‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 60 sur 100 · LE CHÂTEAU DES MARES · texte numérisé non relu

LE CHÂTEAU DES MARES

écho entra dans la salle du château , où Agravadain l'entendit .

- Mes armes ! cria-t-il.

Mais , durant qu'on l'en revêtait en hâte et qu'il enfourchait son haut destrier pommelé , trois fois encore le son parvint à ses oreilles :

car le roi Bohor sonnait coup sur coup, craignant , tant le marais était large , qu'on ne l'ouït point au château . Le sire des Mares , impatienté , parut sur la chaussée , l'écu au col et la lance au poing .- Quelles gens êtes -vous ? cria-t-il . - Sire, nous sommes des chevaliers qui vous demandons l'hospitalité pour cette nuit .

A qui êtes -vous ?

- Nous tenons nos terres du roi Artus , - En nom Dieu, vous avez un bon seigneur !

C'est le mien.

Suivez -moi et soyez les bienvenu .- Grand merci !

Ils

s'en furent derrière

le

seigneur des Mares l'un après l'autre

car

la

chaussée était

si

étroite qu'on n'y eût pu chevaucher

deux

de

front

Leur hôte les conduisit

travers les cours jusqu'au logis

où des valets

et

des écuyers les vinrent aider

descendre

puis

prenant Ban

et

Bohor par

main

les

fit

entrer dans une chambre basse

et là ,

après qu'on les eut désarmés

vinrent trois pucelles qui leur mirent au col des manteaux d'écarlate fourrés d'her

mine noire , toutes trois belles et gracieuses à regarder , mais surtout la fille d'Agravadain .

Heureux, pensa Merlin , qui avec une telle pucelle pourrait dormir ! Si je ne sentais un si grand amour pour Viviane ma mie , je la tiendrais cette nuit dans mes bras . Je dois la

faire avoir au roi Ban : l'enfant qui naîtra d'eux

aura de grands destins .

Alors iljeta un enchantementet , sur-le-champ ,

le roi et la pucelle s'aimèrent éperdument .

Au souper , Agravadain plaça Ban et Bohor entre lui et sa femme , qui était belle et de bon âge , car elle n'avait pas trente ans ; les chevaliers de la suite s'assirent à d'autres tables . Quant à Merlin , sous l'apparence d'un jouvenceau de quinze ans aux cheveux blonds et aux yeux verts ,

vêtu d'une cotte mi partie de blanc et de vermeil , ceint d'une cordelière de soie où pendait

une aumônière d'or battu , il tranchait à genoux

devant le roi Ban . Les gens du château le pre-

naient pour un valet de leurs hôtes , et ceux - ci pensaient qu'il appartenait au château ; mais il était si beau que les pucelles ne pouvaient s'empêcher de le regarder , hormis la fille d'Agrava-

dain , toutefois , qui ne quittait pas des yeux le roi Ban et changeait de couleur à chaque instant , car tantôt elle souhaitait d'être toute nue dans ses bras et tantôt elle se demandait com-

ment une telle pensée pouvait lui venir . Et Ban ,

de son côté , la désirait éperdument ; mais en

LA FILLE D'AGRAVADAIN

même temps il songeait à sa belle et jeune

femme , qu'il ne voulait trahir , non plus que son hôte, en sorte qu'il n'était pas moins angoissé qu'elle .

nappes ôtées et quand les convives

eurent lavé leurs mains ,

ils

furent s'appuyer aux fenêtres

et

s'oublièrent

admirer

le

châ-

teau

pays environnant qui étaient beaux

merveille

jusqu'à

ce

que

le

temps fût venu d'aller reposer

Les pucelles avaient préparé pour les deux rois

dans une chambre voisine

de

la

salle

des lits tels qu'il convenait aux princes qu'ils semblaient être

Et ,

dès que tout

le

monde fut couché

un nouvel

enchantement

grâce

quoi un sommeil

si

pesant s'empara

de

tous les gens du château

qu'ils

ne

fussent pas réveillés quand même

le

plafond eût croulé sur leurs têtes

Seuls

Ban

et

la

fille d'Agravadain veillaient

et

soupiraient

chacun

part soi

Alors Merlin alla dans la chambre de

la

pucelle

et

lui dit

désire

Venez

belle

celui qui tant vous

Enchantée comme elle était

elle

se

leva sans sonner mot

vêtue seulement de

sa

chemise

et

de son pellisson

, et la

mena droit

au lit

du roi Ban qui lui tendit les bras

en

dépit

de

lui

même

car

craignait Dieu

Mais elle ôta ses vêtements et

se

coucha près

de

lui

Et

le

conte dit qu'ils

se

MERLIN L'ENCHANTEUR

firent aussi belle chère et beau semblant que s'ils

eussent vécu depuis vingt ans ensemble , et qu'ils n'eurent aucune honte ni émoi : ainsi Merlin l'avait ordonné . Ils furent de la sorte

jusqu'au jour ; et, quand le matin parut , le roi Ban ôta de son doigt un bel anneau d'or, orné d'un saphir où étaient gravés deux serpenteaux :

-- Belle , dit -il, vous garderez cet anneau et mon amour .

Mais elle prit la bague sans répondre .

Lorsque Merlin sut qu'elle était revenue àson

lit ,

défit son enchantement

et

chacun s'éveilla

sergents

et

les écuyers préparèrent les armes

sellèrent les chevaux

troussèrent les

coffres

et

les malles

Puis les deux rois prirent

congé

Comme

la

fille d'Agravadain baissait tristement

la

téte

- Demoiselle

lui dit

le

roi Ban en lui serrant

la

main

m'en coûte

de

partir

mais où que

je

sois

je

demeurerai votre chevalier

et

votre ami

Elle murmura

en

soupirant

Sire

si je

suis grosse

Dieu m'en donne plus grande joie que

je

n'en eus de vous

car jamais

si

tôt amours

s'éloignèrent

Mais puisqu'il vous faut partir

, je

me réconforterai

du

mieux que

je

pourrai

, et , si je

vois mon enfant

me sera miroir et souvenance de vous

La

dessus

elle remonta dans sa chambre

avec ses pucelles

Et les deux rois recommandèrent leurs hôtes

Dieu

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