‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 81 sur 100 · LA REINE AUX GRANDES DOULEURS · texte numérisé non relu

LA REINE AUX GRANDES DOULEURS

appelant la mort trop tardive à son gré ; et cependant elle tirait ses beaux et blonds che-

veux, tordait ses bras , égratignait son tendre visage si cruellement que le sang vermeil lui coulait sur les joues , et poussait de tels cris que la colline et le val alentour en retentissaient, tant qu'à la fin la voix lui manqua . Et comme elle lamentait ainsi , il lui ressouvint

out à coup de son fils , qu'elle avait impru-

demment abandonné au bord du lac, et elle

se reprit soudain à courir comme femme affolée

vers le lieu où elle l'avait laissé . La peur l'étreignait si fort que le pied lui manqua et qu'elle

tomba rudement plus d'une fois , au point d'en rester étourdie . Mais , lorsqu'elle arriva au bas de la colline , tout échevelée et déchirée , elle vit son fils hors du berceau , qu'une demoiselle tenait en son giron et serrait tendrement contre es seins , tout nu et démailloté , quoique la matinée fût froide et le soleil haut . Et l'étran-

gère donnait des baisers menus sur les yeux et la bouche du petit, en quoi elle n'avait point tort , car c'était le plus bel enfant du monde .- Douce amie , s'écria la reine du plus loin qu'elle la vit , pour Dieu laissez l'enfant ! Désormais il n'aura plus que peine et deuil, car il est orphelin . Son père est mort , et il a perdu

sa terre qui n'eût été petite si Notre Sire la lui eût gardée .

MERLIN L'ENCHANTEUR

Mais la demoiselle ne répondit mot . Et quand

elle

vit la

reine approcher

elle

se

leva

l'enfant dans les bras

s'avança au bord du lac

et ,

les

pieds joints

s'élança sous les eaux

cette vue

, la

mère tomba pâmée

quand

elle reprit ses sens

et

qu'elle

ne

trouva plus son fils

ni la

demoiselle

peu s'en fallut qu'elle

ne

désespérât

elle voulut

se

jeter dans

le

lac

et

assurément elle l'eût fait

si

les valets ne l'eussent

retenue

Une abbesse qui passait non loin

de

avec deux

de

ses nonnes

son chapelain

un

frère convers

et

deux écuyers

entendit

le

grand

deuil que menait

la

reine

et ,

tout émue de pitié

elle accourut vers

le

lieu d'où partaient ces déchirantes plaintes

- Ha

dame

dit

elle

Dieu vous donne joie

Mais

ajouta

elle

en

s'approchant

n'êtes

vous pas madame

la

reine

Je

suis

la

reine aux grandes douleurs

répondit

la

mère

Et elle conta ses malheurs

comment son sei-

gneur était mort sur

la

colline

en

voyant l'incendie

de

Trèbe

et

comment son fils

qui était

la

rose de tous les enfants du monde

avait été emporté par un diable sous

la

semblance d'une demoiselle

Par Dieu

et

sur votre âme

dit

elle en ter-

minant

, je

vous requiers

de

me recevoir pour

nonne

car

je

n'ai plus rien

faire dans

le

siècle

et si

vous refusez

, je

m'en irai

comme chétive

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