prologue
du
drame
rien que l'allegro
de la
symphonie
que
la
Pulgate
dans l'édition Sommer
compte 2800 pages grand
in -
quarto
qu'il s'agit d'abréger cette immense histoire sans l'appauvrir
et
surtout d'obtenir
lecteur qu'il
se
plaise aux méandres des aventures
leur fourmillement
et à
leur enchevêtrement
Puis
telle est
la
singulière
inéluctable condition
de
l'entreprise que les difficultés crois-
sent pour
le
narrateur
mesure que progresse
la
narration
Au début
en
effet
ce
n'est guère que
la
féerie légère des contes
de
Bretagne
« si
vai
et si
plaisants
ce
ne sont que des thèmes aimables
et
brillants de chevalerie
et
de cour-
toisie
ceux
là
même où
complaisait l'Arioste
Le Donne
Cavalier
l'arme
gli
amori
Le cortesie ...
PRÉFACE
Mais peu à peu se multiplient épisodes qui sont des présages et des prefigurations de la
Quête du saint Graal, et mystérieusement toutes
les aventures s'acheminent et convergent vers la légende sainte , chargée de symboles et de mys-
tère . Peu à peu les « chevaleries terriennes »
s'orientent vers les « chevaleries célestes » . 11
faudra que paraisse dans l'action le héros qu'ont annoncé les prophéties , le chevalier aux armes couleur de feu , le Promis , le Désiré , Galaad , celui que tous à son approche salueront
de la même parole d'accueil :
« Sire , bien soiez
vos venuz , que molt vos avons desiré a veoir » ;
car il vient pour rompre les enchantements , pour mettre fin aux temps aventureux , pour animer les chevaliers d'Arthur à la recherche
du saint Graal , qui n'est autre que la recherche
de Dieu . Il faudra, en un mot , qu'après les livres courtois et féeriques du début, Merlin et Lancelot , se déroule le livre ascétique et mystique du Graal, puis encore le livre tragique de la Mort d'Arthur , où sera dépeint le Crépuscule des héros .
Quelle diversité des thèmes et des tons , et que d'obstacles rencontrera le narrateur au Pays de la Merveille, sur la route qu'il sefraye
à travers la forêt âpre et dure !
Ces difficultés , bien faites pour tenter un esprit « rompu à toutes les métamorphoses » , M. Jacques Boulenger , n'en doutons pas,
les a
PRÉFACE
mesurées : il aura aimé sa tâche pour ses risques mémes . La haute aventure qu'il ose tenter , il saura la mener à bien, s'il est muni d'un
talisman . Lequel ? J'ai lu quelque part, dans un de ses livres , ceci :
« La race se marque dans le style par un certain tour vif, naturel , aisé, attique ou extrémement français (c'est tout de même), qu'on y a
de naissance et qu'on n'acquiert jamais ; par
une façon inimitable de couper , d'agencer
ses
phrases
de
choisir ses tournures
ses expres-
sions
ses mots mêmes
de
manière que tout ait d'abord un air
de
chez nous
populaire en-
semble
et
royal
force d'aisance
un
je
ne
sais quoi
de
fort mais
de
léger
de
traditionnel
et
de
neuf
de
vieux comme notre patrie
jeune
comme elle
Jacques Boulenger
Mais l'art est difficile
série
Ces lignes
M. Jacques Boulenger
les a
écrites visiblement sans retour sur lui
même
et à
une
heure
où
ne
pensait pas
nos vieux romanciers
Elles leur conviennent pourtant
et
j'ose
les appliquer
lui comme
eux
bien soiez vos venuz
que molt vos avons desiré
veoir
Joseph BÉDIER