LE ROSSIGNOL
Et tant prenait liesse à le voir
Que plus n'en aurait pu avoir .
Si souvent elle se leva,
Que son baron s'en courrouça .
« Sire , ce m'est plaisir d'aller Ouïr le rossignol chanter :
Tant m'en délecte le déduit ,
Que je n'en puis dormir la nuit .
En entendant cela, le sire De colère se mit à rire :
Dans sa maison tous les valets
Fabriquent rets, lacs et filets ; Il n'est pas dans tout le verger ,
De coudrier , de châtaignier , Qui ne porte piège ou glu : Tant qu'ils ont l'oiseau retenu .
Quand, tout vif, le baron le tint , Aux chambres de la dame il vint .
« Dame , fait -il, où êtes -vous ?
Venez ici ! Parlez à nous !
J'ai le rossignol attrapé Pour qui vous avez tant veillé :
Vous pourrez bien dormir en paix, Il ne vous génera jamais .
Ah ! quand elle l'eut entendu ,
Bien dolente la dame fut!
Aux pieds du sire elle tomba Et le rossignol demanda .
Mais lui, méchamment , il l'occit
De ses deux mains le cou tordit,
MERLIN L'ENCHANTEUR
un
A sa femme le corps jeta, Si que la robe ensanglanta .
La dame prend le corps petit, Pleure tendrement, et maudit
Ceux qui
les
pièges ont fait Et pipé
le
rossignolet
Elle appelle un sien valet
Elle enveloppe l'oiselet Dans une pièce
de
soie
Puis
son bel ami l'envoie
Ce
chevalier
ne
fut vilain
Mais courtois
et
de
grâce plein
fit un beau coffret forger
Non pas
fer
ni
d'acier
Mais d'or fin
et
de
bonnes pierres
Très précieuses
et
très chères
Dedans
rossignol coucha
Le couvercle très bien ferma
Puis
fit sceller
le
coffret
Sur son cœur
le
porte
jamais
se
termine
le
lai
Que Marie
de
France
fait
Le Laüstic l'appelle
Ainsi
le
nomment les Bretons
On dit Rossignol
en
français Et Nightingale
en
anglais
Comme
le
bel aveugle finissait son chant
chevalier étranger entra dans
la
salle