‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 44 sur 100 · LA NEF DE SALOMON · texte numérisé non relu

LA NEF DE SALOMON

« épée, comme la Vierge qui est à venir amen-

• dera le méfait de notre première mère .

« Ainsi fut fait, et, six mois plus tard , le navire était construit . L'épée y fut posée sur un

lit

magnifique

mais

la

dame déclara qu'il manquait encore quelque chose

Elle commanda aux charpentiers d'aller couper dans l'arbre de vie

et

dans ceux qui

en

étaient issus un fuseau rouge

un fuseau blanc

et

un

fuseau vert

Et aux premiers coups de coignée qu'ils

donnèrent

virent les arbres saigner

dont

ils

furent très épouvantés

mais

la

dame exigea qu'ils achevassent leur besogne

Et

les fuseaux furent plantés sur les côtés du

lit ;

puis

Salomon grava sur

la

lame

et le

fourreau les lettres qui interdisaient

de

dégainer l'épée

tout chevalier qui ne serait pas

le

meilleur des

meilleurs

enfin

glissa sous

le

chevet

un

bref

où

expliquait

la

signifiance

de la

nef

et

de

tout

et

qui commençait ainsi

chevalier

qui seras

le

dernier

mon lignage

, si

tu

veux être

en

paix

garde

toi des femmes sur toute chose

Si tu

les crois

sens

ni

prouesse

ni

chevalerie

ne

te

garantiront d'être honni

Quand tout fut achevé de

sorte

on mit

la

nef

l'eau

Et bientôt

la

brise

en

frappa les voiles

en

peu d'heures l'éloigna

de la

rive

et

MERLIN L'ENCHANTEUR

l'emporta vers la haute mer . Et personne ne la vit plus avant Nascien .

« Or , tandis qu'il s'émerveillait a regarder

sur la nef de Salomon le

lit ,

les

fuseaux

et

l'épée

un grand vent s'était levé

qui devint tôt une tempête félonne

et

cruelle

, si

bien que

la

nef

se

trouva emportée

toute vitesse au milieu de

la

mer furieuse

La tourmente dura huit jours

durant lesquels Nascien

ne

vit terre de près

ni

de

loin

pensa que

le

navire allait chavirer sens dessus dessous

pourtant

ne cessa d'adorer Dieu

de manière qu'il ne sentit

ni la

faim

ni la

soif

Le neuvième

, la

mer redevint

coite

et

paisible

et

Nascien s'endormit

crut voir

en

songe un homme vêtu

de

rouge

qui l'appelait

" - Nascien

sache que jamais

tu

ne

reviendras plus en ton pays

et

que

tu

resteras

et

tes enfants après toi

dans

la

terre d'Occident

" où

tu

vas

Quand trois cents ans

se

seront

écoulés

le

dernier homme

de

ton lignage

remontera dans

la

nef de ton ancêtre Salomon " pour rapporter

Sarras

le

saint vase qu'on

appelle

le

Graal

Et

ce

sera

le

neuvième de

SONGE DE NASCIEN

« tes descendants après ton fils Galaad . Le premier sera roi , bon chevalier et prud'homme ,

et aura nom Narpus ; le second sera appelé

« Nascien , comme toi ; le tiers , Hélain le Gros ;

le quart, Isaïe; le cinquième , Jonan : il exal-

« tera fort sainte Église, et donnera à son frère toute sa terre , puis il épousera la fille du roi de Gaule ; le sixième , son fils Lancelot , sera couronné au ciel comme sur la terre , car en

lui

hébergeront

la

pitié

et la

charité

et

sache

qu'il aimera

de

pur amour une dame

, la

plus belle qui soit

en

Bretagne

et la

meilleure

et la

plus sainte

dont

le

mari

le

tuera par

surprise durant qu'il boira dans une fontaine

et le

septième de ton lignage après Celidoine sera

le

roi Ban

et le

huitième aura nom Lan-

celot encore

ce

sera lui qui endurera

le

plus

peines

et

de

travaux

mais

sera chaud

et

luxurieux comme chien jusqu'à l'approche

de

sa

mort

qu'il s'amendera

quant

au

neu-

vième

trouble

en

son origine

mais

si

clair

et

si

net ensuite que Jésus

Christ en lui

se

baignera tout nu

et si

doux

et

délicieux

boire

qu'à peine s'en pourrait

on

rassasier

aura

nom Galaad

et

passera

chevalerie

terrienne

et

céleste tous ceux qui l'auront

précédé

et

mettra fin aux temps aventu- “

reux

Ainsi songeait Nascien

en

dormant

Quand

le

jour fut beau

et

clair

se

réveilla

Long

MERLIN L'ENCHANTEUR

temps il erra sur la nef, où maintes aven-

tures lui arrivèrent . Un soir, enfin , il aborda

dans un port : c'était celui où Joseph d'Arimathie et ses compagnons avaient atterri , en Grande Bretagne , non loin de la cité d'Oxford .

Ils

l'accueillirent

grande joie

et le

cinquième jour

faute

de

vivres

ils

partirent tous ensemble

emportant l'arche du Saint Graal

arrivèrent sur l'heure de tierce

à la

ville de Galafort

Quand

le

duc de

ce

pays

qui avait nom Ganor

les vit ainsi venir nu

pieds

vêtus de pauvres habits

fut tout ébahi

et

bien plus

encore quand

apprit qu'ils étaient riches hommes

en

leur pays

et

qu'ils avaient tout laissé pour l'amour

de

Jésus

Christ

manda ses clercs

et

maîtres ès lois sarrasinoises et dit

l'évêque Josephé qu'il voulait l'entendre défendre

sa

foi contre eux

Alors Josephé pria

la

Glorieuse Vierge Marie

de

ne

pas laisser parler

ceux qui oseraient s'élever contre elle

sorte que les païens

ne

purent que crier

et

braire

prendre leur langue

deux mains

, la

dépecer

et

l'arracher

Le duc

cette vue

fut

si

touché

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