‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 85 sur 100 · LA DAME DU LAC · texte numérisé non relu

LA DAME DU LAC

Merlin fut engendré en femme par un diable incube , et pour cela il fut appelé l'enfant sans père . Ces diables sont très chauds et luxurieux .

Quand

ils

étaient anges

ils

étaient beaux

et

plaisants

au

point qu'à

se

regarder seulement

ils

parvenaient

au

suprême bonheur des sens

Après qu'ils eurent chu avec leur maître

continuèrent de s'adonner

à la

luxure qu'ils

connaissaient déjà dans les hautes demeures

l'âge

de

douze ans

Merlin fut amené

Uter Pendragon

aida

au

roi Artus

qui

fit

établir

la

Table ronde

comme

est conté

dans son histoire

Et

la

demoiselle qui emporta

Lancelot dans

le

lac fut justement cette Viviane qu'il aima

si

fort

laquelle

apprit ses enchantements

, et

qui l'endormit

et

l'enserra par nigromance dans

la

prison d'air

Si la

Dame du Lac fut tendre pour Lancelot

ne le

faut pas demander

l'eût

elle porté dans son ventre

elle

ne

l'aurait pu garder plus doucement

Et

le

lac

où

elle avait semblé

jeter

avec

lui

n'était qu'un enchantement que Merlin naguère avait fait pour elle

l'endroit

où

l'eau paraissait justement

le

plus profonde

avait de belles

riches maisons

côté desquelles courait une rivière très poissonneuse

mais la semblance d'un lac recouvrait tout cela

La Dame n'était pas seule en ces lieux

elle

avait avec elle des chevaliers

dames

et

de-

MERLIN L'ENCHANTEUR

moiselles , et elle donna à Lancelot une bonne nourrice . Mais nul ne savait le nom de l'enfant :

les uns l'appelaient Beau Trouvé , les autres Fils de Roi : lui , il croyait que la Dame du Lac était sa mère . Et il grandit et devint si beau valet qu'à trois ans il en paraissait cinq .

A cet âge , il eut un maître qui l'enseigna et lui montra à se comporter en gentilhomme .

Dès qu'il fut possible , on lui donna un petit arc et des flèches qu'il décochait sur les menus oiseaux ; puis , quand il fut plus grand, on

lui

renforça ses armes

, et

visa les lièvres

et

les

perdrix

eut

un

cheval aussitôt qu'il put chevaucher

sur lequel

se

promenait aux environs du lac

toujours bien accompagné

de

valets

et de

gentilshommes

, etil

semblait

le

plus noble d'eux tous

aussi l'était

Enfin

apprit les échecs

les tables

et

tous les jeux avec une facilité remarquable

tant

était doué d'esprit

adolescent

nul n'aurait su lui remontrer là

dessus

Et voici

son portrait pour ceux qui aiment

entendre parler

de

beauté d'enfant

Son teint était clair

brun

sur son visage

, la

couleur vermeille

se

mariait agréablement

à la

blanche

et à la

brune

toutes trois

se

tempé-

raient l'une par l'autre

avait

la

bouche petite

les lèvres rouges

et

bien faites

les dents blanches

menues

et

serrées

Son menton était bien

formé

creusé d'une petite fossette

son nez un peu aquilin

ses yeux bleus

mais changeants

Page 1