‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 90 sur 100 · LANCELOT ET SON MAITRE · texte numérisé non relu

LANCELOT ET SON MAITRE

m'empêche d'avoir une de ces biches , il me le paiera cher ! songe-t-il. Avec le meilleur lévrier et le meilleur limier , je ne pouvais manquer mon coup ! » Il revient au Lac , entre dans la cour, et se rend chez sa Dame pour lui montrer son beau lévrier .

Mais le maître , tout sanglant , avait déjà fait sa plainte .

- Fils de Roi , dit -elle en feignant d'être très irritée , comment m'avez -vous fait un tel outrage que de frapper et blesser celui que je vous avais baillé pour vous enseigner ? -Dame , il n'était pas bon maître quand il m'a battu parce que j'avais bien agi . Peu m'importaient ses coups . Mais il a frappé mon lévrier , qui est des meilleurs du monde , et si durement que pour un peu il le tuait sous mes yeux , et cela parce qu'il savait que je l'aimais . Encore m'a -t-il causé un autre ennui , car il m'a privé de tuer une belle biche . Et sachez bien que partout où je le rencontrerai j'essaierai de l'occire , sauf ici .

La Dame fut bien heureuse de l'entendre si

fièrement parler ; mais , feignant toujours d'être courroucée , elle reprit :

Comment avez-vous osé donner ce qui m'appartient ?

- Dame , tant que je serai sous vos ordres et gouverné par un garçon , il me faudra garder

de bien des choses . Quand je n'y voudrai plus

être , je partirai . Mais , devant que je m'en aille ,

je veux vous dire qu'un cœur d'homme ne peut

venir à honneur s'il est trop longtemps en tutelle , car il lui faut trop souvent trembler . Je ne veux plus de maître ; je dis maître , non pas seigneur ou dame . Malheureux le fils de roi qui ne peut donner de son bien hardiment !

- Pensez -vous être fils de roi , parce que je

vous appelle parfois ainsi ? Vous ne l'êtes point . Dame ,

fit

l'enfant en soupirant

cela me peine

car mon cœur l'oserait bien être

Alors

la

Dame

le

prit par

la

main

et ,

l'emmenant un peu

l'écart

elle

le

baisa sur

la

bouche

et

les yeux

si

tendrement qu'à

la

voir

nul n'eût pu croire qu'il

ne

fût son enfant

- Beau fils

ne

soyez point triste

lui ditelle

je

veux qu'à l'avenir vous donniez tout

ce

qu'il vous plaira

Et désormais vous serez sire

et

maître de vous

même

Quel que soit votre père

vous avez montré que vous avez

le

cœur d'un roi

Quelque temps après

elle appela une

de

pucelles

nommée Saraide

qui était belle

sage

et

courtoise

, et

l'envoya

après lui avoir dit

ce

qu'elle

aurait

faire

en la

cité

de

Gannes

Le roi Claudas

tenait

sa

cour

jour

de la

SARAIDE LA PUCELLE

Madeleine, comme il avait accoutumé chaque

année . Il était assis à son haut manger avec toute sa baronnie et son fils Dorin, un beau et fier valet qu'il venait d'armer chevalier , lorsque Saraide entra dans la salle , tenant deux lévriers par leurs chaînes qui étaient d'argent ; et elle dit si haut qu'elle fut bien entendue de tous :

- Roi Claudas , Dieu te sauve ! Je te salue de par la meilleure dame qui soit . Et jusqu'à ce jour elle t'a prisé plus qu'homme au monde ; mais elle a entendu dire de toi certaines choses qui lui font craindre que tu n'aies pas seulement la moitié du bon sens et de la courtoisie que l'on croyait .

- Demoiselle , soyez la bienvenue , répondit

le roi en souriant , et que votre dame ait bonne

aventure !

Mais peut -être lui avait -on dit plus de bien de moi qu'il n'y en a. Apprenezmoi pourtant ce que je fais mal , selon vous . - Je vous le dirai , reprit la demoiselle .

N'est-il pas vrai que vous tenez en prison les deux fils du roi Bohor de Gannes ? Ils ne sont

pourtant coupables de nulle félonie , et rien n'a si grand besoin qu'un enfant de douceur et de pitié : ha ! il n'a guère de bonté celui qui se montre envieux ou mauvais envers des enfants ! Et sachez qu'il n'est pas un homme sous le ciel qui , apprenant que vous traitez ainsi les fils du roi Bohor , ne soit persuadé que vous comptez

MERLIN

quelque jour les faire mourir, et qui pour cela ne vous haïsse de cœur . Si vous étiez courtois,

ils

seraient

auprès

de

vous

atournés en fils

de

roi

et

vous

auriez grand honneur

car chacun dirait que vous êtes un gentil prince

qui traite les orphelins honorablement

et

leur garde leur terre

- Par Dieu

vous dites vrai

demoiselle

répondit Claudas

Et

donna l'ordre

son sénéchal d'aller quérir sur

le -

champ les enfants

et

leurs maîtres

et

de

mener avec lui

par honneur

un

cortège

de

chevaliers

de

sergents

et

d'écuyers

tel qu'en doit avoir qui

va

chercher des fils

de

roi

La veille

au

soir justement

dans

tour

les enfants étaient assis

souper ensemble

car

ils

mangeaient toujours

à la

même écuelle

et

Lionel

son ordinaire

faisait paraître un

si

bel appétit que l'on s'en émerveillait

Pourtant

à le

voir ainsi

Pharien

son maître

se

prit tout

coup

pleurer

si

fort que ses larmes tombaient sur

sa

robe

et à

terre

sous

la

table où ils soupaient

- Qu'est

ce ,

beau maître

s'écria Lionel qui

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