‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 69 sur 100 · AMOURS DE MORGANE · texte numérisé non relu

AMOURS DE MORGANE

toutes façons , comme un homme de vingthuit ans ou environ , de manière qu'elle le regarda

très volontiers . De meme elle lui plut fort , si bien qu'il la pria d'amour ; et, quand il s'aperçut qu'elle souffrirait de bon cœur ce dont il la

voulait requérir, il commença de la prendre dans ses bras et de la baiser très doucement ;

puis , s'étant échauffés de la sorte comme nature le voulait ,

ils

s'étendirent tous deux sur une

couche grande

et

belle

et

firent

jeu commun

comme gens qui tous deux

le

désiraient

car

s'il

le

souhaitait

autant

le

souhaitait

elle

Ainsi

ils

s'entr'accueillirent

de

grand amour

et ce

soir

là ils

demeurèrent longtemps ensemble

ils

s'aimèrent longtemps sans que nul

le

sût

Mais un jour

la

reine Guenièvre l'apprit

et

les sépara

dont Morgane

la

hait

et

lui

fit

les pires

ennuis

Mais

le

conte

présent laisse

ce

propos et devise du roi Artus

Quelque temps après qu'il eut établi

la

Table ronde

rassembla ses barons

et

s'en fut attaquer Rion

le

roi mécréant

Et ,

lorsque deux armées furent

en

présence

eut encore maintes merveilles d'armes

et

de grands mas

MERLIN L'ENCHANTEUR

sacres ; mais , grâce aux chevaliers de la Table ronde et à Merlin qui portait le dragon flamboyant au milieu de la mêlée , on vit plus de païens tués que de chrétiens .

Alors le roi Rion cueillit un rameau de syco-

more et , le tenant à bout de bras , galopa entre les deux armées pour les séparer ; puis il cria si haut que tout le monde l'entendit :

- Roi Artus , pourquoi souffrons -nous que

ta gent et la mienne se détruisent ?

Faisons reculer nos deux armées et combattons -nous :

le vaincu se proclamera le vassal du vainqueur , et lui donnera sa barbe avec le cuir .

Artus ayant accepté , les deux rois prirent du champ , et se jetèrent l'un sur l'autre comme

tempêtes .

Leurs lances rompues ,

ils

saisirent leurs épées

dont

ils

déchargèrent

de

tels coups que bientôt

ils

eurent rompu les cercles

de

leurs heaumes

et

éparpillé les fleurons qui les ornaient

ainsi que les gemmes dont certaines pourtant avaient

de

grandes vertus

Le roi Rion était bon chevalier

mais Artus lui tua son destrier

de

façon qu'il chut

terre

, et

reçut

au

moment qu'il

relevait un grand coup sur

la

tête

qui

le

fit

chanceler

et

retomber tout de son long

en

mugissant comme

un

taureau

Aussitôt Artus sauta de son cheval

courut

lui

lui arracha son heaume d'une seule main

, si

rudement qu'il

en

rompit les lacets

, et

lui coupa

cou

Ainsi périt

le

roi Rion

Page 1