aisément que s'ils n'eussent été clos par une bonne serrure
fait tomber
le
pont
en le
poussant rudement
et
sort avec les siens
après quoi
le
pont
se
relève
de
lui -
même
la
porte
se
referme toute seule
pène tourne sans aide
et le
fléau retombe
de
son propre mouvement
Cependant
les quarante
et
un compagnons
se
jetaient une troupe d'Allemands qui
emmenaient du bétail
et la
dispersaient
puis
ils
s'occupaient
grouper les bêtes pour les ramener vers
la
cité
Mais
, la
sonnerie des timbres
des cors
des buccines
et
des tambours
les Alle-
mands
se
rassemblèrent rapidement
bientôt
toute l'armée du duc Frolle galopa sur Artus et les siens
- Sainte Marie Notre Dame
priez votre cher Fils qu'il nous aide
et
soutienne
Poignez
francs chevaliers
Ores
on
verra qui preux sera
Ayant dit
Merlin donne un coup de sifflet
aussitôt une rafale de vent soulève un immense
tourbillon
de
poussière
l'abri duquel
lâchant
MERLIN L'ENCHANTEUR
le frein et piquant des deux , les compagnons se précipitent sur les ennemis aveuglés et en font un terrible carnage . A cette vue , Léodagan fait à son tour sortir en rase campagne ses chevaliers en deux corps , l'un sous ses ordres , l'autre sous ceux du sénéchal Cléodalis . Mais il
est rudement reçu par les gens du roi Claudas de la Déserte et de Ponce Antoine ; les lances se
heurtent , les épées frappent les heaumes et les
écus , et le bruit du combat devient tel qu'en
n'eût point entendu Dieu tonner : les habitants de la ville en étaient tout assourdis .
Or, il arriva que les gens de Léodagan furent enfoncés par ceux de la Déserte , et que le roi fut renversé de son cheval et pris . Merlin le sut dans le même instant , à l'autre bout du champ de bataille .
-A moi , francs chevaliers ! cria-t-il en levant
son enseigne flamboyante .
Et les quarante compagnons se rassemblent derrière lui au grand galop . Ils fondent comme une tempête sur les chevaliers qui emmenaient le roi, les tuent ou les dispersent et délivrent Léodagan ; puis , après lui avoir donné de nouvelles armes et un destrier,
ils
repartent
toute allure derrière leur porte
enseigne
sur leurs chevaux dégouttants
de
sueur
s'élancent
à la
rescousse
de
Cléodalis qui avait fort
faire contre les Romains
abattent de leur premier
choc tout
ce
qu'ils trouvent devant eux
, et
se
BATAILLE DE CAROHAISE
mettent à frapper comme charpentiers sur poutres .
Ponce Antoine, qui était un des plus preux
chevaliers du monde , ne put souffrir de les voir ainsi travailler : il rassemblases meilleurs
hommes et chargea avec eux au milieu de la mêlée . A nouveau chevaliers de Cléodalis plièrent et déjà plusieurs des compagnons de Merlin étaient renversés . Mais le roi Artus jura de s'essayer au Romain qui bataillait de la sorte . Il fut prendre de ses écuyers une nouvelle lance , roide , à fer tranchant , et revint au galop . - Sire , lui cria le roi Ban, que voulez -vous faire ? Vous êtes trop jeune et trop petit pour jouter contre un si grand diable . Laissez -moi aller , qui suis votre aîné , et plus fort , et plus haut.-Je ne saurais jamais ce que je vaux , repartit
le roi, si je ne m'essayais contre un chacun . Et il pique des deux si rudement que le sang sort des flancs de son destrier ; sous les fers du
cheval le sol résonne et les pierres volent comme grêle . Le Romain s'adresse à sa rencontre ;
mais Artus lui transperce l'écu, le haubert et le corps , de manière que le fer et une brasse au moins du bois de sa lance passent outre l'échine : et Ponce Antoine tombe mort .
Alors le roi tire sa bonne épée Escalibor dont il
fait merveilles , coupant bras , poings et têtės .
Ah ! le beau damoisel ! A le voir, la fille du rõi
MERLIN L'ENCHANTEUR
Léodagan ,
les
dames
les pucelles
qui regardaient
le
combat sur
le
mur de
la
ville
tendent
leurs mains vers
le
ciel
en
priant Notre Seigneur
et
en pleurant de pitié pour
rude travail d'armes qu'il souffre
, si
jeune encore
et
si
petit
Cependant
, le
roi Ban
de
Benoïc
qui était très grand
et
large d'épaules
cherchait partout son ennemi mortel
le
roi Claudas de
la
Déserte
Midi était déjà passé lorsqu'il l'aperçut
milieu
de
sa
gent
aussitôt
se
précipite droit sur lui
renversant tout au passage
déjà
lève
deux mains son épée
le
roi Claudas jette son écu
à la
parade
mais
le
coup s'abat
si
rudement qu'il tranche l'écu
l'arçon
et le
cheval entre les deux épaules
Et
le
roi Ban allait faire passer son destrier sur son adversaire gisant
et
le
fouler rudement
lorsqu'il vit
quelque distance Bretel
, la
cuisse prise sous son cheval abattu
et
qu'Ulfin défendait de son mieux
s'élance
leur secours
presse
se
referme sur eux
bientôt sa monture
et
celle d'Ulfin sont tuées
les trois chevaliers
se
placent dos
dos
et
se
défendent durement
Hélas
ils
sont bien aventurés
au milieu des ennemis
et
peu s'en faut qu'il n'advienne un dommage qui
sera jamais réparé
ce
moment
Merlin
qui savait toutes choses
appela
le
roi Artus
roi Bohor
et
leur apprit
ce
qui
se
passait
BATAILLE DE CAROHAISE
Ah ! sire , s'écria Bohor, si mon frère était
tué , de ma vie je ne connaîtrais plus la joie ! - Suivez - moi , dit Merlin .
Et le dragon qu'il tenait à la main se mit à jeter par la gueule des brandons de feu , si bien que tout l'air en devint vermeil et que les bannières des ennemis s'enflammèrent . Derrière lui ,
àtravers la mêlée , les Bretons avançaient comme
une vaste nef , laissant dans son sillage une double rangée de chevaliers tombés et de destriers fuyants , les rênes traînant entre leurs pieds .
Enfin
ils
parvinrent
au
roi Ban
et
aux siens qui
pied
leurs heaumes décerclés leur tombant sur
les yeux
leurs écus brisés
leurs hauberts rompus
et
démaillés
se
défendaient encore derrière un monceau de chevaux tués
et ,
tenant
deux poings leurs épées
frappaient furieusement ceux qui tentaient de les approcher
Quand
voit son frère
en
cet état
le
roi Bohor s'appuie
ses deux étriers
si
rudement que
le
fer
en
plie
broche des éperons
vole sur les gens
de
Claudas
bruissant comme un alérion
les
heurte d'un tel élan que leurs rangs
en
tremblent
de
son épée toute souillée
de
sang
et
cervelle
tranche
au
premier qu'il rencontre
la
tête près
de
l'oreille
l'épaule gauche
tout
corps jusqu'à
la
ceinture
au
second
découvre
le
foie
et le
poumon
Et
Artus
ses compagnons
l'imitent
si
bien que Ban
Bretel
et
Ulfin
dégagés
rajustent leurs heaumes
s'arment
de
MERLIN L'ENCHANTEUR
nouveaux écus , et, montant sur des chevaux pris au passage,
ils
se
rejettent dans
la
mêlée
En selle sur un haut destrier très fort et très
allant
le
duc Frolle avait fait tout
le
jour
un
grand massacre des gens de Léodagan
Quand
vit que les Romains
et
les hommes du roi Claudas lâchaient pied
et
gent commençait
de
plier
prit
deux mains
sa
masse
de
cuivre
qu'un homme ordinaire aurait
eu
peine
soulever
etil
se
mit
grand
et
puissant comme
était
asséner de tels coups qu'autour de
lui le
sang coulait
en
ruisseau
Pourtant
lorsque
son enseigne eut été abattue
ce
coup
ceux qui l'entouraient
eux
mêmes
se
mirent
fuir
et
comprit qu'il lui fallait battre
en
retraite
s'il
ne
voulait être pris
Bien dolent
tourna bride
et
s'éloigna
solitaire
au
galop de son grand destrier
Les compagnons de Merlin
et
les chevaliers de Carmélide étaient
si
occupés
pourchasser
les ennemis débandés qu'ils
ne
l'aperçurent pas
Seul
, le
roi Artus
se
mit
à sa
poursuite
l'atteignit dans une obscure vallée
creusée entre deux bois
Le soleil déclinait
cette heure
et
toute
sa
clarté était éteinte par les montagnes qui s'élevaient de chaque côté de
ce
val profond
- Géant félon
cria Artus
retournez
ou vous êtes mort
Voyez qu'un seul homme vous poursuit
MARMIADOISE
Le duc d'Allemagne eut grand dépit quand il connut que le chevalier qui le menaçait ainsi n'était qu'un enfant au prix de lui . Il
fit
tourner
son cheval
et
s'élança
sa
masse
à la
main
couvert de son bouclier fait d'un dos d'olifant
Au
premier choc
Artus de
sa
lance lui traverse l'épaule
pourtant
le
géant
ne
bouge pas plus qu'un rocher
et
lève
sa
masse pour riposter
mais Artus esquive
le
coup
portant son cheval
en
avant
si
roidement que les deux montures
se
heurtent
et
tombent
Frolle
qui était beaucoup plus fort
et
puissant
mais plus lourd
ayant quarante
deux ans
était encore
terre
déjà son jeune adversaire lui courait sus
Escalibor fulgurait
au -
dessus
de
son heaume
pour parer
le
coup
Frolle oppose
masse
elle est tranchée
Alors
dégaîne son épée
C'était une des bonnes lames du monde
celle-
là
même dont Hercule
servit quand
meną Jason
en
l'île
de
Colchide pour conquérir la toison d'or
et
elle avait nom Marmiadoise
Dès qu'elle fut hors du fourreau
elle répandit
une
si
grande clarté que tout
le
pays
en
fut illuminé
et
Artus
en la
voyant flamboyer ainsi
recula d'un pas pour mieux
la
considérer
محمد Sire chevalier
dit
le
géant
, je
ne
sais qui vous êtes
mais vous avez
la
hardiesse
puisque vous avez osé me poursuivre tout seul
Pour cela
, je
vous ferai grâce
baillez
moi vos armes
je
vous laisserai aller
MERLIN L'ENCHANTEUR
-- Vous -même , répondit le roi Artus rougissant de dépit , mettez bas cette épée et rendezvous à merci ; et sachez que le fils du roi Uter Pendragon ne vous assure que de la mort .
- Es -tu le roi Artus ? Apprends donc que je
me nomme Frolle et que je suis duc d'Allemagne . Je tiens tout le pays jusqu'à la terre des Pâtures ; et plus loin elle m'appartiendrait en-
*core , si l'on pouvait y passer , mais on ne saurait à cause d'une statue que Judas mit là en guise de borne et pour marquer jusqu'où s'étendirent ses conquêtes . On la nomme la Laide
Semblance : les anciens disent que , sitôt ôtée , les aventures du royaume de Logres cesseront ;
mais celui qui la voit en prend aussitôt la monstrueuse figure . Et maintenant , fils d'Uter Pendragon , sache que je fais serment de ne plus
connaître le goût du pain et du vin tant que je te saurai vivant .
Il dit , et se jette sur Artus ; mais celui-ci l'évite et riposte à l'œil droit ; si son épée ne lui eût tourné dans la main , le géant eût été tué . Frolle sent son sang couler sur sa joue :
furieux , il court droit sur Artus pour le saisir ,
mais celui-ci recule en se défendant à grands coups d'Escalibor . Et voici que six chevaliers romains apparaissent sur la pente de la montagne , galopant en tempête , poursuivis par Ban , Bohor et Nascien . A la vue des Bretons , le
duc Frolle revient à son destrier ; déjà il l'en-