‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 70 sur 100 · LA DEMOISELLE AU NAIN · texte numérisé non relu

LA DEMOISELLE AU NAIN

Alors le roi Artus donna congé à ses barons , après leur avoir fait de grandes largesses . Puis il revint à Logres où il mena bonne vie durant quelque temps .

Un jour qu'il était à son haut manger avec

ses prud'hommes , une demoiselle d'une grande

beauté entra dans la salle , qui tenait dans ses bras le nain le plus contrefait qu'on eûût jamais vu : car il était maigre et camus , les sourcils roux et recoquillés , les cheveux gros , noirs et emmêlés , la barbe rouge et si longue qu'elle lui tombait jusques aux pieds , les épaules hautes et courbes , une grosse bosse par devant , une autre par derrière ,

les

jambes brèves

l'échine longue

et

pointue

les mains épaisses

et

les doigts courts

Sire

dit

au

roi

la

demoiselle

, je

viens

vous

de

bien loin pour réclamer un don

-Demoiselle

demandez

ce

qu'il vous plaira

je

vous l'octroierai

, si

ce

n'est chose qui aille contre mon honneur

et

celui

mon royaume

- Sire

, je

vous prie

et

requiers d'armer chevalier

ce

franc damoisel

mon ami

que

je

tiens dans mes bras

est preux

hardi

et

de

gentil

MERLIN L'ENCHANTEUR

lignage , et , s'il l'ent voulu, il eût été adoubé par le roi Pelles de Listenois ; mais il a fait ser-

ment de ne l'etre que par vous .

A ces mots , tout le monde se mit à rire et Keu le sénéchal , qui était moqueur et piquant en paroles , s'écria :

- Gardez -le bien , demoiselle , et tenez -le

près de vous de peur qu'il ne vous soit enlevé par les pucelles de madame la reine !

Mais à ce moment on vit entrer dans la cour

du palais deux écuyers , montés sur des bons roussins ; l'un portait une épée et un écu noir à trois léopards d'or couronnés d'azur, et l'autre menait en laisse un petit destrier fort bien taillé , dont le frein était d'or et les renes de

soie ; un sommier les suivait , chargé de deux beaux et riches coffres . Ils attachèrent leurs

chevaux à un pin, ouvrirent les malles et en tirèrent un minuscule haubert et des chausses

à doubles mailles d'argent

fin ,

puis un heaume d'argent doré

qu'ils apportèrent

à la

demoiselle

Elle

même sortit de son aumônière deux

petits éperons d'or

enveloppés dans une pièce

de

soie

Keu

le

sénéchal les prit

et

feignit de vouloir

en

chausser

le

nain

déclarant qu'il

le

ferait chevalier de sa main

- S'il plaît

Dieu

nul

ne le

touchera sinon

le

roi Artus

dit

la

demoiselle

Seul

un roi peut

mettre

la

main sur un

si

haut homme que mon ami

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